‹ Les irrigations en ÉgypteChapitre 73 sur 159 · È D IT E R B A · texte numérisé non relu

È D IT E R B A

Fig. 23. — Extrait d'une carte de Linant de Bellefonds. (Canaux sefi du Delta en 1855).

peines, véritable travail de Sisyphe. Enfin, dans les biefs supérieurs des canaux, le niveau d'étiage était trop bas au-dessous du sol environnant, surtout dans les provinces du sud du Delta où la différence de hauteur atteignait 6 à 7 mètres ; il en résultait des frais d'élévation d'eau considérables et trop dispendieux.

Linant de Bellefonds, alors conseiller de Mehemet Ali pour les travaux publics, a publié une carte, sans date, mais se rapportant probablement à Tannée 1855 qui montre quel était à cette époque le tracé des principaux canaux séfi de la Basse Egypte. Nous en indiquons les principales lignes sur la figure 23. Par une note imprimée sur cette carte et reproduite ci-dessous, il indique sommairement quel était alors le régime de la Basse Egypte.

<c On arrose les terres de la Basse Egypte de deux manières, pendant l'inondation et à l'époque de l'étiage. Quand la crue commence, on laisse entrer les eaux dans les canaux ; et, comme elles ne sont pas encore au niveau des terres, on les élève au moyen de différentes machines pour arroser les terrains déjà semés en riz, coton, etc. Ceci se pratique à la fin de

juillet et dans le mois d'août. On inonde, dans le cours du mois d*août, au moyen de simples saignées dans les berges des canaux, les terrains convenablement placés; on inonde les autres avec des machines. On sème du dourah dans ces terres ainsi arrosées. En quarante jours, cette récolle se fait. Le Nil alors étant à son maximum de crue, les canaux sont tous remplis ; les barrages construits sur leur cours servent à élever les eaux pour les répandre sur les terres qui ne sont plus ensemencées et que Ton submerge entièrement. On n'arrose plus alors, on inonde de grandes étendues formées en bassins par des digues. Quand les eaux du fleuve diminuent, elles se retirent de dessus les terres par différents canaux dans les lieux les plus bas. Alors on sème les blés, orges, lin, fèves, etc. Dans la Basse Egypte, les terres étant plus basses (que dans la Haute Egypte), on peut arroser ces cultures jusqu'à trois fois au moyen de saignées faites aux berges des canaux.

« Après les inondations et quand Tétiage commence, en mars et avril, c'est le moment des récoltes. On cure alors les canaux qui doivent fournir de l'eau et qui sont comblés en partie pendant l'inondation ; ceux-ci sont creusés à 8 mètres, tandis que pour servir à l'inondation 4 mètres suffisent. On fait à la prise d'eau des canaux alimentaires quelques travaux annuels, comme des épis depieuxjointifs, etc., pour donner une plus grande quantité d'eau. Au moyen des machines qui élèvent les eaux, on commence à ensemencer les terres en coton, en riz, mais c'est avec beaucoup de peine et de grandes dépenses. Ce n'est que dans les terrains les plus éloignés des prises d'eau des canaux, à des distances de 16 à 18 lieues, que les eaux retenues dans le lit des canaux par le moyen des barrages peuvent se répandre naturellement sur ces terres, à cause du peu de pente des canaux.

c Tous les ans on emploie, terme moyen, 150000 hommes pendant quatre mois pour le curage des canaux, réparations des digues et travaux nouveaux. »

Tels furent les débuts de la transformation des irrigations dans la Basse Egypte. C'était encore un système mixte ; l'inondation par bassins et l'irrigation s'y pratiquaient en même temps. Ce n est que progressivement que les digues des bassins furent supprimées et le système des canaux profonds développé; alors toute inondation générale disparut du Delta et on put y introduire un assolement normal et régulier par suite duquel toute terre est consacrée successivement aux diverses cultures d'été et d'hiver quelle que soit sa situation par rapport au Nil.

Il n'était pas prudent, d'ailleurs, de songer à aménager toutes les terres de la Basse Egypte pour l'irrigation sans donner plus de sécurité à l'alimentation des canaux pendant l'été. Pour cela, il fallait diminuer leur

Echelle

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profondeur afin de faciliter leur curage annuel, et on ne pouvait y arriver qu'en relevant le niveau de Tétiage du Nil.

Dans ce but, on résolut de mettre à exécution Tidée préconisée par le général Bonaparte, d'établir un barrage sur les deux branches du Nil, à la pointe du Delta et de distribuer Teau dans toute la Basse Egypte au moyen de canaux ayant tous leur prise en amont de cet ouvrage. Le barrage projeté devait créer une retenue de 4,50 m.

La construction de ce barrage fut commencée en 1843 et on entreprit

en même temps le creusement des trois grands canaux d'alimentation du Delta (fig. 24), lun pour les provinces de Test, l'autre pour les provinces comprises entre les deux branches du Nil, et le troisième pour les provinces de Fouest. Le premier seul fut achevé ; le second, celui du centre, ne fut relié que partiellement au réseau des canaux qu'il devait fournir d'eau et le troisième fut à peine commencé.

D'autre part, pour diverses raisons qui seront indiquées dans un autre chapitre, le barrage lui-même resta incomplet et fut longtemps inutilisé. On se contentait, dans les dernières années antérieures à 1882, de créer une faible retenue de 1,50 m. à 2 mètres pendant l'étiage sur la branche de Rosette, le barrage de la branche de Damiette restant complètement ouvert. On obtenait ainsi un meilleur débit dans les deux canaux de l'ouest et du centre et on faisait refluer une plus grande quantité d'eau dans la branche de Damiette qui continuait à alimenter, par des canaux échelonnés le long de son cours, une grande partie des provinces du centre et toutes les provinces de l'est.

En 1880, le gouvernement égyptien avait complètement perdu l'espoir de se servir du Barrage autrement que comme d'un répartiteur entre les deux branches du Nil. On considérait que, pour le mettre en état de rendre les services pour lesquels il était prévu, il faudrait y dépenser des sommes hors de proportion avec les ressources budgétaires de TÉgypte surchargée de dettes. En outre, les moyens de drainage n'existant encore qu'à Tétat embryonnaire, on craignait que les infiltrations résultant d'un relèvement continu des eaux du Nil ne produisissent des effets désastreux sur les récoltes. Enfin, sous Tinfluence des idées plus douces introduites par les européens dont le nombre grandissait chaque année dans le pays, on éprouvait de plus

Fig. 24,

en plus de difficultés à obtenir de la corvée le curage des grands canaux sefi. On eut alors l'idée d'arriver à supprimer la plupart des canaux profonds en élevant l'eau du Nil, sur divers points, au moyen de grandes usines à vapeur. Des installations mécaniques furent établies à cet eiïet dans les provinces de Touest, les plus mal desservies au point de vue de Talimentation d'étiage; et on se proposait d'étendre ce système à tout le Delta et à la province de Ghizeh. C'était un expédient coûteux; il avait toutefois l'avantage de faire débourser par des sociétés concessionnaires les frais de premier établissement.

Mais, en 1882, les ingénieurs anglais prirent possession du Ministère des Travaux Publics; ils obtinrent bientôt des arrangements financiers qui permirent d'envisager et de poursuivre l'exécution de grands travaux d'ensemble destinés à mettre en état le Barrage, à construire le canal de l'est et à transformer le réseau des canaux de la Basse Egypte de façon à ce que l'artère générale de l'alimentation de chacune des trois parties du Delta eût sa prise en amont du Barrage, suivant le plan primitif.

Ce travail fut poursuivi méthodiquement; actuellement toute Tirrigation de la Basse Egypte est commandée par le Barrage rendu capable de relever l'eau du Nil jusqu'à la cote 15,50 m. au-dessus du niveau de la mer, soit à 1,50 m. au-dessous dos terres cultivables; tout le Delta reçoit maintenant son eau par des canaux qui ont leur prise en amont du Barrage.

Avec ce système, les terres situées au nord du Delta se trouvent desservies au moyen de grandes artères dont la prise sur le Nil est à plus de 150 kilomètres de là. On a reconnu qu'il est très difficile d'assurer une bonne distribution d'eau sur d'aussi longs parcours avec le régime très libéral qui règne en Egypte pour l'emploi de l'eau d'irrigation. Aussi on vient d'achever sur la branche de Damiette^ à Zifta (88 km. en aval du barrage du Delta), un nouveau barrage destiné à faciliter l'arrivée de l'eau d'arrosage dans les parties septentrionales des provinces du centre et de l'est. On s'est même proposé d'en construire un autre, dans un but analogue, sur la branche de Rosette, mais ce dernier projet n'est encore qu'à l'étude.

On peut se rendre compte par quelques chiffres du chemin ainsi parcouru depuis quarante ans.

Vers 1860, Linant de Bellefonds calculait que le débit de tous les canaux, avec un étiage moyen, était de 63 mètres cubes par seconde, permettant de cultiver 75 000 hectares en cultures d'été, moitié riz et moitié coton, soit un vingtième de la surface de la Basse Egypte.

Vers 1880, au moment où l'on ne se servait du Barrage que comme répartiteur entre les deux branches du Nil avec 1,7S m. de retenue sur la branche de Rosette et une cote d'altitude amont de 12 mètres, Rousseau paçha^ alors sous-secrétaire d'Etat au Ministère des Travaux Publics, esti-

Bakois. — Lm irrigations en Egypte. iO

mait le débit des canaux de la Basse É^^ypte à 175 mètres cubes par seconde.

En 1883, époque où Ion commença à utiliser le Barrage avec une retenue de 3 mètres de hauteur et une cote d altitude amont de 13 mètres, le débit des canaux est porté à près de 300 mètres cubes.

A partir de 4891, après que les travaux de consolidation de cet ouvrage furent achevés et purent donner une retenue de 4,50 m., avec une cote d'altitude amont de 13,75 m., on obtint 350 mètres cubes en année ordinaire.

Enfin, après que les nouveaux travaux eurent surélevé encore la retenue du Barrage et eurent porté la cote amont à Taltitude de 14 mètres, on obtint, en 1900, avec le plus bas étiage connu, très inférieur aux étiages ordinaires, un débit minimum de 220 mètres cubes par seconde (on ne pouvait donner davantage, le débit du Nil étant entièrement absorbé par les canaux) ; et, par le perfectionnement du régime des canaux et du système de distribution des eaux, on put, avec ce débit restreint^ arroser plus de 450 000 hectares de cultures d*été, sans compter celles qui étaient arrosées au moyen de pompes établies sur le Nil et qui étaient de 60000 hectares environ. Dans une année moyenne, le débit des canaux peut actuellement être maintenu bien au delà du chiffre de 350 mètres cubes par seconde. Une plus grande sécurité est encore obtenue avec la retenue de 15,50 m. qu'on fait aujourd'hui au Barrage à la suite des travaux terminés en 1902.

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