LE RÉGIME DU NIL EN AVAL D'ASSOLAN
Depuis les rapides d'Assouan jusqu'à la mer, le lit majeur du Nil est limité exactement soit par des berges élevées, soit par des digues dont la crête dépasse le niveau des plus hautes crues, mais aucun ouvrage longitudinal ne détermine le lit mineur et n'agit sur Técoulement des basses eaux. Toutefois trois barrages modifient le régime naturel des eaux d'étiage et des eaux moyennes ; ce sont :
Le barrage d'Assiout (km. 423).
Le barrage du Délia (km. 0).
Le barrage de Zifta (km. 88 de la branche de Damiette).
Ces ouvrages ont pour but de créer des retenues artificielles et de détourner une partie du débit du Nil dans les canaux d'irrigation; et même, le barrage du Delta, dans certaines circonstances, fait refluer vers les canaux du Delta toute Teau disponible dans le lit du Nil, de sorte que, à ces moments-là, les branches de Damiette et de Rosette ne sont plus alimentées que par les infiltrations provenant de la nappe souterraine de la vallée ou par les eaux de drainage des terres irriguées et des canaux.
Les trois barrages, étant ouverts en grand pendant les hautes eaux, n'interviennent pas dans le niveau des crues * ; mais ce niveau est influencé par le remplissage et la vidange des bassins d'inondation qui couvrent à peu près toute la vallée au sud du Caire. Ces bassins sont remplis pendant la montée de la crue et sont vidés plus tard lorsque la baisse commence à se faire sentir. Il y a là une énorme masse d'eau dont Temmagasinement atténue d'abord l'efi'et de la crue et qui, rejetée ensuite dans le lit du fleuve à Tépoque fixée par le service des irrigations, constitue, entre les mains des ingénieurs, une puissante réserve leur permettant de relarder la décrue ou de gonfler la crue en aval au moyen de lâchures combinées suivant les besoins des terres du Delta.
Le profil en long de la planche III montre les plus grandes hauteurs observées le long du Nil pendant la crue de 1887, qui a été forte % et reproduit, en même temps, le tracé d'un étiage moyen. On peut y remarquer que la hauteur de la crue diminue au fur et à mesure qu'on se rapproche de la mer.
Le nilomètr^ de Rodah, pourvu qu'on ne prenne^ en ce qui concerne Tétiage, que des observations antérieures à la mise en service du barrage du Delta, donne de bonnes indications sur ce qu'est devenu le régime du
* Une seule fois le barrage du Delta a été fermé, du moins en partie, toute l'année, c'est pendant la crue très faible de 1899.
* La cote maxima de cette crue à Assouan a été 9,65 m. (17 p. 21 k.) soit 0,64 m. plus haut que la moyenne des crues.
Nil, à un millier de kilomètres en aval d'Âssouan^ en raison des divers faits qui viennent d'être signalés.
Si Ton se reporte à la figure 2, page 25, qui représente les hauteurs du Nil à Assouan et au Caire en 188J, année qu'on peut considérer comme une année moyenne, on reconnaît que la courbe du Caire suit celle d'Assouan avec un certain retard et avec moins d*amplitude dans la montée totale. C'est seulement à la fin de juin que le Ni! commence à croître au Caire, tandis qu'à Âssouan la montée s'était fait sentir à la fin de mai. Les courbes sont à peu près parallèles jusque vers la fin d'août ; mais, i cette époque, k remplissage des bassins aplatit davantage la courbe du Caire qui continue à s'élever jusque vers le 10 octobre, tandis que la courbe d'Âssoaan s'abaisse rapidement dès les derniers jours de septembre. Une hausse brusque de près d'un mètre se produit alors au Caire par suite de la vidange des bassins d'inondation, et la baisse se fait ensuite régulièrement jusqu'à la fin de l'année. Celte montée artificielle est loin, d'ailleurs, de se répéter chaque année avec une aussi grande netteté; son caractère varie suivant les conditions dans lesquelles on règle l'écoulement des bassins.
En général, c'est vers la fin de juin que se produit le minimum au Caire et vers le milieu d'octobre qu'on y constate le maximum ; nous avons vu qu'à Âssouan le minimum a lieu au commencement de juin et le maximum au commencement de septembre.
Si Ton considère la moyenne des quarante années comprises de 1840 à 1879*, on trouve que le niveau maximum des crues, au nilomètre de Rodah, est à la cote d'altitude 19,71 m. (23 p. 9 k.) et la moyenne des étiages à la cote 12,60 m. (7 p. Ok.), ce qui donne pour la moyenne des crues une montée totale de 7, 11 m., tandis qu'à Assouan elle est de 8, 20 m.
La plus haute crue connue ayant eu lieu en 1874 et s'étant élevée à la cote 21,40 m. (26 p. 12 k.), tandis que le plus bas étiage observé, celui de 1849, est descendu à la cote 11,77 m. (op. 11 k.), il en résulte que l'écart maximum des eaux au Caire, avant l'établissement du barrage du Delta, était de 9,63 m., tandis qu'à Assouan cet écart est de 10,09 m.
Les étiages variaient alors au Caire de la cote 14, 21 m. (10 p. k.), en 1879, à la cote 11, 77 m. (5 p. 11k.), en 1849, soit sur une hauteur de 2, 44 m. Quant aux crues, en tenant compte de la plus basse connue, celle de 1899 qui s'est arrêtée à l'altitude 17,57 m. (16 p. 20 k.) et la comparant à la crue de 1874 qui a atteint la cote 21,40m. (26 p. 12 k.), on voit qu'elles peuvent osciller dans un intervalle de 3,83 m.
On considère généralement que, dans son allure générale, une crue qui
* Le barrage du Delta n'ayant été mis en service que quelques années après 1870, le niveau de Tétiage pendant ces quarante années ne se trouve pas influencé par la retenue de cet ouvrage.
s'élève au nilomètrede Rodah au-dessus de la cote 20,50 m. (24 p. 20 k.) est dangereuse pour le Delta ; qu'elle est forte entre 20,50 m. (24 p. 20 k.) et 20 mètres (21 p.); bonne entre 20,00 m. (24 p ) et 19,00 m. (22p.); faible, entre 19,00 m. (22p.) et 18,50 (20 p. 6 k.); mauvaise au-dessous de 18,50 m. (20 p. 6 k.). Pendant les quarante années, 1840 à 1889, il y a eu, d'après cette classification, 5 crues dangereuses, 10 crues fortes, 15 bonnes, 7 faibles, 3 mauvaises.
La crue qu'on regarde comme la plus favorable pour le Delta est celle qui monte quelques jours au dessus de la cote 19,80 m. (23 p. 12 k.) au nilomètre de Rodah.