LA RÉFORME
Depuis bien longtemps, comme nous Pavons dit dans la première partie, les Israélites respirent le même air que les Polonais, vivent des mêmes fruits, partagent les mêmes vicissitudes de la vie, et sont avant tout pareils à tous les autres hommes. «Qu'ils ne se tourmentent donc pas la tète, dit l'honorable Polonais, tous ces anti-philantropes, faiseurs de projets, dont les uns rêvent, comment et dans quels steppes chasser les Juifs? les autres, par quelles lois nouvelles comprimer les préjudices qu'ils portent au pays? d'autres encore, de quelle manière les forcer à la réforme religieuse? Tout cela est en pure perte 1 » Les moraliser, les civiliser, les émanciper et les admettre à la jouissance des libertés, comme les autres citoyens; voilà le seul moyen de remédier au mal.
1 Pensées sur la réforme des Israélites. Paris, 1835.
Les préjugés, le fanatisme des anciens siècles, le défaut de tolérance, l'égoïsme des castes et surtout l'exercice du monopole par les grands, ont été, comme on le sait depuis longtemps, la gangrène et le fléau de l'humanité.
L'esprit de liberté, sous le rapport moral et politique, dans ce siècle-ci se manifeste partout; chaque cœur humain y dirige ses vœux ; ces deux points, savoir : liberté politique et de conscience, doivent constituer l'indépendance et le bonheur des nations, tout en admettant des réformes dans les lois et dans les droits , en proportion du progrès de la civilisation.
Dans le pays où le despotisme et l'aristocratie ont déjà succombé, où tout homme, selon ses capacités, règle en quelque sorte sa destinée et peut dire toute sa pensée, là la liberté intellectuelle, ce trésor, se répand progressivement avec ses bienfaits parmi le genre humain.
Cette liberté de Yesprit n'est point inconnue aux Juifs polonais. Quelques étincelles en ont déjà pénétré jusqu'au plus profond de leur cœur; et quoique l'effet n'en soit pas aussi évident que chez les peuples plus libres, cependant, suivant l'impulsion de sa nature, elle va fécondant les générations, avant de retourner à son foyer sacré, et ne manquera pas d'accomplir ainsi sa bienfaisante mission. Ce n'est que le défaut de moyens de développer leur intelligence qui empêche les Juifs de s'incorporer moralement et politiquement dans la nation au sein de laquelle ils vivent depuis si lontemps; mais il est à espérer que ces obstacles au développement du bon sens et de la raison ne dureront pas.
Le fanatisme religieux cède déjà à la raison et à l'esprit de la véritable piété : la tolérance est presque partout dans les mœurs des peuples et dans les lois des gouvernements. Les peuples sentent déjà un besoin d'harmonie, do concorde et d'association réciproque, seuls moyens de par-
venir à la jouissance des avantages dont la discorde, la jalousie et le fanatisme religieux les avaient privés jusqu'ici. Déjà il surgit spontanément une nouvelle tendance organisatrice parmi les hommes, et qui s'étend instinctivement sur Phumanité entière. L'antipathie entre les hommes et les nations disparaît peu à peu; le cœur humain devient plus accessible à la véritable charité et n'offre plus de prise au sentiment d'une vindicte fanatique. La lutte entre le despotisme et la dignité de l'homme a déjà cessé en partie dans le monde politique, et n'existe plus que dans le monde moral. En un mot, les masses, jadis si passionnées, si sanguinaires, se présentent aujourd'hui, grâce à la philosophie, pleines de belles et merveilleuses espérances. Cette philosophie même commence à consti* tuer pour les masses une nouvelle croyance politique, et ouvre à la raison et à la vertu un champ libre pour y créer des réformes de plus en plus salutaires.
Ce grand changement des choses dans le siècle actuel nous permet d'en attendre des fruits bien doux, mais tout en attendant, la philosophie ne doit pas discontinuer ses travaux, afin d'entretenir ces heureuses dispositions: comme la médecine qui doit, elle aussi, continuellement exercer son art dans le monde politique, parce qu'ici, comme dans le monde moral, il y a toujours des malades.
Nous ne sommes pas, peut-être, bien loin de cet avenir où le médecin du monde moral s'appellera la vérité. Voici ce qu'un estimable auteur a dit au commencement de cô siècle :
«Toute l'Europe a changé de face : il est fort douteux que P intolérance puisse jeter de profondes racines ati temps où nous vivons; c'est ce qui doit rassurer les Israélites et contre l'influence locale de quelques jalousies mercantiles, et sur les intentions magnanimes des principaux souverains. Le catholique, le luthérien, le protes-
tant, le juif, l'anabaptiste, le socinien, le quaker, sentent tous qu'ils sont frères, construits également de chair et d'os, jetés au hasard sur cette terre de douleur, pour y vivre et mourir le moins mal possible : ils se passeront donc mutuellement leurs erreurs, pour concourir au maintien de Tordre social, et le dix-neuvième siècle ne verra point s'élever de nouveaux Torquemada (fameux inquisiteur). Le ridicule est une barrière presque insurmontable aux excès du fanatisme, àl'esprit des sectes, si étrangers à la véritable piété et à la tranquillité des États. On ne renouvellerait pas aisément les atroces folies des siècles d'ignorance, et il serait peut-être plus facile aujourd'hui d'amener les hommes à l'unité de croyance, que de heurter de front le sens commun : on ne sait plus heureusement ce que c'est que la controverse; ce mot est vide de sens pour la génération actuelle. On chérit l'indulgence: c'est elle qui encourage la vertu, sur laquelle se fonde l'obéissance aux lois et aux puissances de la terre. »
La civilisation et l'esprit de liberté n'ont pas fait beaucoup de progrès chez les Juifs de Pologne. Ils sont, à l'heure qu'il est, sous tous les rapports, les plus malheureux. Les Polonais, en général, les considèrent comme un» os dans le gosier (telest leproverbe enPologne), os qu'il est impossible d'avaler ni de cracher. Mais comme le nombre des Juifs y atteint le chiffre de 2,500,000 , il est important d'approfondir la cause de leurs malheurs et de s'occuper à les en faire sortir. Supposons un instant que ce peuple soit coupable envers Dieu d'avoir conservé ses croyances depuis l'origine du christianisme. Est-ce aux Polonais, d'ailleurs, ou aux chrétiens, en général, qu'appartient la vengeance du ciel? La religion chrétienne, basée sur l'amour du prochain , ne dit-elle donc pas : Malheur à ceux que Dieu choisît pour [instrument de sa vengeance I
Il faut savoir être impartial et dire la vérité à tous, aux
Juifs comme aux autres. Les Polonais avouent, et les Juifs doivent avouer de leur côté, que les uns et les autres, ils ont manqué de prévoyance. Le cœur noble des Polonais souffre d'avoir persécuté injustement les enfants de la même terre, de les avoir éloignés des bienfaits de la patrie et de la protection des lois. Mais les souffrances des Juifs sont plus grandes, plus amères (comme leurs fautes sont plus grandes aussi), et tandis que leurs coreligionnaires en France, en Belgique, en Hollande, etc., se font distinguer par leur moralité, par leur éducation, sont admis à toutes les dignités, à tous les bienfaits de la civilisation, qu'ils comptent enfin parmi les nations où ils vivent et y jouissent des droits communs , les Juifs polonais avec leurs préjugés, leur rabbinisme, leur fanatisme, se trouvent plus encore que par le passé, opprimés, haïs par les chrétiens 1 . Ils souffrent donc doublement sans posséder aucun moyen de défense.
i Victor Hugo dit, dans son écrit au rédacteur des Archives : i Monsieur, au temps ou nous vivons, les Juifs, comme vous, sont pleins de science et de lumière, et les chrétiens, comme moi, sont pleins d'estime et de considération pour les Juifs comme vous. » ( Voyez les Archives Israélites, 4843, pag. 376 ).
Le comte Oslrowski dit, dans son ouvrage sur la réforme des Juifs : « 11 n'y a rien de plus sale, de plus dégoûtant, que les Juifs polonais, personne n'aurait cru, sans l'avoir vu, que la nature de l'homme créé à l'image de Dieu, ait pu s'abaisser de la sorte, etc.»
De môme que les chrétiens en France ne peuvent contester la remarque de M. V. Hugo, de même aussi, les Juifs polonais ne sauraient nier la justesse du tableau que fait d'eux le comte Ostrowski.
Le Juif en Pologne n'était pas regardé comme une créature de Dieu. Particulièrement dans l'aristocratie des nobles on disait et on dit encore : tout Juif est un fripon et un traître ; c'est le préambule ordinaire de toute mention de ce peuple chez presque tous les nobles.
Ainsi que nous l'avons dit , dans notre amour pour la vérité, que nous faisons entendre à tous , il est vrai que les Juifs polonais méritent généralement le mépris des chrétiens : mais il faut avoir égard aux circonstances.
Le gouvernement polonais , tout en tolérant toutes les classes d'habitants et toutes leurs croyances religieuses , chose dont ce pays peut, à juste titre, se vanter, pourquoi co gouvernement, composé d'hommes supérieurs, n'a-t-il jamais envisagé la question des Juifs du bon côté? Pour-
quoi n Vt-il jamais proclamé une mesure exceptionnelle en faveur des Juifs éclairés et de bonne conduite? Pourquoi n'a-t-il pas admis ces derniers à la jouissance des mômes droits que les chrétiens et les citoyens de la même patrie?....
L'attention de tout magistrat éclairé aurait dû être éveillée et comprendre que la vie d'un Juif est aussi précieuse que celle de tout être humain, car autrement , quel motif pouvait servir à encourager ce Juif à se civiliser, à sortir de l'abrutissement, à renoncer aux mœurs et aux usages de ses coreligionnaires?Et quand même ce Juif se résignerait à abjurer ses erreurs, ne s'exposerait-il pas à mille désagréments et persécutions de la part de ses coreligionnaires, à la perte desesmoyensd'existenoeîLeschrétienSjd'ailleurs, ne viendront point en aide à un Israélite civilisé ou à sa famille. Et si le gouvernement ne le prend pas sous sa protection , il est forcé de rester toujours enchaîné à la destinée d'autres Juifs et enveloppé dans le même mé» pris qui couvre leur saleté et leur ignorance depuis si longtemps.
Une loi de quelques lignes seulement aurait pu sauver de la honte et du malheur les 2,500,000 juifs et leur épargner tant de maux, tout en disculpant de reproche les Polonais dont le noble cœur doit souffrir en contemplant l'état abject de la neuvième partie des habitants de leur pays. Or ces quelques lignes auraient dû être inscrites ainsi dans leurs lois.
Tel seulement d'entre les Juifs est exempt de la protection des lois du pays qui, par ses mœurs, ses usages, sa moralité , son langage et son éducation ne veut pas ressembler aux chrétiens. Quant à la pure religion de il dise, la présente loi ne prétend pas y toucher.
Mais non, jamais ces mots salutaires ne furent prononcés en Pologne , môme en temps de paix , lorsque quelques bonnes lois y furent faites; et, par conséquent, ceux d'entre les Juifs qui s'y sentaient le mieux disposés pour la réforme, qui se distinguaient par leur moralité et leur éducation, restèrent et restent encore soumis à la rigueur des lois contre les Juifs en général ; aussi leur esprit est-il abruti à un tel point que dans ce siècle-ci , ils «ont plus malheureux et plus arriérés dans la civilisation qu'il y a cinquante ans , nul législateur, aucun écrivain polonais, excepté Czacki n'a été animé d'un esprit favorable en parlant de la réforme des Juifs, et quand il s'en trouvait quelqu'un, quasi ami de l'humanité entière , qu'a-t-ii conçu dans sa sagesse, en parlant des Juifs? Nous répondons hardiment que Ion y lisait à ce sujet les plus grossières insultes accompagnées de malveillantes insinuations, propres à offenser et la Providence et l'humanité. Et puis, ils ne craignaient pas de descendre aux plus ridicules descriptions, comme celles du nez , des yeux, des jambes, du corps maigre et mal tourné, des cheveux crépus, etc., etc. des Israélites et attribuaient tout cela à la nature et à la mauvaise constitution de la race juive. Il est juste de dire que le comte Ostrowski a écrit son ouvrage sur la réforme des Juifs, dans un but louable; mais à partir de l'introduction , il a bâti tout son édifice sur un terrrain mal choisi. Nous citons de lui ce qui suit : « L'expression de la figure d'un Juif démontre l'antiquité de sa race. Le nez ordinairement en bec d'aigle, des cheveux touffus et frisés, mal peignés, la barbe et les mèches de cheveux couvrant les tempes, les yeux à fleur de tète, dans lesquels se reflète la ruse ou une pensée secrète, ou l'inquiétude intérieure de l'âme; le visage tout entier n'ayant habituelle-
ment aucune expression pour inspirer la confiance, mai* au contraire, trahissant les qualités les plus dangereuses pour la société, c'est-à-dire, proférer un mensonge sans hésiter, nier la vérité à chaque instant, à toute occasion, être prêt à tromper par quelque artifice ou par la ruse, en tout ce qui peut lui produire un profit quelconque. On n'y reconnaît point d'instruction, ni aucun sentiment supérieur, etc. * »
Et cette peinture du physique et du caractère des Juifs, contraire à la vérité et à la justice (en quoi nous nous rapportons à l'opinion générale des nobles polonais), sert d'introduction à la réforme des Juifs, à la guérison (comme le réformateur s'exprime souvent) de ce peuple ; enfin à son salut contre la haine des chrétiens !
Bien loin de là, cette introduction avec de pareilles peintures, à pour résultat la condamnation et le mépris
, L'auteur a oublié ses propres paroles, écrites sur la page précédente de son ouvrage: i Ayant eu, y est-il dit, occasion dans les ateliers de ma fabrique, et lors de mon commandement de la garde nationale, de connaître les Juifs, je n'ai pu remarquer chez eux aucun défaut dominant, et particulièrement, celui d'ingratitude; au contraire, j'ai la conviction qu'ils ont un penchant opposé, malgré toute leur démoralisation et leurs mauvais sentiments, sous tous les autres rapports, et qui sont le fruit des malheurs pendant longtemps éprouvés. Eu étudiant le caractère des Juifs à fond, j'ai reconnu qu'il s'y découvre l'antique et primitive vertu de l'homme : par exemple, la profondeur du sentiment religieux, et quoiqu'il tombe parfois dans les préjugés, leur cœur en est cependant tellemeut pénétré, qu'il sert souvent de frein au vice, où ce peuple se laisse parfois entraîner, car il y est poussé par l'absence de toute législation qui tende à le moraliser. Ils savent apprécier (les Juifs ) les services rendus, ainsi que la protection qu'on leur accorde contre l'outrage, le mépris et l'abaissement. En pareil cas, non-seulement, d'après un article de leur foi , ils doivent prier Dieu pour leurs bienfaiteurs, mais ils sont fiers et heureux quand ils peuvent rendre service pour service. En un mot, ils adorent leurs bienfaiteurs, et, par conséquent, ils aimeront la Pologne lorsqu'elle leur rendra justice, i
d'un peupla innocent, et non pas une réforme utile au pays. Gomment, par exemple, les soldats d'un régiment ou dune compagnie envisageraient-ils leur camarade, si le commandant leur disait dans un ordre du jour : « un tel est, par son naturel, par son àroe et sou cœur, traître, menteur et, sous tous les rapports, méchant; cependant il faut avoir pitié de ce vaurien, car il est homme l » Nous demandons maintenant s'il ne résulterait point d'un pareil langage le plus grand mépris et la plus funeste haine contre ce malheureux camarade! *.
Au reste, il nous semble, qu'autant cet auteur a manqué à tout un peuple et à soi-même par une description insensée et erronée, autant il a bien dit :
« Triste et déplorable est certainement l'état des Israélites de Pologne, et ce tableau peu consolant de leur manière d'être. Cependant* cela nedeît désespérer personne, et Ton ne doit pas penser que cette existence des Juifs est incurable. Il fallait surtout démontrer fidèlement cet état peur chercher les moyens de remédier aux maux qui proviennent plutôt de leur position que de la nature corrompue de l'homme- Le Juif peut se moraliser-, il est toujours assez sensible k l'élévation de s* tmétoim humaine. On peut éveiller en lui les sentiments dliounëtir et dlion-
i Nous flous étonnons beaucoup que, de la plume d'un si estimable auteur, soient sortis une si grande inconséquence et un tel mépris delà vérité; car en dépeignant le caractère d'un peuple entier, on ne peut pas prendre mesure sur quelques misérables, peut-être de tomaszow ( ville appartenant à l'auteur ). D'ailleurs, n'y a-t-il pas des misérables parmi Jçs chrétiens ?
Nous ne nous permettrions pas de critiquer le réformateur dont QQU% pourrions réfuter l'injustice entre tant d'autres écrivains, gj le noble palatin et général Ostrowski, par sa préface et de vive voix, ne nous l'avait pas permis.
nêteté, car la misère et le besoin le poussent au brocantage plutôt que son goût. Et de quel côté en est la faute primitive? du nôtre, incontestablement, nous connaissons depuis longtemps ces maux, mais nous manquons de courage pour y remédier hardiment. »
Jetons un coup-d'œil sur la religion en général, qui, selon les plus savants théologiens, est l'indispensable moteur de la réforme et de la civilisation.
De l'élément de toutes les religions naissent les civilisations, en animant leurs conditions accessoires, tirées de circonstances favorables, qui ne manquent jamais dans un peuple tant que dure sa vitalité. Or, chaque civilisation prend la physionomie de la religion du peuple qui la professe. Dès que la société s'est composée, sa raison vitale et organisatrice se manifeste aussitôt, en élaborant avec activité un gouvernement, une législation civile et religieuse, une philosophie quelconque, enfin elle passe à la vie historique avec son caractère primitif, et entre dans la voie de la civilisation. Ainsi, la base de toute vie sociale, et,
par conséquent, de toute civilisation, est une religion, car la religion la plus erronée même , doit avoir, pour le moins, quelques germes de vérité propres à servir au progrès; or, c'est là que la société puise les conditions de sa civilisation, et lorsqu'elle ne reproduit pas la grande pensée religieuse d'une nation, on peut conclure que c'est la preuve du défaut de forces vitales et organisatrices, que Ton ne saurait emprunter à d'autres religions sans anéantir la sienne.
La civilisation donc étant le produit de la religion d'une nation quelconque, ne s'avance qu'en raison de ses forces génératrices et de celles qu'elle peut cumuler sur son passage, au moyen des circonstances favorables.
Nous avouons , qu'indubitablement le progrès dans l'humanité est poussé au plus haut degré sous la forme chrétienne; mais nous croyons qu'ils se trompent, ceux qui prétendent qu'un Juif polonais ne peut pas devenir un bon citoyen , tant qu'il reste fidèle à sa religion ou tant qu'il ne se fait pas chrétien.
La civilisation, ou les sentiments humains perfectionnés, ne se sont-ils pas manifestés chez les Hébreux plus tôt que partout ailleurs? car chez eux l'esprit social était le plus fort et le moins exclusif parmi tous les peuples d'alors; chez eux, un esclave participait à leur association religieuse, assistait, avec son maître, aux cérémonies, et quoique acheté, après six ans de services, il pouvait être admis, s'il le voulait, à la jouissance de sa liberté et des droits du peuple. Mais ce n'est pas en cela seulement que consistait la civilisation des Hébreux : l'amour de la patrie, chez eux, n'était pas terni par cet égoïsme national, dont les effets sont d'autant plus dangereux qu'ils revêtent tous les caractères de la vertu
Ainti» oo soni les Israélites seulement qui respectaient x les lois des autres peuples, et qui, dans les leurs, ont réservé une place, puisque pour les étrangers, leur grandprêtre ferait des sacrifices en faveur de tous les peuples dç l'Univers,
Les sentiments de l'humanité ne s'éteignaient même pas chez les Israélites, lors de leurs guerres. Le chapitre 20 du Deutérwame prouve combien ils étaient supérieurs aux Romains du côté du lien social.
D'ailleurs, pour appuyer notre opinion à cet égard, nous prions nos lecteurs de consulter les oeuvres de Chateaubriand, de Mirabeau, de l'abbé Fleury,du comte Rzewouski, etc. Là , il est dit et prouvé que de tous les peuples anciens , les Hébreux étaient les plus civilisés. Donc, il n'est pas permis de croire que la religion de Moïse aoit un obstacle à la civilisation des Juifs polonais , mais qu'au contraire, cette religion, épurée de fanatiques préjugé*, peui devenir un guide et un soutien dans les voies de la civilisation même.
Le clergé catholique, en Pologne , est de notre avis. Mtlozewski, archevêque de Varsovie , primat et sénateur du royaume , pénétré des sentiments de l'humanité , s'est mis à travailler avec zèle, pour améliorer l'état des Israélites en Pologne. Un homme aussi haut placé et aussi puissant par sa naissance et sa fortune , ne dédaigna pas de s'adresser d'abord à un savant Israélite, pour s'éclairer sur plusieurs questions; celui-ci élabora un projet de réforme, * et le soumit à l'illustre archevêque , qui dut Técarter , parce qu'il s'y trouvait des tendances pour accor-
1 Ce projet de réforme, avec la lettre de l'archevêque, ont été imprimés en 1819.
derou plutôt fondre les deux religions , ce qui a paru à juste titre impossible à l'archevêque. *
Un autre ecclésiastique polonais, célèbre par ses vertus et sa science, l'abbé Kollontay, avait traité aussi la question des Israélites. Voici ce qu'il écrivait dans une lettre au maréchal de la grande diète , Malachowski : « Lorsqu'on considère la religion , quelle qu'elle soit , comme règle de la conscience, le gouvernement doit le tolérer, et ne jamais opprimer ceux qui la professent, car autrement, il corromprait le caractère de l'homme , dont les mœurs sont basées sur des règles adoptées par lui , et profondément enracinées dans son cœur, par son éducation et ses habitudes. »2
1 Les Juifs polonais ayant appris que ce projet de réforme impossible devait restersans aucun effet, en témoignèrent leur reconnaissance en ces mois: a Rendons grâce à la justice des gardiens de notre religion. Leur œil vigilant veille sur ce trésor le plus cher pour nous, et écarte, par sa pure doctrine, toutes les erreurs du pa\s polonais. Hébreux, vous ne soupçonniez pas l'orage qui vous menaçait, et que la main d'un apeèlat s'etforçait de vous arracher la seule relique qui vous restât du riche héritage de vos pères ; un évoque catholique nous Ta sauvée, sans en être prié par nous; mais il Ta fait en consultant sa propre conscience. Semons donc des fleurs sur sa tombe etc., elc. »
Voyez l'ouvrage sous le titre : Réponse à un auteur anonyme, par Sa* muelBaum, 1821*
* Voyez les œuvres de Kollontay. Varsovie. 1788, tome 5 e , page 328.
Pour donner une idée exacte de la religion juive actuelle, nous posons trois questions :
4. De quelle manière les Israélites envisagent-ils les peuples d'autres religions, et croient-ils au salut de leur âme?
2. Quel sentiment inspirent les Israélites à l'égard des chrétiens ?
3. Si les maximes des Israélites, en matière de religion, sont ou non nuisibles à la société au milieu de laquelle ils vivent?
D'abord nous prendrons l'exemple de Job. On sait qu'il n'était pas Juif, ni circoncis, ni de la génération de Jacob, ni soumis aux lois de Moïse. Il vécut loin de la terre des Israélites, selon les uns, en Mésapotamie, selon les
autres, en Arabie, et pourtant le prophète Eîéchiel (chap. 14 et 20) le compte parmi les hommes vertueux à côté de Noak et de. Daniel, et même il est appelé, comme Moïse et les patriarches : le vrai serviteur de Dieu (Job, 4, 7 et 20). Delà il est facile de se convaincre que les Israélites, tout en professant la religion de Moïse, ne doivent pas envisager les hommes qui ne sont pas de leur religion, comme indignes du salut de leur âme.
« Les devoirs, dit un savant rabbin, des Israélites envers leur prochain, ne sont en aucune façon limités par une distinction quelconque de religion ou de nation. Il est connu de tout talmudiste de bonne foi que les anciens rabbins s'efforcèrent de faire naître dans le cœur de tout Israélite des sentiments d'amour et de fraternité envers tous les peuples sans exception. Et, du moment qu'ils agissaient ainsi envers des nations idolâtres et païennes, à plus forte raison le feraient-ils aujourd'hui à l'égard des chrétiens, qui, reconnaissant notre loi, sont plus évidemment nos frères » i.
Rabbi Moïse Mikoulzy dit, dans son livre Semague, qu'on Aoit rendre une chose perdue même à un païen (Nochrié).
Maïmonides, dans son écrit au Rabbi Hasdaï Halevy, s'exprime ainsi : « En ce qui concerne les autres peuples, sache, ami, que Dieu ne voit qu'au cœur de l'homme, et juge les actions des hommes selon leur conscience; c'est pour cela que nos sages nous apprennent que les vertueux des autres nations participent à la félicité éternelle, selon qu'ils s'appliquent à la connaissance de Dieu et a la pratique delà vertu. »
Ménascliében Israël cite, dans son Traité Nischmath Chaïm^
i Beth- JéHoudah, ch. 71, page 147.
divers endroits du Talmud, du Zoàr et des autres livres qui confirment, en tout point, ce sage principe.
Le grand Sanhédrin de Paris a décidé :
« En vertu de la loi donnée par Moïse aux enfants d'Israël, il leur est prescrit de regarder comme leurs frères les individus des autres nations qui reconnaissent Dieu, créateur du ciel et de la terre. Il est du devoir de tous d'aider, de protéger, d'aimer leurs concitoyens, et de les traiter sous tous les rapports, à l'égal de leurs coreligionnaires , parce qu'ainsi le veulent la lettre et l'esprit de notre sainte loi.
» Tout individu professant la religion de Moïse, qui ne pratique point la justice et la charité envers tous les hommes, pèche notoirement oontre sa loi. Cette doctrine est enseignée par les docteurs de la loi et les prophètes qui établissent qu' Israël n est pas C ennemi de ceux qui professent une autre religion 1. »
Daniel dit à Darius qu'il n'a été sauvé de la fureur des lions que pour avoir été également fidèle à son Dieu et à son roi (qui n'était pas Israélite).
Maïmonides, dans l'ouvrage Jad-Chaxaka^ chap. 8, dit dans le 12 e siècle aux Israélites :
«Les peuples, parmi lesquels vous vivez à présent, ont une idée vraie des commandements de Dieu, car ils rendent ou font rendre ce qui ne leur appartient point ; leur religion leur défend de toucher aux biens d' autrui et condamne toute injustice; nous devons donc leur rendre la pareille, car notre religion aussi nous défend d'être injustes. »
Le Talmud de Jérusalem Tract. Baba mexia, dans le chap. 2, renferme cet exemple :
1 Voyez les Décisions doctrinales du grand Sanhédrin, 1807.
«Rabbi Simeon ben Schétach, ayant trouvé une pierre précieuse dans le harnais d'un cheval qu'il venait d'acheter à un homme d'une autre religion, lui rendit le diamant en disant : qu'il avait acheté son cheval et non pas le bijou dont le prix était inestimable. »
Jalkut Schymony (livre m, fol. 505), cite le fait suivant :
a Un individu , israélite, a déclaré devant un savant, qu'ayant vendu à un homme d'une autre religion des fruits , il les avait mesurés dans un liçu obscur et par conséquent, il lui avait fait tort : après, lorsque pour le même argent il venait d'acheter de l'huile, la mesure, en étant remplie , se brisa : le savant alors lui répondit que c'est Dieu qui Ten avait puni, car il ne faut jamais tromper son semblable, et que tous tes hommes sont nosproches. »
On dit que les Israélites apportent dans la société la mauvaise foi, autorisée même par leur religion, parce qu'ils peuvent être dispensés de leur serment. Nous répondrons à cette supposition injuste par un exemple du Talmud Tract Nadarim (fol. 65) qui s'exprime ainsi : « Le roi Zédechie avait péché et s'était attiré la colère de Dieu, parce qu'il s'était rendu parjure vis-à-vis de Nabuchodonozor.yt Si donc la religion permettait de rompre son serment, le roi Zédechie, ne se serait pas attiré la colère divine et qui plus est, les Irraélites avec Josuê n'auraient-ils pas employé la dispense du serment qu'ils avaient prêté envers les Gibons dont ils avaient tant à se plaindre? »
11 n'y aurait pas à s'étonner que les Juifs eussent été les ennemis des païens, dans le temps des talmudistes et des chrétiens dans les premiers siècles, car les haines et les persécutions que les païens exercèrent alors contre les chrétiens , et les milliers qu'ils mass acrèrent dans d'horribles tortures, furent aussi employés par les
chrétiens contre les Juifs, et n'ayant point le pouvoir de venger ces tyrannies, les Juifs ne trouvaient d'autres moyens pour apaiser leur vengeance que de se borner a confier à lerus livres, les sentiments dont ils étaient remplis contre leurs ennemis jurés, qui suçaient leur sang et ne méditaient que des projets contre leur vie.
11 est faux que la religion juive ordonne de regarder les chrétiens comme des ennemis; loin de là, il est de rigueur de prononcer trois fois par jour, dans les synagogues, cette formule: «Répands ta bénédiction, ô Dieu de nos pères! iur l'univen entier; il est ton ouvrage, et tout ce qui respire, ta puissante main l'a formé. »
Les chrétiens donc doivent être pour les Juifs des frères, car ils pratiquent, comme eux, les commandements écrits dans le Pentateuque de Moïse, ils croient à l'amour du Créateur, à lacréation du monde par la volonté de Dieu, à la récompense et àla punition dans l'autre monde, et que la loi a été donnée duciel dans les mains deMoïse. Selon les paroles mêmes de leur législateur, ils ne doivent trangresser en rien et observer à la lettre les lois de la Thorah. L'apôtre Jacob dit 1 « que celui qui pratique la loi entière, excepté un seul commandement, mérite le châtiment de Dieu, comme s'il avait trangressé toute la loi. »
L'attente du Messie, s'il y a encore des Israélites, qui, après dix-huit siècles, en conservent quelque espoir, ne peut pas être nuisible à la société parmi laquelle ils vivent, et, d'ailleurs, les législateurs juifs défendent rigoureusement de se laisser entraîner par les recherches sur le temps dans lequel doit venir le Messie, et déplus, ils prononcent la malédiction sur la tète de tous ceux qui veulent
Epist. Jacob) ch. £,▼. 10.
interpréter cette croyance par des endroits obscurs de la sainte Écriture.
Et ailleurs : que le temps du Messie ne se fera distinguer que par la délivrance du joug de l'oppression et de l'esclavage, et que Dieu seul est le vrai Messie et le Sauveur l (voyez le Traité sanhédrin, pag. 19et 97. Berachoth, pag. 34, et Maïmonides Halachath malachime, chap. 1 \ , §2).
Il est juste aussi de penser que, dans cette attente chimérique peut-être de l'arrivée du Messie, les Israélites ne furent que plus patients et plus dociles à supporter tous les maux qui les accablaient incessamment, et que jamais ils n'ont compté sur le bouleversement chez d'autres nations; » mais ils tendaient leurs bras vers l'avenir plus heureux , annoncé par le prophète Isaïe qui dit dans le chap. 2 : «Tous les instruments de guerre seront anéantis, les peuples ne s'entrepersécuteront plus, » etc. Ainsi, au lieu d'accuser on devrait plutôt admirer cette race de Jacob, qui n'a jamais désespéré de la justice humaine : inébranlable dans l'adversité, elle tourne ses regards vers ce Dieu tout-puissant qui enfanta des prodiges, et dit : «Le temps viendra, le jour s } accomplira. »
. Si les Juifs d'une éducation incomplète, sans morale bien
1 * Les institutions du peuple juif sont toutes fondées sur le principe de son avenir, de sa conservation et sur ceux du Décalogue, le plus ancien monument de morale universelle ( Voyez ce que dit Moïse. Exod. cap. 23. Levit. 19, Deutcr. 22 ). Ils les observaient lorsque nos aïeux mangeaient encore des glands dans les forêts de la Gaule. Presque toujours sans territoire, errant incertain de conquérir un domicile, ce peuple a dû s'isolei des autres nation*, et il Test encore; trop peut-être pour ses défauts, pas assez pour ses vertus, » ( Des Juifs au 19« siècle par M. Bail, 1816, pag. 21 ).
fondée , ont changé tout-à-coup leur croyance en une incrédulité générale et formelle 1 , le mépris et la haine des chrétiens n'en disparaîtraient pas moins.
Maisceuxqui, malgré leur usure, cherchent, par l'assistance mutuelle, àdiminuer la dureté de leur sort, à pourvoir leurs pauvres et à suivre la religion de leurs ancêtres , pourront-ils jamais observer une indifférence complète les uns envers les autres. Chacun se considérera toujours commeayant des devoirs personnels à remplir, et comment admettre alors que tout crime lui rapportant des intérêts lui semble chose permise?
La haine et le mépris qu'ils supportent à présent patiemment, dans l'espérance d'une récompense éternelle, enflammeraient en lui le sentiment delà vengeance, qui par la crainte une fois inoculée deviendrait d'autant plus malicieuse et perverse. Telles auraient été les suites de l'incrédulité, et en vérité quels avantages pourraient-ils en résulter pour le genre humain ?
Nous avons déjà démontré plus haut que les préjugés et les abus principalement conservés par les Juifs Polonais sontinhumains, insensés, nuisibles. Mais quel est l'ami de la vérité qui puisse se vanter d'avoir trouvé sa religion exempte d'altérations nuisibles apportées par les hommes? On connaît suffisamment aujourd'hui le souffle infect de l'hypocrisie et de la superstition dans toutes les doctrines
1 Ce sont les résultais des ordres du roi de Prusse et'de Tempereur 4* Russie ; le premier donne à chaque Juif prosélyte lOOécus, et le second 150 roubles. Nicolas les exempte aussi de la conscription. Ainsi, est-ce que ce n'est pas vrai : que le Juif renonce tout à-fait à sa croyance et que leg deux puissances veulent s'acheter un honnête coreligionnaire pour 100 écus ou 150 roubles? Que le lecteur le justifie lui-même!
religieuses, 1 pour pouvoir démêler la vérité du mensonge. Nous croyons avoir assez démontré ici qu'il est très dangereux pour les deux partis , d'éloigner les Juifs de leur croyance et surtout les Juifs polonais . Mais ce qui aurait été le plus conforme au but, c'est d'épurer entièrement la religion juive des adjections rabbiniques, reformer l'éducation pour qu'ils puissent devenir des citoyens utiles, des fonctionnaires intègres. Ces grandes réformes , surtout cette purification , ne peut et ne doit arriver que par les Israélites eux-mêmes, car aucune force, aucune ordonnance, aucune compensation, aucune oppression ne peut agir dans cette grande action : au contraire, plus les chrétiens et principalement l'Etat voudra opprimer l'esprit de la religion juive, plus celui-ci se révoltera contre lui. (( Heureux est l'Etat , dit Mendelsohn dans sa Jérusalem, qui réussit à gouverner le peuple par l'éducation seule, c'est-à-dire à inspirer en lui de telles mœurs et de tels sentiments , qu'il soit obligé par lui-même , et non par le frein des lois. »
Des lois ne peuvent changer aucun sentiment; des punitions, des récompenses arbitraires ne produisent point de principes et ne perfectionnent point les mœurs. Ni la
1 Nous trouvons dans le Constitutionnel, du 1 1 juillet 4845, dans la lettre de la communion chrétienne de Breslau; c Nous avons assisté de loin au spectacle affreux de Trêves, nous avons vu l'Église romaine mener les peuples a la superstition la plus dégoûtante, et la dernière épargne du pauvre devenir la proie de l'avidité de ses prêtres, et nous avons dit dans notre cœur : non, ce n'est pas la religion de Jésus-Christ, ce n'est pas la religion catholique, ce n'est qu'une grimace abominable! — Et nous avons cherché la vraie église catholique, partout sur la terre, entre cette infinité de sectes différentes qui divisent les peuples civilisés, et nous avons trouvé çà et là quelques débris de la vraie Église, mais l'Église catho. lique tout entière, nous ne l'avons pas retrouvée. Si elle avait jamais existé dans sa pureté depuis le temps des apôtres, elle s'était abîmée sous la terre i.
crainte, ni l'espérance n'est point le juge delà vérité. Là connaissance, le jugement et la persuasion sont les seules choses qui produisent des principes , qui par l'estime et le bon exemple peuvent passer en bonnes mœurs.
Nous parlons ici dans l'intérêt des sociétés de l'Europe, surtout dans l'intérêt de la Pologne , comme dans celui d'une nation intéressante à plus d'un titre, en respectant tous les cultes et ne considérant la question que sous le rapport de l'homme social : nous nous flattons d'y avoir apporté toute l'impartialité qui est le cachet de la bonne foi.
On croit généralement que le talmud constitue le plus grand obstacle à la réforme et à la civilisation des Israélites; tournons donc notre attention vers ce talmud, si décrié.
Le talmud renferme :
i° Pirouschim, c'est-à-dire: explications et commentaires sur la Muchnah ; les interprétations des mots , et la manière de discuter de la Mtsçhnah, ou de la Bible; éclaircissements sur la chronique et les temps des rois Israélites et païens; sur les confins du monde, des pays, des villeset des mers; explications sur des endroits et versets contradictoires de la Bible; et explications de quelques sciences, telles que le règne végétal, les mathématiques, l'astronomie, Tanatomie, etc. Aussi y a-t-il l'indication des remèdes et des conseils pour la santé.
2° Possekim , c est-à-dire : définitions des opinions des rabbins traitant de quelque loi, ou de l'explication de la Mischnah.
3°Guéséroth, ou Thakonoth, c'est-à-dire : des améliorations temporelles et occasionnelles que l'on a faites après l'auteur de la Mischnah.
4° Hagadath , ce sont des discours sur la Bible, contenant des dissertations sur les bonnes mœurs , les bons exemples et beaucoup de mystères touchant la théologie (cette science est rendue mystique, pour qu'elle soit cachée au peuple.)
Un certain nombre de prosélytes Juifs ont écrit , pendant l'Inquisition , contre le Talmud: cela provenait de ce que les prêtres les accusaient (môme les chrétiens) d'incrédulité ou de tiédeur en fait de foi chrétienne; c'est pour cela que les prosélytes Juifs s'empressèrent d'écrire contre le Talmud, pour démontrer qu'ils ne tenaient pas à la religion juive.
Si les savants et les sages chrétiens* qui aimant la vérité et la justice, connaissaient ia valeur réelle du Talmud* ils l'auraient sans doute apprécié comme l'ont fait de sages chrétiens, p. ex., les savants Wolffet Lightfoot, etc.
Dans les derniers temps, beaucoup d'endroits du Talmud ont été traduits dans d'autres langues, et l'a» peut se convaincre de sa morale 1 . L'abbé Chiarini se vanta en 48*19
i Le traité Ahboih est traduit de nos jours en plusieurs langues de l'Europe. Ce traité s'appelle Abboth ( pères ), à cause des plus grands savants de la nation ; car, un grand s'appelle dans la Bible et dans le Talmud, Ab ( père ). De là s'appellent chez les chrétiens, les plus grands de l'ancienne Église ( Pères de l'Église ), ou mieux patriarches.
Sont aussi traduits par des savants chrétiens, les six volumes de la Mischnah, et plusieurs traités du Talmud en langue latine (publiés dans
et 4$80, dans les journaux, qu'il avait le projet de traduire le Talraud en français, pour montrer aux yeux de tous ses absurdités. Qui oserait entreprendre (car l'abbé Chiarini est déjà mort) , de traduire tout le Talraud, tous ses nombreux volumes! Un seul homme, pourra-t-il entreprendre un ouvrage aussi gigantesque ? Mais , il serait bien à souhaiter qu'une assemblée instruite et savante dans toutes les branches des sciences , traduisit le Talmud dans une langue quelconque de l'Europe.
La vérité est que ce qui s'est passé de nos jours relativement au Talmud, en ce qu'il s'est multiplié contre lui beaucoup d'adversaires qui s'efforcent d'y trouver des choses absurdes et ridicules, est arrivé, autrefois à la loi mosaïque et aux prophètes, (c'était avant que le christianisme se fût répandu dans le monde), ainsi que le lecteur peut s'en persuader , dans les livres de FUvius Joseph , contre Apian et Li$mmachu9 9 qui ont écrit contre la loi de Moïse.
Le philosophe Ctlttu a aussi écrit contre la religion chrétienne, et il s'est efforcé de détruire aussi la religion mosaïque sur laquelle est fondée la religion chrétienne. * Beaucoup d'historiens Grecs et romains ont écrit contre la loi mosaïque et contre les Juifs , et encore aujourd'hui les savMts chrétiens cherchent à trouver des taches dans la loi de Moïse *.
le XVH* siècle ). Quelques irai lés de la Miscknah se trouvent aussi traduits en langue aHewftnde.
1 Voyez Alexandre contre Cehus, la chronique du prêtre J.B. Bossuet, l'autre volume qu'a ajouté J. A . Cramer, et l'histoire de l'Église du père Schreck.
2 L'abbé Jfttfot, dans son histoire ( premier livre ), méprise les Juifs et leur loi, et pourtant, il tenait beaucoup à la religion chrétienne, qui dérive de la loi juive.
Maintenant , si ces écrivains étaient alors a«ssi empressés d'écrire contre la loi de Moïse et contre les prophètes , il n'y a pas à s'étonner qu'on ait écrit, longtemps après , aussi contre le Talmud.
Voltaire , et encore beaucoup d'autres , ont écrit même contre la religion chrétienne, en l'accusant de beaucoup d'erreurs qui n'existent point. î
Les adversaires du Talmud , comme Eîsenmenger et Chiarini se sont réjoui de trouver dans le Talmud quelques blâmes exagérés, prononcés par quelques rabbins contre les païens, qui vécurent alors sans mœurs , sans civilisation, comme des bêtes, et qui étaient soupçonnés de toutes sortes d'impiétés, vois, meurtres, adultères, etc. M aïs m aigre tout cela, les talmudistes n'en ont pas moins ordonné de les saluer, de leur faire du bien, s'ils sont dans l'indigence , de visiter leurs malades, d'enterrer leurs morts Parmi ceux d'Israël et de pourvoir à leurs nécessités comme à celles de tous les pauvres Israélites. 2 Maimonides finit un passage par les paroles précieuses qui suivent : « 11 est dit dans les Psaumes : Dieu est bon pour tout le
t On accusait les chrétiens d'être ennemis de tout le genre humain ; que dans leurs assemblées ils tuaient un enfant pour le manger, après fa. voir fait rôtir et couvert de farine, et avoir trempé leur pain dans son sang. On disait, qu'après leur repas commun, où ils mangeaient et buvaient avec excès, on jetait un morceau à un chien attaché au chandelier» que ce chien en sautant renversait la seule lampe qui les 'éclairait, e* qu'ensuite, à la faveur des ténèbres, tout ce qu'ils étaient d'hommes et de femmes se mêlaient indistinctement comme des bétes, selon que le hasard jes assemblait. (Just. Apol. p. 50, Hisl. Eccles; Eus., Alhcn. S. Justin, f leury ï abbé Nonnotle ).
On disait commumément : « Un tel est un honnête homme, c'est dommage qu'il est chrétien, i ( Terlull. Apol ).
* Tract. Guiline, ch.6l.
monde» etsa miséricorde est sur toutes ses créatures. Et ailleurs : les chemins de la thora (loi) sont agréables, et tous ses sentiers sont pacifiques. » Le talmud a ordonné non-seulement d'avoir pitié de ceux qui sont faits à limage de Dieu ; mais aussi de compatir aux bêtes des champs , comme dit le Pçntateuque : « Ne ferme point la bouche du bœuf pendant son battage aux blés, » Aussi les talmudistes ont- Us ordonné de faire manger les oiseaux et les animaux de bon matin, avant les hommes. Le tourment des animaux est défendu dans la tkorak, ainsi qu'il est dit : « Pourquoi as-tu battu ton âne, » Et c'est par la même raison que les Israélites tuent les bestiaux et les oiseaux avec un rouleau finement aiguisé. Les sages et les bons parmi les païens étaient toujours autant estimés par les sages du Talnuid que les savants Israélites. Ils ont mémo dit qui! faut les saluer de cette bénédiction : a Que soit loué celui qui a partagé sa sagesse à ceux qui le craignent. »
Quant aux Bagadoth et Medrachim, traditions ou légendes, et les applications du texte de l'Ecriture» voici l'opinion des talmudistes mêmes : « Ces Hayadoths ne sont pas dignesd' être lues. » i R. JéhoschouahbenLevi dit : « Celui qui étudie les Hagadoths n'en tire aucun fruit ; celui qui les éclaircit perd son temps, et celui qui les comprend n'en a point d'utilité. » Et ailleurs : « Je neme suis jamais occupé d'Hagadoths : en y lisant un jour , j'ai dit : il vaudrait beaucoupmieux que ces livres n'existassent pas. » 2 R.Seïra est aussi contre les livres des hagadoths * , R. Chiia disait , en voyant les livres d'Hagadoths : « Leur autour mérite
, Trac. Soplicrim.
2 Tract. Sabath.
S Tract. Masseroih.
qu on lai coupe la main. * Et les rabbins même qui vécurent longtemps après le Talmud, en avaient des opinions contradictoires. Les cabalistes seuls y tiennent et disent : qu'il y est caché sous chaque légende , de profonds mystères qui ne peavent être déchiffrés que par celui qui en aurait obtenu la clef par le Saint-Esprit, ou moyennant la tradition qu'il en sait de son maître.
Moïse Maïmonides dit : « Les opinions sont diverses à l'égard des explications allégoriques de l'Ecriture (Dm~ ôhéths ou Agadoths), les uns y tiennent, en disant que ce sont les vraies explications de l'Ecriture; les autres au contraire les trouvent absurdes , parce qu'elles n'ont point, selon eux, le vrai sens du texte de l'Ecriture. Les premiers cherchent absolument à affermir leur opinion dans la conviction où ils sont que ces explications doivent être reçues aussi littéralement que les lois de l'Ecriture. Mais, aucun de ces partis ne s'aperçoit que ces explications ne sont que des fictions, qui étaient en usage dans ce temps-là, comme encore aujourd'hui chez les poètes; comme le poète de chaque siècle enveloppant la vérité dans des fables, présente les animaux parlants , ou môme les choses inanimées agissantes et parlantes : en quoi chacun peut aisément voir que l'auteur de ces fables n'a point cru ou n'a pas voulu nous faire croire que l'histoire qu'il nousraoonte se soit passée telle en réalité, mais que ce n'est que la représentation delà morale qui en est la suite, et pourqu'ello soit plus agréable et plus facile à concevoir. Ainsi faisaient les talmudistes. Ils appliquaient souvent une morale, qui n'est pas rendue bien intelligible, dans l'Ecriture, à un texte de l'Ecriture môme , ou bien ils se servaient d'une autre fiction. »
Voici encore ce qu'il dit; dans la préface de son commen-
taire sur la MUchnah : « 11 y a différentes opinions sur les paroles de nos sages dans les Hayadoths. Beaucoup de personnes que je connais, ou dont j'ai lu les écrits, y croient littéralement, ils n'y veulent point reconnaître un autre sens, et y prennent l'impossible pour le possible. ' »
Salomon Maïmon, qui certes n'était point partial à l'égard des talmudistes, et qui a pensé et écrit sans aucun intérêt, dit dans sa biographie :
« C'est singulier qu'à côté de toutes les extravagances des rabbins, quant à la partie pratique, qui sont les lois et les cérémonies, la partie théorique ou la théologie juive se soit conservée si purement, encore jusqu'à présent. Qu'Eisenmenger 2 dise ce qu'il veut, on peut pourtant démontrer,par des raisons irréfutables, que toutes les images et représentations de Dieu et de ses qualités, n'ont d'autre
1 Trailé Sanhédrin.
* Cet homme a ramassé ( dans ion Judaïsme découvert, Kœnisgberg, 1711. 2 t* in-4 ), tous les eniroits du Talmud 'et de tous les livres juifs écrits longtemps après, sans distinction de leurs auteurs, ni du temps où ils furent écrits, et les confondit dans sa haine fanatique. Il sépare des morceaux duTaluud de leur suite et les présente ainsi pour les montrer ridicules. Les écrits des meilleurs auteurs peuvent paraîire absurdes, présentés d'uo? certaine façon (Voyez Peter Béer, Histoire des Juifs ). Les prédécesseurs d'Eisenraenger, comme Radawski et l'abbé Chiarini firent comme lui, et crurent faire beaucoup pour leur gloire, en s'efforoant de rendre le Talmud ridicule.
Michaélis, chrétien de naissance et ennemi déclaré des Juifs ne put s* empêcher, en lisant le livre d'Eisenmenger de s'exprimer ainsi : « Le judaïsme dévoilé par Eisenmenger, dit-il, esl plein d'hostilité et d'injustices, et si quelqu'un osait écrire de ces choses d'une des trois religions reçues dans l'Etat romain, on nommerait un tel écrit un libelle, et nous, Luthériens , n'aurions pas été plus acquittés par les Anabaptistes de Munster, • Mirabeau, Dohm, et l'abbé Grégoire appellent l'écrit d'Eisenmenger: Un recueil de contes calomnieux, un arsenal de mensonges, etc.
fondement que dans l'effort de rendre les idées de la théologie conformes à l'esprit commun .
» Ils suivirent en cela la maxime qu'ils avaient fondée dans la sainte Écriture. Cest que : CEcrUure se sert du fcmgage vulgaire, parce que les sentiments et les actions religieux et moraux ne sauraient être répandus que de celte manière, qui est le but immédiat de la théologie. C'est pour cela qu'ils présentent Dieu à l'esprit commun, comme un roi terrestre qui délibère avec ses ministres, c'est àdire avec les anges, sur le gouvernement du monde. Mais ils cherchèrent à dégager l'idée de Dieu de toute représentation physique vis-à-vis de l'esprit éclairé, en disant que : Les prophètes ont beaucoup hasardé en présentant le Créateur d'après notre propre effigie, comme H est dit : « Il avait sur le trône une figure semblable à celle d'un homme*.»
« J'ai mis à découvert, sans aucune partialité, totlfe les abus des rabbins, à l'égard de la religion, maïs je ne dois point cacher non plus leur bon côté et leur rendre impartialement, à leur tour, la justice qu'ils méritent. Que1*on compare la description des récompenses du Juste, de Jlfahomed, à celle des talmudistes, etc. Voici l'opinion des taluiudistes à ce sujet : « Il n'y a en haut (dans le séjour des bienheureux), ni à boire, nia manger, mai* les justes, des couronnes sur leurs têtes, assis et se réjouissent de la vue de la divinité 2 . » Eisenmenger cherche, dans son ouvrage, à rendre ridicule la doctrine platonique que soutiennent les rabbins, par une fausse explication. Mais, quelle chose ne peut pas être rendue ridicule au moyen de son procédé?
» Eftéchiel. ch. 2, ▼. 46.
2 Tract. Sanhédrin.
11 se moque, en disant que les sages confondent les rois avec les stoïciens; Dieu ne fait rien selon eux, sans consulter les anges, c'est-à-dire que la toute-puissance n'agit pas immédiatement sur la nature, mais elle agit moyennant les forces mises dans la nature, aussi, dit-il de la doctrine, que tout y est enseigné par la divinité, outre la pratique de la vertu ; mais qu'un théologien raisonnable dise, s'il y a dans cela quelque absurdité ou quelque impiété?»
» Celui qui a pénétré dans le vrai esprit du Talmud, qui est familiarisé avec la manière des anciens en général et en particulier des orientaux, qui connaît les rapports des vérités de théologie, de morale et même de physique avec la fable et l'allégorie ; qui a fait une étroite connaissance avec les exagérations orientales à l'égard de tout ce qui doit intéresser les hommes, et qui enfin veut agir avec les talmudistes, de la même manière que ces derniers faisaient, à l'exemple du R. Mayer, qui avait pour maître un hérétique et dont il a dit à ce propos : « Il trouva une noix, en mangea le noyau et jeta 1 ecorce. » Celui-là, certes, ne trouverait point dans le Talmud les extravagances que ces messieurs sont disposés à y trouver.
« En ce qui concerne la morale talmudique, je ne sais, vraiment, ce que l'on y trouve à redire, excepté, peut-être, dans quelque cas, où elle est, en effet, un peu exagérée. Elle est le vrai stoïcisme, mais elle n'exclut point les autres principes. Sa sainteté s'étend même jusqu'aux pensées. Ils appuient cela, selon leur usage, sur l'endroit suivant : «Que tu n'aies point de Dieu idolâtre en toi 1 . »
» Ils disent : quel Dieu idolâtre peut demeurer dans le cœur humain , si ce ne sont pas les mauvaises passions.
1 P*aum,ch. 8. v. 10.
» Ils ne permettent pas de tremper un païen nrtac par des paroles : comme, par exemple, de seservir à son égard d'une formule d'honnêteté : « Je sais bien aise de vo*s voir en bonne santé. > Cette expression est détendue» si elle n'est pas prononcée par le vrai sentiment da cœur.
» Les exemples des Juifs qui trompent les chrétien* on les païens, que Ion rapporte ordinairement contre ce peuple méprisé et rejeté de tout le monde, ne démontrent rien dn tout, car ceux qui trompent n'agissent point d'après les principes de leur morale. Les talmodistes interprètent la loi : « Tu ne dois rien désirer de ton* ee qui appartient à ton prochain; qu'on doit même éloigner de soi jusqu'au désir de le posséder. Bref, pour rapporter tous les principes précieux de la morale talmudique, il faudrait écrire des volumes 1 . »
Nous trouvons dans leTalmud 3 , le suivant :
cUn jeune homme, d'une beauté éblouissante, vint un jour trouver leR Simon-le-Juste, pontife à Jérusalem; ee jeune homme avait l'air noble, la physionomie ouverte; il portait l'empreinte d une âme pure. Les cheveux extrêmement beaux de ce jeune homme, et qui descendaient sur son cou en boucles naturelles, charmaient beaucoup le pontife. « Rabbi, dit le jeune homme, je veux faire vœu d'abstinence. — Comment, mon fils, es-tu privé de ton bon sens, répondit Simon, qu'elle est la cause qui te force à altérer ta santé et à immoler tes beaux cheveux?— Je veux être vertueux, reprit le jeune homme, et la beauté de mes cheveux m'en empêche, et c'est pourquoi je veux faire ce vœu. » Le pontife fut étonné de ce langage, et le jeune
1 Voyei la Biographie de Salomoo Maïmon, Uv. 1. ch. 16. J. 8. 1 Traité Nasir.
homme continua : € Je gardais tranquillement les trou-* peaux de mon père, j'aimais Dieu, mes parents et mes semblables, je nourrissais bien mes troupeaux et je m'en trouvais très bien. Mais, un matin, je menai mes troupeaux à la fontaine, pour les y abreuver, et pendant qu'ils se rafraîchissaient et buvaient, je regardai autour de moi et tout à coup j'aperçus mon image dans le miroir de l'eau. Insensé 1 me cbuchotta doucement ma vanité,— ne te connais-tu pas enfin toi-même? Mon regard resta fixé sur mon image à la surface de l'eau , et quelque chose, que je ne connaissais pas encore, remua dans mon cœur. Plein d'admiration pour ma beauté, je contemplai les boudes de mes beaux cheveux ; je les laissai tantôt dans leur position naturelle pendre sur mes épaules, et tantôt flotter, an jeu du zéphir, autour de mon cou, Pendant que j'étais dans cette attitude, une brebis se glissa vers cet endroit peur arroser decette eau rafraîchissante son palais altéré par \m soif. Elle huma un peu d'eau en troubla la source, et mon image disparut. Je frappai la pauvre brebis de mon béton de pâtre en la maudissant d'une malédiction Horrible, qui n'avait jamais profané mes lèvres, et chassai oette brebis de mon troupeau. Elle s'en éloigna patiemment et resta tremblante, dans une position qui paraissait me reprocher mon injustice. Alors, mon âme revint à elle et apostropha ma belle enveloppe, en disant: « Indigne que tues! n'oublie donc point ton origine, ni ta fin, et sache que le peu de ta beauté est passager, et que tu ne laveras pas de sitôt la tache de l'action que tu viens de faire. Alors, le repentir déchira mon âme , et je jurai, en pleurant, de sacrifier ma beauté et de pratiquer la vertu. Je veux ainsi faire vœu d'abstinence; que ces cheveux, ornement de ma tète, tombent sous le rasoir, et
que les roses de mes joues palissent par l'abstinence du vin. Je ne veux point être beau, mais bon.» A ces paroles, le pontife, le baisa sur le front et s'écria : « Que beaucoup de tes semblables fassent vœu d'abstinence en Israël. »
Quelle pure morale! Nous défions tous les Eisenmenger, tous les Chiarini et leurs semblables de rapporter une morale plus pure. Nous pourîons citer des exemples innombrables du Talmud et des Medrachime, s'il était à propos de le faire ici.
Nous convenons qu'il y a dans le Talmud beaucoup d'endroits qui paraissent des paradoxes (dans quel livre ancien n en trouve-t-on pas?) et dont les nouvelles explications forcées sont [encore plus absurdes que les questions mêmes qui ont besoin de ces explications. Il y a des endroits qui sont très choquants à l'oreille, quant à la morale ; il y a des choses qui ne méritent point d être dites et conservées; il y a aussi des endroits qui ne sont d'accord ni avec l'histoire générale, ni avec l'histoire naturelle 1 . Mais il faut concevoir que le Talmud est une collection de décisions , de discours, de dissertations, une encyclopédie de toutes les sciences qui proviennent de plus de 1 ,000 auteurs qui vécurent sous l'empire de circonstances diverses, dans un espace de temps de huit cents ans (savoir, depuis Siraéon Justus, le premier Thanaïte, jusqu'au R. Simuna, le dernier des Saburaëns).
I Voyez Traité Sanhédrin, p. 02. Trac. Solha. p. 40. Trac. BabaMétzta p. 84. Trac. Guitin, p. 5. Trac. Baba Balhra. p. 74. etc.
Mais il existe un obstacle réel et unique, savoir : les rabbins polonais. Nous connaissons suffisamment les Israélites en Pologne et leur fanatisme religieux. Nous n'ignorons pas non plus quelle influence extraordinaire les rabbins exercent sur leur esprit, et nous pouvons affirmer hardiment qu'un seul mot du rabbin serait plus efficace que toutes les œuvres des plus savants reformateurs laïques. Une simple déclaration de quelque rabbin polonais, mais déclaration franche, spontanée, sans paraître arrachée par la contrainte, serait capable de renverser tout Péchafaudage des préjugés et créer en quelque sorte une nouvelle vie religieuse, selon la pureté des lois de Moïse, et relève de la sorte un peuple de deux millions et demi du mépris et de l'oppression.
Tout rabbin en Pologne possède un pouvoir illimité ; il est le chef, la tête de la synagogue, le guide du peuple, leur juge en matières criminelles et civiles; ses décisions sont du dernier ressort et ne souffrent aucune opposition". Lorsque le rabbin ordonne le jeûne, pendant trois jçrcirs, tous les Juifs y obéissent scrupuleusement,et privent toême de la nourriture des enfants en bas âge, pour mettre le produit de cette sorte d'épargne à la disposition du rabbin. Et pourrait-il en être autrement chez les Juifs polonais? Abandonneront-ils leur code Schoulchan Arouch, adopté par les rabbins de l'Europe presque entière, et observé de père en fils, sans altération? Or, les Juifs polonais, en dehors de cette doctrine rabbinique, ne sachant presque plus rien, ne sauraient qu'obéir aveuglément à ce Code, dont l'autorité n'a jamais été contestée par eux. Et, d'un autre côté, il était difficile et même impossible jusqu'ici d'exiger que les rabbins en agissent autrement, eux qui, en soutenant ce Code et par son autorité, se trouvaient tout puissants 1
Il s'agit donc avant tout de trouver ta moyen d'engager les rabbins d'abord à abandonner leur système, en cessant de maintenir en vigueur le dit Code. Nous entrevoyons deux moyens pour y parvenir :
h Un traitement convenable, payé aux rabbins par les caisses municipales, pour qu'ils n'aient besoin de flatter personne, ou de s'humilier pour de l'argent et surtout pour ne pas être soumis au Code des préjugés, qui est leur moyen d'existence !
3° L'influence intellectuelle des Israélites éclairés, quant à la réforme dont pourrait être susceptible la religion juive, nous ne l'abordons pas, l'abandonnant aux théologiens éclairés, qui sauront modifier le Code de Sclwul-
chan Arouch, de manière à ce que les enfants d'Israël reviennent à leur foi purei*
Quant aux mesures à proposer eu gouvernement, nous ne pouvons rien dire à cet égard, de plus sage , de plus juste, de plus efficace que ne l'a dit et proposé l'illustre Czacki. Cet historien érudit, cet homme d'état distingué Butant que patriote éclairé, a étudié à fond la grande question de l'émancipation des Israélites Son travail à cet égard, et les réformes qu'il propose , méritent le plus sérieux examen de la part de tous ceux qui par leur position peuveut influer sur le sort des millions d'habitants dont nous nous occupons , bien qu'un demi siècle se soit écoulé depuis la publication de son travail , il y a très peu à y changer, très peu à ajouter à ses idées, a ses conseils. Lee travaux scientifiques et historiques de Cwcki , lui acquirent une grande estime de la part de ses contemporains ; son plan de réferme pour les Israélites, lui donne droit à )p reconnaissance générale. 11 viendra un jour où les Polonais et les Israélites élèveront un monument à la mémoire de cet homme illustre. Nous ne pouvons que rappeler ici ce que cous avons dit dans la première partie de notre ouvrage ; et engager les hommes d'état et les gouvernements à consulter le livre de Czacki.
Israélites de France, d'Angleterre, de Hollande, de Belgique et dune partie de l'Allemagne! vous qui jouissez d'une pleine liberté; vous qui possédez tous les moyens matériels et intellectuels, pour influencer les gouvernements et les peuples ; c'est vous que Dieu a destinésà opérer une réforme salutaire parmi les Israélites de Pologne ;
4 Nous nous élonnous que les savants rabbins français et allemands , n'aient encore rien fait pour modifier ce code.
c'est de vous que PEurope doit attendre l'accomplissement de cette grandeœuvre; c'est sur vous que pèse le sort de deux millions et demi de vos frères l Vous êtes au comble du bonheur et de lagloire; mais pouvez-vous vousréjouir de votre félicité, en voyant vos frères plongés dans l'erreur, misérables et méprisés?
Vous n'avez plus à lutter que contre le très petit nombre restant de vos ennemis; h peine en paraît-il un, persifflant votre foi, la plume à la main, vous savez le terrasser, et la vérité, méconnue à travers tant de siècles, triomphe de leurs injustes attaques. Vous savez trouver le moyen de réfuter et de flétrir les moindres agressions, même personnelles , vous avez des défenseurs devant les tribunaux, des théologiens parmi le clergé, des représentants dans les parlements , des orateurs partout où il en est besoin, des écrivains dans la presse, des officiers dans les armées, des soldats sur les champs de batailles, des artistes dans les beaux arts, des professeurs dans les universités, des conseillers auprès des gouvernements, des banquiers dans les finances ; et vos frères en Pologne n'ont que le mépris; ne doivent-ils donc pas attirer votre attention?
Ainsi, il ne vous manque rien pour porter secours à vos frères des bords de la Vistule et du Niémen ; vous pouvez aisément élaborer des plans raisonnables et exécutables afin d'en venir à une réforme parmi les Israélites de Pologne, les gouvernements même despotiques et les Polonais ne refuseront point d'y coopérer; ces derniers surtout, ayant éprouvé des malheurs se garderont de maltraiter les enfants de la même patrie.
Israélites éclairés! ne voyez-vous pas des chrétiens sacrifiant des millions pour envoyer des missionnaires
dans tous les coins de la terre, afin de convertir les incrédules, de les civiliser et de les rendre heureux; et vous, vous ne pouviez pas envoyer des hommes de mérite de votre religion en Pologne pour y civiliser et rendre heureux vos frères?
Les missionnaires chrétiens sont obligés de parler à chaque individu qu'ils veulent convertir, de lui inculquer les mystères de leur religion, et de lui faire concevoir toutes les doctrines théologiques , tandis que les savants Israélites n'auraient qu'à éclairer les rabbins en Pologne et de les engager à devenir missionnaires eux-mêmes parmi les populations.
Les chrétiens ne se lassent pas de renouveler leurs missions dans l'intérêt de leur église, et souvent dépensent, à cet effet, des sommes énormes ; et vous, vous n'auriez qu'un seul sacrifice à faire, car il est plus facile de nettoyer et conserver un vieux verger, produisant naturellement de beaux fruits que d'en planter un tout nouveau 1
Et vous, prédicateurs Israélites, parlez aux enfants de Jacob et à vos frères, ouvrez par votre doctrine éclairée le cœur de ceux qui dédaignent l'humanité ; n'épargnez pas vos conseils à ceux qui ont la bonne volonté d'être utiles à leurs frères. C'est sur vous, comme sur les gardiens de la sainte religion que pèse le devoir d'applanir les voies pour la sainte mission en Pologne.
Et vous, philosophes pleins de lumières, et écrivains distingués dû xix* siècle; vous qui montrez à l'univers le chemin du progrès et du bonheur ; vous qui défendez de tout votre pouvoir l'humanité, n'épargnez pas vos plumes en faveur de deux millions et demi de vos semblables !
Il est peut être excessif, le droit que nous nous sommes arrogé en faisant cet appel; mais nous pouvons assurer
nos lecteurs que tout homme consciencieux à notre place, après avoir examiné, vu de près pendant bien des années, et étudié l'état des Israélites en Pologne comme nous l'avons fait , ne manquerait pas, à coup sûr, de penser et d'écrire comme nous. Au surplus, nous sommes convaincu qu'autantque les Israélites de Pologne ne seront pasémancipés leurs coreligionaires des pays civilisés, et particulièrement de l'Allemagne, ne pourront atteindre à une réforme complète; car toute réforme religieuse doit débuter sur le point capital , c'est-à-dire par la masse ; or, où est la plus grande population Israélite, si ce n'est en Pologne. Dans toute l'Europe il n'y en a pas autant que dans ce pays. C'est donc là que la réforme religieuse doit être tentée d'abord. Et dès que deux millions et demi d'Israélites, après avoir rejeté tous les préjugés et commentaires créés par les hommes, professeront la foi pure de Moïse, alors, sur toute la terre, pourra se propager l'imposante vérité.