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minuit , on chante des cantiques chaldaïques faits par R. Isaac Luria.
Traduisons pour exemple un de ces chants mystiques. Béné Héchalah Dichvphin. « Les enfants du palais , qui se gênent de voir le Seïr Anphin * peuvent paraître Jà cette table où le roi est présent avec son image. Réjouissez vous tous dans cette assemblée au milieu de laquelle se trouvent des anges ailés de toute manière. Réjouissez-vous dans ce moment où il ne règne dans les régions célestes que la bonne grâce et point de colère. Approchez-vous , regardez une assemblée dont tout esprit impur est repoussé. Ils sont repoussés, et ces chiens arrogants n'osent point y entrer. Le vieillard (Dieu) a arrêté que vers le soir ils doivent disparaître, c'est sa volonté d anéantir tous ces esprits impur$ Keliphin. Il les conjura un jour dans leurs trous entre les cavités des rochers. Vraiment c'est à présent vers le soir que règne la paix chez le SéïrAnphine. » A cette occasion, la cruche de Meth iy la bouteille (Peau de vie, sont prises pour moyen d'inspiration divines. Le Zadik alors montre son savoir, son esprit et son don de deviner, chaque assistant cite un verset delà Bible et le Zadik en donne l'explication et fait un discours , dans lequel il réunit tous ces versets ensemble comme s'ils avaient toujours été un tout.
Quoique les talmudistes conviennent que les paroles de l'Écriture sainte ont diverses explications ; ils disent ce-
x Les cabalistes nomment souvent Adam Kadmon aussi par l'expression de seir amphin, petit visage (microcosmns), en réplique de Arich anphin (macrocosmus).
3 Une espèce de boisson en Pologne. (Miod ) 3 L'homme reçoit l'inspiration par le meih et Veau de vie et c'est an moyen de réveiller la dévotion (Lik, Amarim, p. 51).
pendant que Ton doit s'en rapporter à la plus simple, c'est-à-dire à l'explication convenable à l'esprit de la langue hébraïque, qu'ils appellent en langue chaldaïque peschath (simple) 1 . Mais lesChassides supposent que l'expression peschalh ne dérive point de la chaldaïque, mais de l'hébraïque. Et pour la signification : [ôter, déshabiller), ils disent, comme les cabalistes, que le sens littéral n'est qu'une enveloppe du sens mystique qui y est caché; c'est pourquoi le sens littéral doit être considéré comme nul, et le sens mystique comme l'essentiel de l'Écriture*. Ils supposent que ce noyau caché sous l'écorce du texte est le seul but par lequel Dieu a fait connaître la sainte Écriture, l'a, pour ainsi dire, incorporée et en a donné la clé au Zadik\ L'assemblée générale des Chassides chez le Zadik ft se
1 C'est que dit le Talmud (Traité Béizah) : c On ne doit point, en expliquant la sainte Ecriture, s'éloigner de la juste litléraiité. »
2 Les cabalistes supposent qu'il n'est plus nécessaire de suivre la loi mosaïque , parce que l'on n'était obligé de suivre cette loi que lorsque le monde était dans l'otam hatoliou (c'est-à-dire dans le chaos) , et non maintenant que le monde est dans l'olam haiikoun (de la perfection).
3 Comme l'homme consiste en un corps grossier et visible, uni avec une âme spirituelle et invisible , ainsi l'écriture consiste dans un sens littéral, qui est le corps, et dans un sens mystique, qui est i'àme de cette écriture. Il est accordé au Zadik le pouvoir de dépouiller la loi de la couverture qui enveloppe le sens mystique, et de la montrer toute dévoilée. Comme le but du Zadik est de faire les accouplements célestes ; c'est-à-dire celui de Dieu avec la matrone (la tchechinoh) , et comme le déshabillemcnt est usité dans l'accouplement, on doit aussi découvrir de son vêtement la thorah qui est la fiancée de Dieu. (Kmach lèbh, p. 4.)
4 Le Zadik de Warka (ville située près de Varsovie), s'étant fâché avec le fournisseur des boissons en 1840, quitta cette ville et alla s'établir ailleurs , le fournisseur ne vendit plus rien , et perdit par là son re ▼enu , mais le gouvernement n'y perdit rien , car le nouvel établissement du Zadik qui lui était loué, au lieu de rapporter 5,000 florins, en rappor-
fait tous les ans au mois de ti*chri { > chacun s'empresse de lui rendre quelques services, comme par exemple de lui allumer sa longue pipe, et de le voir en face. Le Zadik sert de chanteur aux jours de fête, le devoir du Chasside pendant la prière est de crier, de battre des mains avec un grand bruit, ou de les frapper contre les murs, de sauter çk et là et d'agiter convulsivement le corps. Si un Chasside est raillé à cause de ses grimaces, il doit le supporter avec patience, car il exécute le commandement du Zadik.
Le Zadik fait.en outre, presque chaque année un voyage dans son diocèse, les Chassides raccompagnent en foule dans ce voyage en chantant autour de la voiture, ; ils lui servent de gardes, sont en faction à sa porte afin d'empêcher les émeutes du peuple, conversent avec ceux qui viennent le voir et reçoivent les présents qu'on lui apporte 5 . Avant son arrivée dans une ville, tous les Chassides vont au-devant de lui, le reçoivent avec beaucoup de joie et raccompagnent en chantant jusqu'à son logement. Là, toute affaire, toute dispute ou querelle çst décidée par le Zadik; car il est, comme un tribunal de première ins-
tait 50,000 vu la grande consommation qui s'y faisait , occasionnée par la résidence du Zadik, et le bourgmestre de Warka qui venait d'eus pommé à -cet emploi quitta cette ville devenue déserte,
i Dans lequel sont la plupart des fêtes suivies , comme le nouvel an , le jour d'expiation et la fête du tabernacle.
2 En 1855 le gouverneur moscovite rencontra une pareille foule de chassides avec leur Zadik , et comme ils ne voulurent pas évacuer le pas»sage et qu'ils criaient d'une manière fanatique : C'est notre roi, notre prophète sacré, le gouverneur fit arrêter les plus effrénés et les envoya en Sibérie.
s Le Zadik , pour être entouré d'unto foule de chassides, prétend qu'il est obsé'jé par les mauvais esprits, et que la solitude pourrait être dangereuse pour son corps. (Ntgalé Tcmhïn, p. 6Ç).
tance, pour chaque Chasside, et chacun est content de la décision de cet homme déifié.
Ils conservent parmi eux une égalité fraternelle : le pauvre, le riche, le jeune, le vieux, le savant, le sot, le courageux et le poltron, s'estiment également : ce qui est à moi est aussi à toi ; ce que tu es, je le suis. Telle est leur devise, tel est leur mot d'ordre.
Les assemblées du Zadik avec ses fidèles sont les sources abondantes de sa richesse ; car chaque Chasside se fait un bonheur de fai re accepter au Zadik un présent de lui .Après la mort du Zadik, ses vêtements se vendent très cher, car on les croit un moyen efficace pour le pardon des péchés et un pcéservatif contre les menaces deSatan. Le tombeau du Zadik est regardé comme un sanctuaire, et une foule de pèlerins y vient prier 1 . On fait sur la tombe un petit mausolée dont la clé est chez la veuve ou les héritiers du
* Celui qui vient visiter la tombe du Zadik obtient les faveurs de Weu, quand même il en serait indigne par ses autres actions, cl un chicot du toit de son tombeau est un remède éprouvé contre les doulcnrs de l'enfantement , et chaque femme enceinte doit avoir un chicot semblable qu'allé achète des héritiers du Zadik (Seph. II ami d, 55.)
Zadik, et si quelqu'un veut y entrer, il est obligé, pour obtenir la clé, de donner quelque monnaie. Il y a de ces mausolées à Zloczow, Sulsziver, Lizcziket Romanow.
Tout Israélite (comme ils l'affirment) a deux âmes, l'une mauvaise, renfermée dans un vaisseau à gauche du cœur, et l'autre bonne, qui habite le cerveau ; ces âmes luttent entre elles avec acharnement, l'homme prie pour que la bonne âme ait toujours la supériorité sur la mauvaise et quand cela arrive, il peut s'offrir àDieu. L'une des Zadikes (disent-ils) a si bien su perfectionner son âme qu'elle fut transportée dans le ciel, eut un entretien avec le Messie, elle lui demanda le temps de sa descente sur la terre et eut pour réponse que cela arrivera lorsque tout le monde aura aussi bien suivi la cabale qu'elle Ta fait 4 .
Les Chassides pensent que la réunion avec Dieu est le principe de leur religion, ils croient que l'âme est un écoulement de la divinité , c'est pour cela qu'ils supposent que l'homme doit faire son possible pour s'unir avec la haute intelligence par la concentration de l'homme avec son âme ; ils appellent cela l'aspect deDieu par la croyance, et croient ensuite que le seul but de l'homme et sa plus grande félicité est de se mettre tellement en contemplation avec Dieu que tout ce qui se passe autour de lui disparaisse, et qu'il ne sente rien autre chose que le goût de la joie céleste 2 .
Mais comme l'homme n'est pas toujours disposé à ces contemplations, les Chassides y destinent le temps de la prière, ils ont dans ce but quelques paroles cabalistiques -— -
1 Voyez Zemer Orizim, p. 65.
3 Ils appuient ces paroles à ce que dit le Talmud (Traité sanhédrin)* la récompense après la mort ne consiste ni dans le boire ni dans le manger, mais seulement dans le plaisir de contempler la majesté de Dieu.
qui renferment les noms de Dieu ou des anges 1 , ils les disent avant chaque prière et les appellent kavouaîh.
La réunion de l'homme avec Dieu ne peut avoir lieu que par la joie et la gatté. Or, si la mélancolie ou la tristesse s'empare d'un Chasside, il doit la chasser.
Le troisième principe des Chassides consiste à s'armer de courage, d'avoir de la résolution et de l'effronterie Azèlh.
Les Chassides tiennent aux cérémonies du Talmud tant qu'elles s'accordent avec la cabale et l'ordre du Zadik; les Juifs orthodoxes, au contraire, ne tiennent point aux cérémonies cabalistiques qui contredisent le Talmud.
Les Chassides ne se servent point du livre de prières du rite allemand et polonais, mais de celui des Orientaux, sephardim dans lequel se trouvent beaucoup de prières qui ont rapport à la cabale.
Les Chassides ne vont jamais à la synagogue; ils ont dans chaque endroit , où se trouvent dix Chassides, une maison de prière à part qu'ils nomment klosei (clause) ou maisonnette des Chassides. Ces klosels ne leur servent pas seulement pour la prière, mais encore de club où chacun se rend aussitôt que ses affaires le lui permettent pour s'y entretenir (raconter des nouvelles ou des merveilles du Zadik), on y boit, mange et fume du tabac pour chasser les mauvais esprits. Ce clausel sert souvent de chambre à coucher pour le Zadik.
Adonnés uniquement à la spéculation , les Zadiks s'ha-
t tes trois mots du Psaume, 148, 16, (ouvre in main) forment de leurs lettres finales le mot chatach; c'est, disent les cabalistes, le nom de l'ange employé à la nourriture , cl disent-ils, on doit penser aux lettres finales en récitant ce verset ; car celui qui les prononce avec attention est sûr de ne jamnis manquer de nourriture.
billenten blanc, proclament le devoir de la perfection supérieure de quelques âmes et de la plus grande confiance en Dieu. Ils feignent de pouvoir guérir miraculeusement les malades *, se réservent le droit de bénir toute entreprise commerciale des Chassides. Ce qui fait qu'aucun des sectaires n'oserait jamais sans consulter ou sans voir son Zadik former un établissement quelconque. Beaucoup de femmes appartiennent à cette secte 2 . Les Zadiks entre eux, les Chassides d'un Zadik avec les Chassides d'un autre Zadik, et tous ensemble avec les Juifs communs rabbinistes vivent en mésintelligence et se querellent sans cesse.
A coup sûr, les Israélites doivent craindre que Cette crédule et dangereuse secte n'entrave pas la civilisation parmi eux, car il est défendu sévèrement de développer les facultés intellectuelles ; au contraire , il est enjoint de les entraver et de les anéantir.
Les Chassides disent que plus un pécheur est coupable, plus il ressemble à la divinité , que les supérieurs ont le droit non seulement d'absoudre, mais de décerner à certaines conditions des récompenses aux pécheurs 3 .
Aussi tous les rabbinistes éclairés parlent-ils de la secte des Chassides avec le plus profond mépris. Il est à souhaiter
1 Les femmes des chassides, particulièrement , font le voyage de plusieurs dizaines de milles pour voir le Zadik, surtout quand elles sont stériles. Le Zadik, après éire payé de3 deniers appelés pidion, bénit la pénitente, et lui assigne des règles à suivre, en cas de non réussite. Il l'appelle de nouveau et lui fait des reproches de n'avoir pas accompli quelques prescriptions imaginaires , et il la bénit de nouveau parce qu'elle le paie.
2 La riche Juive nommée Berksonawa de Praga ( fnub. do Varsovie), appartenant à cette secte a obtenu la permission de tolérance de la pari du gouvernement lors de sa querelle avec les Juifs rabbinistes.
3 Voyez Sulamith, 1 , ch. Il, p. 508.
que les gouvernements se hâtent de prendre des mesures efficaces pour empêcher la ramification de cette secte si dangereuse, qui se propage dans les masses inertes avec beaucoup de succès, etdont presquetoutes les synagogues de Pologne sont déjà empoisonnées i .
1 II n'y a rien d'étonnant dans cette secte des Juifs polonais à moitié barbares, si nous considérons qu'ici, dans l'exil, parmi les Polonais chrétiens éclairés, et jouissant de tous les bienfaits de la civilisation , il se trouve des gens qui adhèrent à une pareille secte au sein de la chrétienlé. Ceux qui ont entendu parler des prophéties de Towianski et de leurs déplorables suites, sauront bien ce que nous voulons dire.