EFFETS DE LA SUBMERSION SUR LE SOL
Les eaux du Nil sont introduites dans les bassins au moment où elles sont le plus chargées de limon et de matières fertilisantes ; on a vu qu'à celte époque de Tannée, le Nil contient à peu près 1,500 kg. de matières en suspension par mètre cube d'eau et qu'on compte une hauteur moyenne de i,25 m. d'eau dans les bassins pendant une année moyenne, et 1,50 m. dans les bonnes années. Ces eaux séjournent sur les terres assez longtemps pour y déposer la plus grande partie de leur limon ; si l'on admet qu'elles n'en laissent échapper que les deux tiers, soit un kilogramme par mètre cube, l'autre tiers restant en suspension tant à cause de la ténuité des substances qui le composent que par suite des courants ou de l'agitation que le vent produit sur les bassins, les surfaces submergées sont engraissées par une quantité de limon représentant 13 tonnes par hectare, soit une couche qui aurait un millimètre à peu près de hauteur si elle était uniformément répandue. Cette masse de dépôt renferme, entre autres substances, 14 kilogrammes d'azote et un poids variable d'acide phosphorique. Ce sont là certainement des éléments précieux pour contribuera entretenir la fertilité du sol ; mais, seuls, ils n'y suffiraient pas ; une récolte moyenne de blé absorberait plus du double de la quantité d'azote ainsi apportée par l'inondation. D'autre part, ces 14 kilogrammes d'azote sont loin d'être uniformément répandus, beaucoup de terres ne recevant que des eaux en partie décantées et sur une faible hauteur. Si donc le sol des bassins conserve depuis si longtemps sa puissance de production sans que le paysan ait besoin de recourir aux engrais pour la maintenir, cela lient évidemment à ce que l'eau, par elle-même et indépendamment des matières qu'elle porte en suspension, exerce dans l'intérieur des terres arables une action spéciale fertilisante. Quelles que soient les causes de cette action, il est un fait, facile à constater, qui ne peut que la favoriser. Après que les eaux se sont retirées, la terre se dessèche peu à peu; au bout de quelque temps, comme elle est très argileuse, elle se rétracte, se fend et est bientôt coupée par des crevasses nombreuses et profondes qui s'enfoncent dans le sol et se subdivisent en fissures de plus en plus minces ; pendant toute la saison de repos de la terre, le sol est ainsi préparé pour une aération parfaite ; l'oxygène et l'azote de l'air pénètrent dans les ramifications des crevasses ,et entrent en contact intime avec les particules terreuses dans toute l'épaisseur de la couche active du sol. Les eaux d'inondation, arrivant ensuite, emprisonnent cet air qui, se trouvant à Tétat très divisé, est évidemment
PROCÉDÉS GÉNÉRAUX DE L'ARROSAGE PAR INONDATION 7b
plus apte à être dissout facilement et à être transformé en produits qui seront ensuite assimilés par les racines des plantes.
Cette aération si complète de la terre pendant la période de sécheresse des bassins permet de supprimer tout labourage avant l'ensemencement qui suit immédiatement le retrait des eaux.
L'inondation, en dehors de l'action propre et fertilisante qu'elle exerce sur le sol, contribue en outre à l'assainir. Dans les endroits où des efflorescences salines se sont produites, amenées du sous-sol par de leau d'infiltration qui s'évapore à la surface, l'inondation les délave, les dissout et les entraîne.