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HISTORIQUE DE L'IRRIGATION DU DELTA

Le Delta a la forme d'un grand éventail à moitié ouvert^ partagé en trois parties inégales par les deux branches de Rosette et de Damiette, qui se séparent Tune de l'autre à 25 kilomètres en aval du Caire. Le sol, qui est à la cote 18,00 m. aux environs du Caire, s'abaisse en pente douce et régulière vers la mer.

En suivant le mouvement général des courbes de niveau, on y reconnaît l'allure d'un cône de déjection très aplati présentant dans son profil transversal, c'est-à-dire de l'est h l'ouest, des zones alternativement basses et relevées ; celles-ci sont placées le long des deux branches du Nil et des grands canaux qui occupent l'emplacement d'anciens bras naturels, et celleslà dans les parties intermédiaires. En outre, la branche de Damiette coule à un niveau un peu plus haut que la branche de Rosette ^

Si, du Caire comme centre, on trace un arc de cercle de 170 kilomètres de rayon, on obtient assez exactement le contour du rivage de la mer. La limite des terres cultivables s'arrôte en moyenne à 30 kilomètres de la mer, plus ou moins suivant les endroits. La zone inculte comprend, en allant de l'intérieur à l'extérieur, une bande de terrains marécageux et salpêtres, une ceinture de lacs saumâtres et une chaîne de dunes littorales.

Le Delta était encore, au commencement du siècle dernier, aménagé suivant les procédés que nous avons exposés pour les cultures par l'inondation. Des canaux d'amenée alimentaient des séries de bassins séparés les

* Voir pages 43 et suivantes ]a description du Delta.

DESCRIPTION GÉNÉRALE DES CANAUX D'IRRIGATION 14i

uns des autres par des digues et, au delà du dernier bassin de la série, se prolongeaient par des canaux de vidange aboutissant dans les lacs littoraux qui se déversaient eux-mêmes dans la mer. Comme dans la région des bassins, on y pratiquait des cultures d'hiver dites cheloui (blé, orge, fourrage, etc.), et des cultures nili pendant la crue (maïs, dourah), ces dernières sur les terres hautes bordant les branches du Nil et les grands canaux. On y faisait aussi un peu de coton ; c'était possible même pendant Tétiage, du moins dans les années ordinaires, car le niveau des basses eaux dans le Delta est naturellement plus rapproché du sol que dans la Haute Egypte et les oscillations de la crue y ont moins d'amplitude, de sorte que, sans trop de peine, au moyen de sakiehs ou de chadoufs, on élevait, des deux branches du Nil ou d'autres bras secondaires du fleuve, l'eau nécessaire à cette récolte ; on pouvait aussi, dans d^autres endroits protégés contre l'inondation par des digues, l'extraire de la nappe souterraine au moyen de puits. Mais l'étendue de ces cultures d'été était très restreinte. D'après Girard, de l'expédition française, elle ne couvrait guère, dans les bonnes terres bien situées, que 12 p. 100 de la superficie totale ; la culture nili du maïs n'occupait elle-même à peu près que la même surface. Cette proportion ne pouvait guère être augmentée sans que le système d'irrigation de la région ne fût complètement modifié.

Mehemet-Ali commença à entreprendre cette œuvre vers 1825. Le principe de la transformation fut simple. On renforça et compléta les digues longitudinales des deux branches du Nil pour protéger les terres contre l'inondation qu'on recherchait auparavant. On creusa jusqu'à 1 mètre ou 1,50 au-dessous du niveau des basses eaux les principaux canaux d'alimentation des bassins, de façon à assurer leur débit toute l'année, et on les munit d'ouvrages régulateurs adaptés à leur nouveau rôle de canaux d'arrosage permanent. Mais, en pratique, bien des difficultés surgirent.

Avec la manie commune à presque tous les Orientaux de vouloir toujours faire grand, les principales artères avaient été établies avec des dimensions exagérées, hors de proportion avec les débits à prévoir pendant la crue. On était donc obligé, à cette époque de l'année, pour relever les eaux au niveau des terres et permettre l'arrosage intensif et les submersions nécessaires à la préparation des cultures d'hiver, de fermer en partie les ouvrages régulateurs ; on réduisait ainsi la vitesse d'écoulement et de grandes quantités de limon se déposaient dans le lit des canaux. Souvent aussi, sous la direction des ingénieurs indigènes commandés par des pachas ignorants et brutaux, le débit était mal réglé, des lâchures intempestives rongeaient les berges, bouleversaient le régime des eaux et engendraient un désordre favorable aux envasements. D'autre part, lorsque la période d'étiage était venue, la corvée, troupe de paysans ramassés par la force et

travaillant à coups de courbache, était impuissante à exécuter convenablement le curage de ces grands canaux dont le fond était rempli de boue liquide et qu'on n'avait pas le temps d'assécher complètement, parce qu'on ne pouvait interrompre longtemps les arrosages. Souvent on devait se contenter de relever sur les berges, un peu au-dessus du niveau des basses eaux, une certaine quantité de vase, juste assez pour livrer un mince passage à l'eau et la crue se chargeait bien vite de ramener au fond ces déblais qu'il fallait extraire l'année suivante avec les mômes difficultés et les mêmes

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