FRANÇOIS RABELAIS
A . Charles Verrier.
En pourpoint de velours, laissant ton presbytère
Aux servantes riant dans la blonde lumière
Que tamise au matin le rosier du balcon,
Vieux François Rabelais tu partais de Meudon,
Fouettant ta mule avec de verdoyantes branches.
Dans l'ombre des figuiers brillaient les jambes blanches
Des filles qui cueillaient les fruits sucrés ; l'azur
Etait jusqu'à Paris d'un bleu limpide et pur.
Tu laissais ta monture aller boire à la berge,
Tu l'attachais toi-même à l'anneau de Fauberge,
Au cœur de la cité. La truande aux bras nus,
Dédaignant et les clercs et les moines joufflus,
S'asseyait près de toi, rougissante et charmée
Par ta barbe de dieu touffue et parfumée.
Des escholiers passaient, chantaient, chassaient un chien,
On sentait vaguement un air italien,
Et malgré le couvent dont s'éplorait la cloche,
On devinait déjà la Renaissance proche !
Un seigneur lutinait les filles; des rayons
Se brisaient sur un broc ventru; deux papillons
Entraient et voltigeaient un moment sur ta tête,
Et tandis qu'un soldat attachait, ô poète,
A l'âne du laitier un frère capucin
Qui dormait sur le seuil, comme un porc, lourd de vin,
Tu laissais éclater ton rire formidable.
Les buveurs étonnés se retournaient, la table
Pleine de vieux flacons était un riche autel
Où, Titien doré, s'accoudait la servante,
Et tous sentaient frémir la musique éclatante
De la joie où grondait une voix d'Immortel.