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IMPORTANCE DES CULTURES DANS LA RÉGION DES BASSINS

Les régions aménagées en bassins d'inondation comportent trois sortes de cultures, la culture nabari pendant la crue, qedi avant la crue, chetoui après la crue.

La culture nabari (maïs ou sorgho) se pratique sur les terres hautes des bassins situées près du Nil ou du désert, et sur les berges mêmes du fleuve, entre le Nil et la digue. Les terres à nabari peuvent porter deux récoltes par an, soit maïs ou sorgho du 1®' août au 31 octobre, puis orge ou lentilles, ou fourrage ensuite ; mais Torge ne doit être semée sur ces terrains qu'autant qu'on peut y élever de l'eau du Nil sans trop de peine pour arroser en hiver, car la faible submersion qu'ils ont pu subir n'est pas suffisante pour cette culture.

Dans les estimations qu'a faites le colonel J. Ross, inspecteur général des irrigations, après la mauvaise crue de 1888, pour arrêter les bases de son grand projet d'amélioration des bassins, exécuté depuis, il avait compté pour toute la partie de l'Egypte située au sud d'Assiout :

DESCRIPTION DES BASSINS D'INONDATION il3

Surface des bassins 307 000 hectares

Surface de nabari 76 000 —

Le nabari s'étend donc sur une surface égale à 25 p. 400 de celle des bassins ; il est d'ailleurs distribué irrégulièrement le long de la vallée ; d'après les chiffres du colonel Ross, il se faisait alors à raison de : 66 000 hectares sur les terres hautes voisines du Nil ; 3 000 — au pied du désert ; 7 000 — entre le Nil et ses digues.

Ces données étaient probablement un peu exagérées; car, dans ces mêmes provinces, le nabari s'est étendu seulement sur 5S 000 hectares en 4900, et, en 4899, année de basse crue, favorable par conséquent au nabari, il a couvert 63 000 hectares.

Le nabari est moins développé dans les bassins des provinces situées au nord d'Assiout, parce que les habitants peuvent cultiver leur maïs et leur sorgho dans la zone desservie par le canal Ibrahimieh ; il s'en fait toutefois d'assez grandes quantités au nord de cette région, dans la province de Ghizeh.

Celte culture n'est pas très bonne pour le sol ; elle l'épuisé et l'empêche de recevoir ensuite une submersion suffisante pour le régénérer; cependant le fellah la considère comme plus avantageuse pour lui que la culture d'inondation ; mais il ne faut pas la pratiquer tous les ans sur la même terre à moins d'employer de l'engrais.

La culture qedi qui se fait au printemps, avant l'inondation, dans le fond des bassins, avec de l'eau d'arrosage tirée du sous-sol, comprend maïs, sorgho et légumes. Après la crue, on fait les cultures d'hiver, céréales, fèves, fourrage, etc., sur les terres qui ont été cultivées en qedi. Ces terres portent donc annuellement deux récoltes. La culture qedi exige beaucoup de travail pour l'arrosage, mais elle est rémunératrice; l'eau limoneuse, arrivant sur le sol après que la récolte a été enlevée, lui maintient sa fertilité, de sorte que le qedi n'épuise pas comme le nabari; on y emploie parfois de l'engrais.

Cette culture s'étend chaque année, mais elle n'a pas l'importance du nabari. En 4900, dans les provinces situées au sud d'Assiout, elle couvrait 33 000 hectares, soit un peu plus du dixième de la surface des bassins et un peu plus de la moitié de la surface du nabari. Pour toute la Haute Egypte jusqu'au Caire, non compris le Fayoun, cette culture représente une surface de 42 000 hectares environ.

Dans les bassins, les terres cultivées en nabari et en qedi sont les seules qui puissent donner deux récoltes par an.

D'après les statistiques de 4899 établies par le Ministère des Finances, si Ton prend toute la Haute et la Moyenne Egypte, moins les provinces de

Bâbois. — Les irrigations en Égyple. 8

Ghizeh el du Fayoum, c'est-à-dire une surface totale de 769 000 hectares comprenantleslOOOOOhectaresd'irrigationpermanenteducanallbrahimieh, les diverses sortes de cultures y ont été réparties comme il suit depuis le commencement de la crue de 1898 jusqu'à celle de 1899.

Cultures nabari.

Maïs et sorgho 87 000 hectares.

Cultures d'hiver.

Blé 215000 hectares.

Fèves 463 500 —

Orge 79000 —

Divers 206500 —

664000 hectares.

Cultures d'été •.

Coton ' 16000 hectares.

Canne à sucre 33000 —

Maïs et sorgho, légumes .... 49000 —

98 000 hectares.

Total 849 000 hectares.

A ce total il faut ajouter 2 000 hectares environ de jardins, ce qui forme une surface de cultures de 851 000 hectares pour une superficie de terres de 769 000 hectares. Or, de cette dernière surface, il faut retrancher environ 15 000 hectares de terres plus ou moins incultes, ce qui réduit la surface réellement cultivable à 754 000 hectares. La surface des cultures dépasse donc de 97 000 hectares celle du terrain, c'est-à-dire qu'il y a 13 p. 100 de cultures multiples sur les mêmes terres annuellement.

Si nous prenons, d'autre part, les deux provinces de Guirguehet de Keneh qui représentent mieux la situation des régions à bassins d'inondation, puisqu'elles ne comportent pas de canaux d'irrigation permanente, nous avons les chiffres suivants :

Cultures nabari.

Maïs et sorgho 29000 hectares.

Cultures d'hiver.

Blé 79000 hectares.

Fèves 47 000 —

Orge 45000 —

Divers 96000 —

267 000 hectares.

A reporter 296 000 hectares.

* Les cultures qedi sont comptées comme cultures d'été.

DESCRIPTION DES BASSINS D'INONDATION il5

Report 296 000 hectares.

Cultures d'été.

Colon » hectares.

Canne à sucre 8000 —

Maïs, sorgho, légumes 22000 ' —

30000 hectares.

Total 326000 hectares.

Ajoutant à ce chiffre un millier d'hectares de jardins, on arrive à une surface de récoltes de 327 000 hectares pour une superficie cultivée de 288000 hectares. Là différence, qui est de 39 000 hectares, représente les cultures multiples ; elle est de 13 p. 100 de la surface cultivable, c'est-àdire à peu près le même chiffre que nous avons trouvé plus haut. Mais les cultures d'été ne forment que 10 p. 100 de lensemble de cultures des provinces de Guirgueh et de Keneh, tandis que dans l'ensemble des provinces d'Assiout à Ghizeh, la proportion de ces cultures est de 13 p. 100; de plus les cultures riches de coton et de canne à sucre entrent pour moitié dans les cultures d'été de ces dernières provinces, tandis que dans les cultures d'été des deux provinces de Guirgueh et de Keneh, elles n'entrent même pas pour un tiers. Cette double différence représente Tinfluence du canal Ibrahimieh sur le régime agricole de la région qu'il traverse.

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