‹ Les isolements, 1903-1904Chapitre 14 sur 76 · PLUIE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

PLUIE FRANÇAISE

Il pleut sur les lilas mouillés du Luxembourg,

Mais la pluie est légère et le ciel n'est pas lourd.

Il pleut sur les bassins et les buis des charmilles,

Sur le toit du hangar où quelques jeunes filles

Rêvent en effeuillant des brins de mimosas.

0 jardin printanier, vert tendre des lilas !

Que c'est beau cette pluie aimable et parfumée,

Ce vent qui sur les toits taquine la fumée,

Ces reines, ces sylvains, ces humides massifs,

Ce buste de Watteau, cette allée et ces ifs!

Il fait bon et je songe à des bois pleins de fraises.

Vieil hangar ruisselant, ô jeunes voix françaises,

Léontine, Lili, j'entends vos noms frémir,

Je laisse dans mon cœur monter le souvenir,

Et descendre le soir pur et mélancolique.

Près de moi, Michelet, sur le faux banc rustique,

Est ouvert, et je sens l'orgueil d'être en mon temps

Un poète français, dans ce décor antique,

Avec ces filles, cette pluie et ce printemps.

Paris. — AvriL

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