‹ Les Israélites de Pologne: "(Édition ornée de gravures)"Chapitre 9 sur 28 · FIN DE LA TABLE DES MATIERES · texte numérisé non relu

FIN DE LA TABLE DES MATIERES

« Renie la foi de tes pères , oublie à jamais ton

Slorieux passé , renonce aux lois auxquelles pendant es siècles obéissait toute ta race, cesse d'adresser tes prières à l'Être-Suprême dans ta langue maternelle, croisa ce que nous croyons, accepte nos mœurs et nos usages, ou meurs! » Tel a été le langage, qu'au nom de la religion, tenaient les chrétiens du moyenâge, en menaçant Israël du glaive de l'extermination. La race qui a donné au monde 3Joîse et le Christ, dispersée après la chute de Jérusalem, demandait seulement aux nations civilisées l'hospitalité et une place au soleil, et les chrétiens , tout en proclamant pour base de leur croyance l'amour et la fraternité, repoussaient leur prochain , violentaient leur conscience, persécutaient leur foi et les livraient aux tortures des inquisiteurs et aux supplices des bourreaux. Il n'y a pas un seul coin de l'Europe où le sang des Israélites n'ait laissé des traces de la tyrannie de leurs persécuteurs et de la persévérance des persécutés.

Bientôt une ignoble politique changea de système. Sous le masque d'une hypocrite compassion, elle résolut de spolier la population qu'elle n'avait pu dompter. On fit grâce aux condamnés, on retint la hache suspendue sur leurs têtes , ou laissa vivre les maudits, on promit même de tolérer leur présence, mais à la condition qu'ils paieraient l'impôt de l'air qu'ils respireraient. Si les Juifs voulaient élever un temple à l'Éternel, une école pour leurs pauvres enfants, un cimetière pour leurs morts; s'ils voulaient prier, travailler, il fallait qu'ils payassent une contribution qui leur arrachait jusqu'à leur dernière obole.

Enfin, lorsque la victime n'eût plus rien, lorsqu'elle

eût rendu tout ce qu'elle possédait, on la chassa. Les enfants, à peine sortis du sein maternel , les femmes affaiblies, les vieillards courbés par l'âge ne trouvèrent ni grâce ni merci. Toute la race proscrite devait abandonner les endroits où reposaient les cendres de leurs ancêtres. Telle fut la conduite de l'Espagne j de la France, de la Germanie.

Les exilés , en masse , traversèrent les pays européens, passèrent de ville en ville, et partout la voix accusatrice insultait à leurs malheurs, « Soyez maudits* vous qui avez empoisonné les puits , vous qui avez besoin du sartg des enfants chrétiens pour vos cérémonies obscènes. » Le peuple égaré n'eût aucune teompassîon pour les martyrs.

Il s'est trouvé une seule nation aui n'a pas suivi cet exemple. La Pologne , digne gardienne de l'antique hospitalité slave, offrit un asile aux bannis, une protection aux persécutés, des moyens d'existence à ceux qui, spoliés, arrivaient sans aucune ressource. Tous les Juifs échappés au glaive de la persécution , toufe ceux qui purent supporter la faim ou la misère ; enfin, les débris de toute la race juive, s'établirent aux bords de la Vistule. Casimir-le-Grand leur donna des teFres , leur bâtit des villes. Ce grand monarque fit plus , il les mit sous la protection des lois. Les Israélites élevèrent des temples au Seigneur, et personne ne put interrompre leurs prières. Les enfants rendaient les derniers devoirs à leurs parents morts, et personne n'allait troubler leur repos. Les enfants apprenaient la loi de Moïse dans les synagogues, et personne ne contrariait leurs pieuses études. Bientôt, au milieu des champs incultes apparurent soixante-dix villes. Le peuple d'Israël développa toute son activité. La Pologne devint libre , riche et puissante. A côté des églises s'élevèrent des synagogues. Les rois pololais, suivant la sage politique de Casimir-le-Graftd, en montant au trône prêtaient serment de faire respecter les croyances sincères, et de ne souffrir aucune per-

sécution religieuse. Alors Dieu bénissait la Pologne , heureuse et puissante sous le règne des Jagellotis.

Mais à peine le premier jésuite eût-il mis le pied sur le sol polonais , que tout changea. Le cardinal Commandoni ne pouvait-en croire ses yeux , il voyait les Juifs polonais habillés comme les nobles catholiques , le sabre au côté. Ils étaient riches et respectés. Son indignation réveilla la superstition et toutes les passions. Bientôt on défendit aux Juife de porter des armes, on les relégua dans les coins fcale& des villéfe , on les força de porter une marque sur leurs habits pour les distinguer des autres habitants. Les extorsions de toutes sortes suivirent les persécutions ; l'anarchie remplaça la monarchie; les villes, jadis puissantes, commerciales , foyers de l'industrie nationale et des richesses, s'écroulèrent, et avec elles, la puissance delà Pologne, qui, envahie, partagée, expia les abuâ de la noblesse anar chique et tomba victime des jésuites.

Sur la frontière de la Pologne s'élevait une nation rivale, issue delà même race, jalouse, ambitieuse, entreprenante. Les princes de Moscou enviaient aux rois polonais leurs richesses et leur puissance. Par esprit d'opposition , ils adoptaient toujours un système t et des principes opposés. La Pologne était catholique, la Russie embrassa le schisme ; la Pologne était libérale et monarchique, les princes de Moscou introduisirent un despotisme militaire. Casimir accueillit les Juifs , c'en fut assez pour que Wladimir et Ivan les repoussassent à jamais , leur interdissent l'entrée de leurs États. Aujourd'hui les princes de Moscou sont devenus maîtres absolus de la Pologne. Deux millions et demi d'Israélites sont tombés sous la domination des princes qui les regardent comme des maudits.

La politiqued'Ivan-le-Terrible reparaît souslerègne de l'empereur Nicolas. Les Juifs spoliés, persécutés, méprisés, ne peuvent plusrespirerl'air où ils sont nés, ne peuvent pas môme pleurer sur la tombe de ceux qu'ils

ont aimés. Comparés à un vil bétail, ils paient un droit en entrant dans les villes où il leur est permis de résider. Chassés, transplantés , ils paient l'impôt de leur fortune , de leur sang, et pour prix de leurs sacrifices, ils ne recueillent que haine et mépris. La tyrannie barbare, aveugle, haineuse , sévit sur les enfants. Dans une nuit, trente mille furent arrachés du sein de leurs mères, pour quitter la Pologne, pour fournir, un jour, à la Russie desmatelots capables, ou plutôt pour mourir en route de froid et de misère.

La persécution n'a épargné ni l'âge , ni le sexe, ni la condition. Quelquefois la victime parvient à changer de route, et au lieu de suivre le chemin de la Sibérie , échappe au bourreau , traverse vingt pays et arrive sur le sol qu'il suffit de toucher pour respirer l'air de la liberté. Quelquefois aussi un membre de cette grande famille ne vient pas en France seulement pour se soustraire aux tortures, mais pour raconter le sort affreux de toute sa race malheureuse. Il en fut ainsi avec M. Léon Hollaenderski, l'auteur de cet ouvrage.

Catholique, suivant les préceptes bien compris de ma religion , depuis quinze ans , je consacre ma plume et mes faibles moyens à la cause Israélite , à l'émancipation complète de deux millions et demi de mes compatriotes de la religion de Moïse. Si mon nom est parvenu jusqu'à eux, si l'auteur de ce livre est venu me raconter leurs malheurs, je ne l'attribue pas à mes faibles talents , mais à la persévérance avec laquelle je me suis dévoué à cette sainte cause. C'est sur l'insistance de M. Hollaenderski que j'écris ces quelques lignes. Il aurait dû faire un meilleur choix. Celui qui a besoin lui-même de toute l'indulgence des lecteurs n'aurait pas dû être appelé à les bien disposer en faveur de Fauteur de cet ouvrage.

Mais l'auteur ne se recommande-t-il pas assez par sa propre position. Après avoir perdu sa fortune confisquée par le czar, après avoir quitté ses parents

et sa patrie , à force de travail , il gagne son pain quotidien, élève ses petits enfants et a trouvé encore assez de temps pour recueillir les matériaux de l'histoire et de la statistique de ses coreligionnaires. Il résolut de déchirer le voile qui couvre, aux yeux des nations occidentales, le hideux tableau dont la barbarie moderne offre un douloureux spectacle dans le nord-est de l'Europe ; que d'obstacles n'a-t-il pas eu à vaincre? N'ayant d'autre fortune que son travail, comment a-t-il pu trouver les ressources indispensables à une publication? Etranger, comment traduire ses sentiments dans une langue qu'il commence à peine à étudier? Brisé par les adversités et les persécutions, comment pourra-t-il donner à son œuvre cette forme attrayante, ce charme qui distinguent les productions des auteurs français? Mais rien ne Ta arrêté pour atteindre le noble but qu'il s'était propose. Souvent je soutins son courage, je lui parlai de la bienveillance delà nation libre qui étudie avec patience et sympathie les souffrances des peuples opprimés. Je suis heureux si mes faibles encouragements ont été pour quelque chose dans sa persévérance. L'auteur connaît bien tout ce qui manque à son œuvre sous # le rapport du style. S'il avait ambitionné la palme" d'un écrivain, il aurait attendu encore, ou peut-être il aurait confié son manuscrit à une main plus capable. Mais son ouvrage n'est pas une œuvre littéraire, ce n'est que le cri d'une victime, l'écho de la douleur de toute une race persécutée. Quel est l'homme de cœur qui refuserait de venir au secours des martyrs, parce que la voix de leur douleur n'est pas étudiée ou harmonieuse.

M. Hollacnderski en offrant à la France les fruits de ses veilles, en traçant l'histoire de ses coreligionnaires, leur état actuel, a travaillé pour l'avenir, espérant que les éléments préparés par lui inspireront quelques hommes de cœur puissants par leur talent, à plaider la cause d'un peuple destiné à jouer un rôle

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dans un avenir peu éloigné- C'est un drame palpitant d'intérêt, jusqu'à ce jour inconnu, qu'il présente aux regards de l'Europe. Le génie français saura, de ces éléments réunis, créer une œuvre capable de réveiller la population opprimée, et châtier, comme il le mérite, l'absolutisme barbare qui nage dans les larmes et le Sc^g de deux millions et demi d'Israélitespolonais.

C'est un travail utile qu'a accompli M. Hollaendcrski. Au nom de mes compatriotes chrétiens, je lui rends grâce pour les lumières qu'il a jetées en nous traçant les mœurs, les usages, les défauts et les qualités des différentes sectes dont les Juifs polonais se composent. Il a bien fait d'avoir voué au mépris les misérables qui, sortis de la race juive, jettent la pierre sur leurs anciens coreligionnaires pour se faire pardonner l'origine dont ils rougissent , et il a encore mieux agi en signalant tout ce qu'il y a de beau et de grand dans le caractère des Israélites polonais.

L'auteur peut être tranquille sur l'avenir de son œuvre. Il paraît devant le public français avec l'approbation d'un homme qui , par son savoir et ses mérites, s'est élevé au sommet des désirs de ceux qui 'consacrentleur vie à la science'et à l'étude. M. Franck, de l'Académie française, celui dont le style coule clair et limpide comme les eaux d'une rivière pendant un jour calme et serein, a reconnu l'utilité de son œuvre, lui qui avait le droit d'être difficile, a oublié la forme, préoccupé de l'importance du sujet.

Les lecteurs généreux imiteront cet exemple et porteront toute leur attention sur le sort de ces parias qui, avec l'aide de la presse française, échapperont aux tortures et aideront un jour la Pologne à relever au bord de la Vistule, l'industrie, les arts, les sciences et la vraie liberté.

Jean CZYNSKL

25 décembre 1845.

A M. tèon fjçllacndershi.

Monsieur ,

J'aj lu ^vec intérêt^ souvent avec émotion, votre ouvrage sur les Israélites de Pologne. Il sera utile, je n'en doute pas, à cette population de deux millions et demi de parias , dont on n'a guère parlé jusqu'à présent que pour insulter à son abandon et à sa misère. Vous , monsieur , vous avez voulu , avant tout, la faire connaître, persuadé que la vérité est sa meilleure défense. Vous racontez avec impartialité son histoire, si ignorée encore parmi nous et dans le pays même qui en est le théâtre. Vous tracez, d'après vos souvenirs et votre expérience , le tableau de ses mœurs , de ses usages , de sa vie intérieure et extérieure, sans exagérer ses qualités, sans déguiser ses vices, son fanatisme et son abaissement moral, car ce n'est pas l'esprit de caste qui vous inspire, c'est la cause de l'humanité que vous plaidez ; et , pour réussir dans cette noble entreprise , vous deviez signaler, dans toute leur étendue, les effets dévastateurs d'une oppression séculaire.

Vous avez su aussi, en les résumant, enrichir de détails nouveaux les savantes recherches de Peter- Bcer et les spirituelles révélations de votre compatriote Salomon maimon sur les sectes religieuses qui divisent les Juifs polonais.

Enfin, monsieur, j'espère que le public accordera

à votre œuvre l'attention dont elle est digne et qu'elle aura le genre de succès que vous ambitionnez avant tous les autres, mais qui ne les exclut pas.

Recevez, monsieur, etc.

Signé : Ad. FRANCK.

Paris, 12 décembre 1845.

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