NIVEAU DE L*EAU DANS LES CANAUX; MACHINES ÉLÉVATOIRES
La pente de l*eau dans les canaux est réglée à raison de 0,04 m. à 0,05 m. par kilomètre ; c'est celle qui a été reconnue comme la plus favorable pour éviter à la fois les envasements du ht et les érosions des berges. Or le Nil, à la prise des canaux, est, pendant Tétiage, même avec un barrage construit au travers du fleuve, comme à la pointe du D<a^notablement plus bas que la surface des terres voisines ; par suite, comme la pente de la vallée est de 0,08 m. à 0,10 m. par kilomètre, ce n'est qu'après un assez long parcours, parfois de 50 à 60 kilomètres, qu'un canal peut amener Teau au niveau du sol à arroser.
Les canaux sont, il est vrai, coupés de distance en distance par des régulateurs ou ponts-barrages, ordinairement construits en aval des principaux embranchements et destinés à régler dans chaque bief les niveaux, les pentes et les débits. Au moyen de ces ouvrages, on peut, lorsque les eaux sont peu chargées de limon, c'est-à-dire pendant Tétiage, en exhausser le niveau aux dépens de la vitesse, les rapprocher ainsi plus rapidement de la surface des terres riveraines et les relever jusqu'à cette hauteur et même davantage. C'est ce qui se pratique régulièrement pour le canal Ibrahimieh qui distribue ses eaux toute l'année au niveau des terres ou à peu près. Mais, dans la Basse Egypte, on ne cherche pas ordinairement à obtenir ce résultat ; on y craint et les pertes d'eau qui se produiraient par l'imbibition du sol sous une plus forte charge et les détériorations que subiraient, par suite des infiltrations, les terres bordant le canal non encore pourvues de moyens de drainage suffisants. Aussi, et c'est là une des caractéristiques de l'irrigation égyptienne, presque partout dans la Basse Egypte l'eau est amenée sur les terres au moyen de machines élévatoires, sauf pendant la crue. La hauteur d'élévation et la durée pendant laquelle on doit y recourir sont naturellement moins grandes le long des biefs inférieurs des canaux.
Ces machines élévatoires sont établies, les unes sur les berges mêmes du Nil pour Tirrigation des terres riveraines du fleuve, d'autres sur les bords des canaux, d'autres sur des puits creusés jusqu'à la nappe souterraine dans les régions non desservies par des canaux sefi et où l'on fait cependant des cultures d'été.
L'Egypte est donc couverte de machines d'arrosage. Dans les propriétés importantes, on se sert de pompes à vapeur; ce sont ordinairement des pompes centrifuges actionnées par des machines fixes et le plus souvent par des locomobiles.
Dans les petites exploitations, les hommes ou les animaux servent de moteurs aux appareils de diverses espèces utilisés pour l'irrigation. Pour les faibles hauteurs, jusqu'à 1 mètre, on se sert du nataleh, sorte de seau en cuir que deux hommes font osciller au moyen de quatre cordes entre le canal et la rigole d'arrosage, ou encore de petites vis d'Archimède en bois manœuvrées par deux hommes. Pour des hauteurs pouvant aller jusqu'à 3 mètres, le seau en cuir est suspendu à un levier équilibré tournant autour d'un axe supporté par deux piliers; cet appareil appelé ckadoufesl mis en marche par un ou deux hommes. Lorsque la différence de niveau est trop grande pour un seul chadouf, on en superpose plusieurs, chacun d'eux puisant Teau dans la rigole où l'a élevée le chadouf inférieur. Des tympans, des norias de diverses sortes sont également installées le long du Nil et des canaux et se meuvent au moyen de manèges auxquels on attèie un bœuf, un buffle ou un cheval, parfois un âne ou un chameau. Enfin, dans le Fayoum, des roues h palettes actionnées par le courant des canaux, plus rapide dans cette région de TÉgypte, ont leur couronne garnie de pots en terre cuite qui élèvent l'eau comme les augets d'une noria.
La force du vent n'est jamais employée en Egypte pour les appareils d'arrosage.