COMPOSITION DES EAUX ET DU LIMON DU NIL
La couleur de Teau du Nil est en général légèrement jaunâtre, mais elle se modifie considérablement à l'approche de la crue et pendant la période des hautes eaux. Au mois de juin, au moment où il ne monte encore que très lentement, le fleuve prend une teinte verdâtre, parfois très prononcée, que lui communiquent les détritus végétaux entraînés des vastes marais équatoriaux par le premier flux de la crue ; la période des eaux vertes dure de huit à quinze jours ; l'eau a alors une odeur désagréable et n'est pas potable. Ensuite apparaissent les eaux rouges qui sont chargées d'une quantité considérable de limon charrié des plateaux de l'Âbyssinie par les courants rapides du Nil Bleu et surtout de l'Albara ; ces eaux arrivent à Assouan vers le 15 juillet et au Caire vers le 25 juillet; elles atteignent leur plus haut degré de coloration dans le mois d'août ; ce sont celles qui, de toute antiquité, ont été considérées comme les plus fertilisantes. Elles sont plus ou moins chargées de matières en suspension selon que les affluents venant de l'Abyssinie ont plus ou moins donné et certaines crues sont appelées crues blanches en raison de la petite quantité de limon rouge qu'elles contiennent. Vers la fin d'octobre, le Nil reprend sa couleur ordinaire.
L'étude la plus complète qui existe jusqu'à ce jour sur la nature chimique des eaux et du limon du Nil a été faite par le docteur H. Letheby, professeur de chimie au collège de London Hospital, à l'occasion des projets d'irrigation que l'ingénieur anglais sir John Fowler avait dressés en 1875 et 1876 à la demande du Khédive Ismail. Les analyses de ce chimiste portent sur des échantillons prélevés dans le Nil, auprès du Caire, chaque mois de juin 1874 à mai 1875; l'année 1874 fut une année de crue exceptionnellement forte.
D'après ces expériences, la quantité d'ammoniaque provenant des substances salines et organiques dissoutes varie entre 0,114 gr. et 0,270 gr.
par litre et est en moyenne de 0,176 gr. *. Quant aux autres matières en dissolution, le tableau ci-dessous en indique les quantités et présente en regard, pour servir de terme de comparaison, les proportions moyennes de substances dissoutes dans Teau de Seine en amont du confluent de ce fleuve avec la Marne. Les chiffres sont donnés en grammes par litre d'eau.
Eau du Nil. Eau de Seîne.
Chaux 0,0424 gr. 0,0922 gr.
Magnésie 0,0iOO 0,0060
Soude 0,0062)
Potasse 0,0144) '
Chlore 0,0067 0,0043
Acide sulfurique 0,0216 0,0108
Silice 0,0097 0,0078
Matières organiques 0,0175 0,0130
Acide carbonique et perles 0,0403 0,0676
Totaux. . . . 0,1690 gr.^ 0,2108 gr.
Pendant Tannée 1874-75, la quantité de matières dissoutes a varié entre des limites assez restreintes, soit de 0,136 gr. à 0,205 gr. ; elle a atteint son maximum absolu au moment des b'tsses eaux, par suite d'une augmentation dans la proportion de chaux, de soude, de chlore, d acide sulfurique et de matières organiques. Un autre maximum s'est produit pendant les hautes eaux, par suite d'une augmentation dans les quantités de potasse, de silice, de matières organiques et d'acide carbonique. Les expériences n'ayant porté que sur une année on ne peut en conclure que ce soit là une loi générale.
Pendant le cours de la môme année, les poids de matières en suspension, par litre d'eau, ont été les suivants :
MINIMUM MAXIMOM MOYENNE
— des 12 mois.
Matières organiques 0,0031 gr. 0,1841 gr. 0,0413 gr.
Matières minérales ...... 0,0383 1,3074 0,2713
Totaux 0,0383 gr. l,49io gr.* 0,3126 gr.
* CeUe proportion est peu différente de celle qu'on constate dans les diverses rivières d'Europe ; ainsi Teau de la Seine, en amont de Bercy, contient 0,060 gr. d'ammoniaque ; la Tamise, à Uampton, point où se trouve la prise d'eau pour l'alimentation de Londres, en renferme 0,085 gr. a 0,157 gr. Dupuit indique 0,150 gr. par litre comme la proporticm maxima d'ammoniaque qui doit être contenue dans les eaux potables.
* Le poids total des matières dissoutes dans Teau du Nil diffère peu des constatations faites pour les principales rivières de France; on admet, en effet, généralement comme poids par litre les chiffres suivants :
Pour la Loire 0,135 gr.
Pour la Garonne 0,137 gr.
Pour le Rhône 0,184 gr.
* Pendant Tannée 1vS3J la Durance doat les liiiionageâ et les colaialag.'s jouissent d'une Dotoriété si méritée a eu ses eaux chargées de limon à raison d'une moyenne de 1,454 kgr. par mètre cube, chiffre presque égal au maximum constaté pour le Nil.
LfCs époques du minimum ayant été à peu près les mêmes pour les substances organiques et pour les substances minérales, la proportion de matières organiques qui entre dans la composition du sédiment n'est donc jamais très considérable.
Une série d^autres expériences sur les matières en suspension dans l'eau du Nil a été faite pour chaque mois des années 1896, 1897 et 1898 par le D*" Mackensie, directeur de TEcole d'agriculture du Caire, sur des échantillons prélevés auprès du Caire, et a donné les résultats moyens indiqués au tableau ci-dessous.
Les chiffres trouvés parle D' Letheby pour 1874 diffèrent très notablement de ceux du D' Mackensie ; mais on peut admettre que la moyenne des quatre années représente assez exactement la quantité de matières en suspension ; cette moyenne est inscrite dans la dernière colonne du tableau en grammes par litre d'eau.
MOIS
Janvier. . .
Février. . .
Mars
Avril
Mai
Juin ....
Juillet . . .
Août
Septembre .
Octobre, . .
Novembre. .
Décembre. . .
Moyenne