‹ Les isolements, 1903-1904Chapitre 12 sur 76 · LA GAGE · texte numérisé non relu

LA GAGE

On choisit de flexibles mots, Plus légers que les jeune branches, On en fait des corbeilles blanches Où l'on met des roses à flots.

On croit autour d'une âme sombre, Palpitant comme un nid d'oiseaux, Tresser de clairs et blonds réseaux, Et l'on mêle des vers dans l'ombre,

Gomme un vannier courbant le bois ; Et quand la cage est bien tressée, Elle est si lourde et si tassée Qu'on n'entend plus frémir la voix.

Ainsi les vers, les vers rebelles Sont les barreaux noirs et pressés De la cellule où nos pensers Et nos rêves battent des ailes.

Q.S les isolements

A JEAN MOREAS

Vous me disiez ce qu'à Rozell-Tower,

Rôdant à la brune, Hugo murmurait aux flots de la mer

D'où montait la lune.

Moi, je le voyais comme un vieux nocher,

A travers la pluie, Assis et songeant au bout d'un rocher Que le vent essuie.

Son âme sombrait en d'immenses deuils, Il marchait dans l'ombre,

L'océan jetait contre lesécueils Son écume sombre.

Tout était fini. Dans le ciel obscur C'était la nuit noire,

Seul un astre d'or brillait froid et pur, Celui de la gloire.

Ayant regagné ma chambre à travers

Paris et la brume, J'ai compris ces mots qui gardent des mers

La triste amertume.

Et je me suis dit dans mon cœur, tout bas :

Du vin et des roses, Un bras blanc, un brin de clairs mimosas

Sont de belles choses ;

Mais, matins mouillés et jeunesse d'or

Passent comme un rêve, Et plein de regrets je regarde encor

Un jour qui s'achève.

Et ne trouvant rien dans mes grands déserts

De mélancolie, Maître, j'ai repris l'étude des vers

Et la poésie.

3û LES ISOLEMENTS

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