VIDANGE DES BASSINS
Les principes appliqués pour procéder à la vidange des bassins sont assez simples.
L'époque la plus favorable pour les semailles étant du 10 au 30 octobre, la vidange de tous les bassins devrait être commencée de façon à être terminée autant que possible quelques jours avant la fin de cette période ; toutefois, dans les bassins situés le plus au nord, c'est-à-dire à la hauteur du Caire, cette opération n'est ordinairement terminée qu'en novembre. On ne peut en effet vider tous les bassins à la fois, car très souvent on est obligé de se servir de l'eau de certaines séries pour compléter l'irrigation de séries inférieures; d'ailleurs, les semailles doivent se faire plus tôt dans les régions les plus méridionales où l'arrivée des chaleurs est plus précoce.
En outre, il ne faut pas oublier qu'on a affaire à un volume de plus de 8 milliards de mètres cubes qu'on doit rendre au Nil et qui sont répartis sur une surface de 630 000 hectares et sur une longueur de fleuve de près de 1 000 kilomètres. C'est avec une certaine prudence qu'on déverse cette masse d'eau dans un fleuve qui, au mois d'octobre, époque de la vidange, débite seulement 550 millions de mètres cubes par jour.
En général, la durée de la vidange pour une chaîne de bassins est d'une vingtaine de jours et la durée totale pour toute l'Egypte est de trente-cinq à quarante jours à partir des derniers jours de septembre. La date du commencement de la vidange est reculée lorsque la crue a été tardive ou faible. La fin de l'opération peut, d'autre part, se trouver forcément remise d'un
certain nombre de jours dans les années où le Nil baisse lentement et se trouve encore à un niveau trop élevé en octobre pour rendre possible Tassèchement complet des bassins voisins des déversoirs.
Quand on veut commencer la vidange, la première opération consiste à fermer la prise des canaux d'alimentation. Dans une année moyenne, ils ont à ce moment là 3,70 m. ou 3,10 m. d'eau, suivant la cote de leur plafond, le Nil étant alors à 8 mètres à Téchelle d*Àssouan. Ces fermetures se font en barrant les ouvrages de tête, quand il y en a, ou, quand il n'y en a pas, en obstruant l'entrée du canal par une digue en pierres perdues.
En même temps, pour qu'on puisse arroser encore les cultures nabari, qui ne mûrissent qu'en novembre, on retient de l'eau dans les biefs des canaux le long desquels sont de ces cultures. Pour cela, on barre ces biefs aux deux extrémités soit avec des digues en terre, soit en fermant les régulateurs, aussitôt que l'alimentation commence à baisser ou que les opérations de la vidange menacent d'entraîner sans profit cette réserve d'eau dans le grand courant qui déverse tout au Nil.
Quant à l'eau contenue dans les bassins, elle est rendue au fleuve le plus directement possible, sauf ce qui en est nécessaire pour compléter l'inondation des bassins d'aval ; on la fait écouler par les déversoirs les plus rapprochés ménagés dans les digues longitudinales.
Les opérations de vidange, comme celles de remplissage, sont naturellement plus ou moins modifiées par la hauteur et la durée de la crue.
Des ruptures de digues se produisent de temps en temps. Elles n'ont pas grande importance pendant les bonnes crues, sinon qu'elles augmentent la dépense d'entretien. Mais, dans les mauvaises années, elles sont parfois désastreuses, surtout lorsque par la brèche s'échappe toute une réserve d'eau accumulée avec de grandes précautions et destinée à submerger ensuite une chaîne de bassins qui se trouvent ainsi voués à la stérilité jusqu'à l'année suivante.
De ce qui précède il résulte que, pour toutes les régions dans lesquelles la culture se fait par bassins d'inondation avec du nabari sur les terres hautes, la crue du Nil intéresse seule l'agriculteur; Tétiage le laisse indifférent. Selon la hauteur et la durée de la crue, le sol sera plus ou moins facilement, plus on moins abondamment submergé, la vidange se fera plus ou moins vile, à une époque plus ou moins favorable. Aussi comme, jusqu'au siècle dernier, la culture par bassins était celle qui régnait dans toute l'Egypte, que le système tout entier était loin d'atteindre le degré de perfection et de sécurité qu'il a actuellement et que, par conséquent, l'inondation dépendait plus complètement qu'aujourd'hui de l'état du Nil, on com- . prend avec quelle anxiété superstitieuse était attendue la montée des eaux. Dans le langage populaire, le Nil et la crue étaient représentés par le même
mot; la crue était, pour le peuple, le Nil lui-même amenant ses eaux d'une source lointaine et mystérieuse, chaque année, à Tépoque fatidique.