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PETITE CHAINE DE BASSINS

Le premier système de bassins que nous nous proposons de décrire à tilre d'exemple s'étend du kilomètre 794 au kilomètre 740 du Nil (voir fig. 16). Il est situé sur la rive droite, au nord et au sud de la ville de Louxor.

Il comprend d abord, entre les kilomètres 794 et 769, une bande étroite qui s'élargit jusqu'à 3 500 mètres, au kilomètre 774, pour se rétrécir ensuite ; puis vient un promontoire désertique, le mahgar Salamieh, qui ne laisse que quelques parcelles cultivables le long du fleuve entre les kilomètres 769 et 765 ; enfin du kilomètre 765 au kilomètre 740, la vallée s'ouvre jusqu'à atteindre un maximun de largeur dé 6 500 mètres ; au kilomètre 740 commence un second promontoire désertique de 3 kilomètres environ de longueur qui sépare cette chaîne de bassins de la suivante.

La première partie de celte chaîne est divisée en deux bassins :

Sud-Salamieh 1 318 hectares.

Nord-Salamieh 1 420 —

Total 2 738 hectares.

La seconde partie est divisée en cinq bassins :

Gabbanah 302 hectares.

Hibel 680 —

Est-Karnak 617 —

Ouest-Karnak 857 —

Ahchi 1 260 —

Total 3 716 hectares.

Ces bassins reçoivent leur eau par trois canaux principaux qui sont, en allant du sud au nord, le canal Killabieh, le canal Mahallah et le canal Bayadieh.

La canal Killabich a sa prise au kilomètre 825; son plafond a 10 mètres de largeur et commence à être en eau pour une hauteur du Nil correspondant à 5,40 m.

l'échelle d'Assouan (10 pics); sa pente est de 0,03 m. par kilomètre ; son débit est de 8,300 m' par seconde en mauvaise crue, et 17,900 m' en moyenne crue. Après avoir traversé les bassins d'amont et le promontoire désertique qui limite le bassin Sud-Salamieh, ce canal pénètre, au trente-septième kilomètre à partir de sa prise, dans ce dernier bassin, par deux branches :

l'une de six kilomètres, qui longe le désert et aboutit par un ouvrage régulateur (2 ouvertures de 3 mètres) dans le bassin Nord-Salamieh et l'autre, canal du siphon de Qibah, de neuf kilomètres, qui passe en siphon (2 ouvertures de 3 mètres) sous le canal Mahallah pour suivre le côté intérieur de la digue longitudinale du bassin Sud-Salamieh et se prolonger sur les terrains bordant le Nil,

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. BchjeUe^ ^ 5oo,ooo ^ Fig. 16. — Système de bassins aux environs de Louxor.

au moyen d'un aqueduc de 2 mètres d'où-

verture percé dans la digue transversale nord du bassin Sud-Salamieh.

Le canal Mahallah a sa prise au kilomètre 794; sa largeur au plafond est de 7 mètres ; il commence à prendre Teau lorsque la hauteur du Nil correspond à la cote de 4,86 m. (9 pics) à l'échelle d'Assouan; sa pente esl de 0,04 m. par kilomètre et son débit moyen 8,850 m' par seconde en mauvaise crue et 16,300 m^ par seconde en crue moyenne. Il traverse tout le bassin Sud-Salamieh, franchit sa digue transversale nord (15 km.) par un ouvrage (3 arches de 2,50 m.), passe alors dans le bassin Nord-Salamieh dans lequel il peut donner Teau par un aqueduc de 3 mètres, est muni à l'extrémité nord de ce bassin (20 km.), c'est-à-dire au commencement du mahgar Salamieh, d'un ouvrage régulateur (2 ouvertures de 2 1/4 m.) ; un peu après la traversée dé cette partie désertique, au kilomètre 29, il lance dans les terres ayoisinant le coteau une branche de dix kilomètres, nommée Hibel Sayalah, aboutissant au bassin Ahchi, après avoir franchi les digues des bassins Gabbanah, Hibel et Est-Karnak par des ouvrages de 3 mètres d'ouverture. Le plafond du Hibel Sayalah, à sa prise, est à 0,54 m. au-dessus de celui du canal Mahallah et a 4 mètres de largeur. Une seconde branche se sépare au kilomètre 29 du canal Mahallah, passe en siphon (2 ouvertures de 3,50 m.) sous le canal Bayadieh, au kilomètre 4 de ce canal, pour desservir sous le nom de Bayadieh Sayalah la région qui s'étend entre le canal Bayadieh et le Nil ; elle a une vingtaine de kilomètres de longueur et aboutit, vers l'extrémité aval du bassin Ahchi, à un déversoir après avoir traversé au moyen de régulateurs les digues transversales des bassins Hibel (2 arches de 2 mètres) et Ouest-Karnak (2 arches de 2,20 m.). Un peu en amont de l'ouvrage régulateur de la digue aval du bassin Hibel se détache une autre branche encore plus rapprochée d\x Nil, le Sayalah Karnak de onze kilomètres de longueur, traversant la digue aval du bassin Ouest-Karnak par un régulateur (1 arche de 3 mètres), et aboutissant à un déversoir situé vers le milieu de la digue longitudinale du bassin Ahchi et pouvant, par cet ouvrage, donner de l'eau pour le nabari entre cette digue et le Nil. Cette branche a son plafond, de 4 mètres de largeur, à 0,54 m. au-dessus de celui du canal Mahallah. Une prise directe au Nil, sans ouvrage d'art, un peu en aval de la digue aval du bassin Ouest-Karnak permet, pendant les bonnes crues, de donner de l'eau rouge immédiatement dans le bief aval de cette branche.

Le canal Bayadieh a sa prise au kilomètre 764; son plafond a 15 mètres de largeur et prend l'eau lorsque le Nil est à une cote correspondant à 4,32 m. (8 pics) à Téchelle d'Assouan ; il débite en moyenne 24,900 m^ par seconde pendant les mauvaisess crues, et 40,750 m* pendant les crues moyennes : sa pente est de 0,04 m. par kilomètre ; il traverse d'un bout à l'autre, dans leur milieu, les bassins Gabbanah, Hibel, Karnak et Ahchi ;

il n a pas d'ouvrage régulateur avant la digue aval du bassin Ahchi au kilomètre 23 do son cours (3 ouvertures de 3 mètres) ; c'est par cet ouvrage qu'il pénètre dans le système de bassins situé en aval. Un peu en aval de la digue transversale de Karnak (i0,500 km.) deux petits canaux donnent la possibilité d'établir une communication entre le canal Bayadieh et les deux canaux de distribution, dits Sayalah Hibel etSayalah Bayadieh, dérivés du canal Mahallah.

Dans cette chaîne de bassins, il y a trois déversoirs au Nil :

Tun (2 arches de 3 mètres) en aval du bassin Nord-Salamieh ;

l'autre (2 arches de 2 mètres) à l'extrémité du Sayalah Karnak;

le troisième vers l'aval de bassin Ahchi (4 arches de 2,75 m.).

Enfin, il existe encore pour cette chaîne un ouvrage régulateur dans la digue aval du bassin Nord-Salamieh (2 arches de 3 mètres), à côté de celui du canal Mahallah, et un autre régulateur dans la digue aval du bassin Ahchi (3 arches de 2,25 m.), à côté de celui du canal Bayadieh.

Par un Nil bas de 7,45 m. (13 p. 19 k.) à Téchelle d'Assouan, le canal Killabieh, dans son dernier bief, monte juste à la surface du sol et peut, avec un peu de difficulté, mais sans qu'on ait à relever les eaux au moyen de barrages, arroser tout le terrain bordant le Nil. Avec un Nil de 7,85 m., l'arrosage est assuré pour les deux bassins Salamieh.

Quant au canal Mahallah, en Nil bas, il n'arrose pratiquement rien sur ses trente premiers kilomètres, soit jusqu'à l'entrée du bassin Hibel; mais, à partir de là, par les Sayalahs Hibel et Karnak, il commande toute la vallée. Enfin le canal Bayadieh ne peut donner d'eau que dans les parties basses ou centrales du bassin Ahchi, mais la partie est du bassin Ahchi peut être couverte sur 0,60m. de hauteur par l'eau emmagasinée dans leSayalah Bayadieh.

Dans une crue moyenne de8,32m.(15 p. iO k.) àTéchelle d'Assouan, le canal Kiliabieh ne donne pas pratiquement beaucoup plus d'eau qu'en basse crue à cause de Tusage qui en est fait en amont. Quant au canal Mahallah, il commande le bassin Nord-Salamieh, ce qui permet de détourner une grande partie de l'eau du Killabieh dans le canal du siphon Qidah pour arroser les terrains longeant la berge du Nil ; il domine en outre tous les bassins situés en aval du mahgar Salamieh. Enfin le canal Bayadieh ne peut guère servir que pour les bassins situés au nord du bassin Ahchi.

Supposons d'abord une mauvaise crue.

Les eaux du canal Killabieh seront maintenues en amont de la digue inférieure du bassin Sud-Salamieh, de façon à remplir les deux parties de ce bassin et à y rester emmagasinées. Un peu d'eau du canal Mahallah sera prise pour les parties basses du bassin Nord-Salamieh et y restera emmagasinée, la régulateur de la digue transversale aval de ce bassin étant hermétiquement fermé au moyen de poutrelles et de terre.

Vers le 8 septembre, on pourra laisser filtrer Teau amenée par le Killabieh à travers les poutrelles du régulateur dans le bassin Nord-Salamieh, en maintenant le bassin Sud-Salamieh dans le voisinage de son plein niveau qui est fixé à l'altitude 78, 78. Ce supplément d'eau sera emmagasiné dans le bassin Nord-Salamieh.

Les bassins suivants seront alimentés par le canal Mahallah avec la plus grande précaution, sans aucune perte d'eau, mais de façon à mouiller autant que possible la terre et à diminuer l'absorption de l'eau par le sol au moment oîi sera complétée par l'inondation la vidange des bassins supérieurs. Le bassin Âhchi devra être rempli autant que possible en prenant soin de boucher hermétiquement avec de la terre le déversoir au Nil, le régulateur de la digue aval et en surveillant bien les berges du canal Bayadieh pour que l'eau emmagasinée ne trouve pas un écoulement par ce canal.

Lorsque Tépoque de la vidange est venue, l'eau du bassin Sud-Salamieh servira à compléter Tinondation du bassin Nord-Salamieh qui devra être terminée au plus tard le 23 septembre; le bassin Sud-Salamieh pourra alors être ensemencé ; c'est un peu trop tôt, mais nécessaire dans l'intérêt des bassins inférieurs. Une fois le bassin Nord-Salamieh rempli, le régulateur du bassin Sud-Salamieh sera fermé et l'eau du Killabieh sera envoyée par le siphon sur la berge du Nil cultivée en nabari tant que le fleuve continuera à donner un peu d'eau.

Vers le 29 septembre la vidange du bassin Nord-Salamieh sera commencée, l'eau étant déchargée lentement dans le canal Mahallah pour augmenter son débit naturel et maintenir l'irrigation nabari qui en dépend.

Les bassins Hibel et Karnak (nous ne parlons pas du bassin Gabbanah qui n'a que très peu d'étendue et est surtout nabari) qui ne contiennent encore que très peu d'eau, seront portés au niveau normal le 25 septembre en fermant les deux régulateurs de la digue aval. Le 30 septembre, ces régulateurs seront ouverts et les bassins de Karnak portés à leur plein niveau pendant cinq jours. Le 4 octobre, ils seront vidés dans le bassin Âhchi dont toutes les ouvertures d'écoulement seront fermées pour permettre d'atteindre le plein niveau qui sera conservé pendant cinq jours en restant tout à fait indépendant du canal Bayadieh ; le bassin Ahchi sera déchargé dans les bassins inférieurs le 10 octobre.

Depuis le 25 septembre jusqu'au moment où le Nil ne donnera plus d'eau dans les canaux ou qu'il n'y aura plus d'eau disponible emmagasinée dans les bassins supérieurs, l'eau nabari continuera à passer dans le Sayalah Hibel du côté du désert et dans le Sayala Karnak du côté de la berge du Nil.

Supposons maintenant une année de crue moyenne.

Aussitôt que le Nil atteint 8, 10 m. (15 pics) à Assouan, si à ce moment

là Tépoque du remplissage est déjà arrivée, tous les canaux d'alimentation reçoivent Teau librement et, après que leau a atteint le niveau des terres nabari sur le bord du Nil et au pied du coteau par les branches du siphon Qibah, de Hibel et de Karnak, le surplus du débit est accumulé dans les bassins Nord-Salamieh, Sud-Salamieh, Hibel, Est-Karnak, Ouest-Karnak et Ahchi. Les régulateurs des bassins Nord-Salamieh, Est et Ouest-Karnak, Ahchi restent fermés, le remplissage se faisant par les canaux et par les autres ouvrages laissés ouverts : toutefois s'il y a, à un moment donné, excès d'eau dans un ou plusieurs bassins, la réglementation se fera en manœuvrant les ouvrages laissés fermés jusque-là, ainsi que les déversoirs au Nil. Comme le nabari dépendant de la branche du siphon Qibah est important, on réglera l'ouvrage qui se trouve à l'extrémité du canal Killabieh sur la digue aval du bassin Sud-Salamieh, de façon à maintenir le niveau de l'eau dans la branche du siphon Qibah à une hauteur suffisante pour l'irrigation de ces récoltes, soit à la cote 79.

Ainsi qu'il a été dit au chapitre précédent, les bassins ne sont pas élevés à leur plein niveau au moment du remplissage, mais seulement quelques jours avant la vidange. Les divers ouvrages du système sont suffisants pour assurer une bonne réglementation des hauteurs d'eau jusqu'à ce momentlà, pour créer un courant d'eau rouge à travers toute la chaîne pendant toute la durée de l'inondation et pour donner ensuite le niveau normal dans les bassins.

Dans une crue moyenne, avec un Nil baissant lentement vers la fin de septembre, la vidange est menée lentement, de façon à garderie plus longtemps possible dans les canaux Killabieh et Mahallah et dans leurs embranchements de l'eau d'irrigation pour le nabari.

A cet effet, le régulateur de la digue aval du bassin Ahchi reste fermé et le déversoir de ce bassin est ouvert en plein. La partie de ce bassin qui est située du côté du coteau se décharge dans le canal Bayadieh au moyen d'une coupure pratiquée dans ses berges en amont des régulateurs du mahgar Khouzam.

Prenons maintenant une forte crue.

L'eau du canal Killabieh est interceptée au moyen des régulateurs et des déversoirs supérieurs.

Le canal Mahallah, par une coupure faite sur sa rive droite aux environs de la prise ou un peu en amont du siphon Qibah, écoule librement son eau dans le lit du Killabieh, dans le bassin Nord-Salamieh et dans le canal du siphon Qibah. Le déversoir du bassin Nord-Salamieh est ouvert en plein et le régulateur du mahgar Salamieh est réglé de façon à ne laisser passer que l'eau nécessaire à l'arrosage des bassins Hibel et Karnak dans les conditions normales.

B4R019. — Les irri^atioiu en Ég]rpte. 6

Quant au canal Bayadich, dans une très forte crue, dont le niveau maximum atteint jusqu'à 0,90 m. au-dessus de la forte crue de 8,77 m. (16 p. 6 k.) prise comme type, comme tout le système ne peut supporter qu'une hauteur d'eau supplémentaire de 0,50 m. on établit à la prise de ce canal un petit barrage en pierres pour modérer son débit ; on donne ainsi Teau au bassin Ahchi dans les conditions ordinaires et on ouvre son déversoir pour laisser écouler au Nil l'excès d'eau.

Le règlement des eaux pendant l'inondation et la vidange se feront à peu près dans les mêmes conditions que pour une crue moyenne.

Pour terminer l'étude de cette chaîne de bassins, il ne reste plus qu'à donner quelques détails sur les cultures nabari qu'on y pratique ^

La bande de terrain comprise entre la prise du canal Mahallah et le siphon du Killabieh est nabari, ne pouvant être inondée; toute la partie qui s'étend entre le canal Mahallah et la branche du siphon Qibah,en aval du siphon, est également nabari, quoiqu'elle puisse être inondée de temps en temps.

On fait aussi au pied du désert, depuis la fin du mahgar Salamieh jusqu'au déversoir Nord-Salamieh, une assez grande quantité de nabari qu'on arrose au moyen de puits. En aval du mahgar Salamieh, tout le bassin Gabbanah est pratiquement nabari ainsi que la partie qui se trouve entre le Nil et le canal Bayadieh le long de la branche de Karnak, en amont de la digue transversale de Hibei. À gauche également de la branche de Karnak on cultive une quantité croissante de cannes à sucre, avec arrosage par élévation de l'eau du Nil après la crue, sur la limite du désert; dans les bassins Hibel et Est-Karnak, il y a aussi beaucoup de puits qui permettent de cultiver la canne à sucre.

Le nabari existe enfin le long de la digue du Nil dans le bassin Ahchi, surtout en amont du déversoir de la branche de Karnak. Dans la seconde moitié du bassin Ahchi le niveau de l'eau est normalement trop élevé pour qu'on puisse y faire du nabari.

On a déjà indiqué les mesures prises pour maintenir pendant et après l'inondation le débit des canaux et embranchements qui desservent ces culturcs. Au commencement de la crue, les conditions dans lesquelles se trouve le canal Killabieh permettent d'y admettre l'eau dès que le Nil atteint 6,48 m. (12 pics) à l'échelle d'Âssouan et de la lancer dans la branche du siphon Qidah, soit en moyenne vers le 8 août; le fellah élève alors cette eau jusqu'au niveau de ses champs. Le canal Mahallah alimente de môme, dès la montée du Nil, les branches de Hibel et de Karnak.

* Les surfaces ordinairement cultivées en nabari sont marquées par des hachures sur la fig. i6.

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