PREMIÈRE PARTIE
Origine des Israélites de Pologne , leur histoire , leur étal actuel , etc.
« Jésus-Christ n'a pas dit mon sang lavera celui-ci el non celui-là. Il est mort pour les Juifs et les Gentils, et il n'a vu dans tous les hommes que des frères. »
( Atala, CnATBAUBRUftD, 1805, page 106.)
Les chroniques polonaises ne s'accordent pas sur l'époque où les Israélites arrivèrent dans ce pays. Aprèsl'introduction du christianisme en Pologne, les seigneurs polonais et le nouveau clergé rivalisèrent de zèle pour détruire toutes les traditions, ainsi que tous les monuments du paganisme, et effacèrent ainsi jusqu'aux traces du temps passé. Les plus anciennes traditions nationales commencent avec le prince Mieczyslas, c'est-à-dire au milieu du neuvième siècle 1 .
1 La dispersion (an 997) (Ganz , Zémach David, pag. 181) arrivée en Orient contribua à les multiplier en ce pays-là, et dans les royaumes voisins, comme la Hongrie et la Pologne. Villalpand (in Ezech. tom. 2,
L'historien Naruszewicz soutient que l'établissement des Juifs en Pologne a précédé de beaucoup les chroniques les plus anciennes de ce pays. D'autres historiens prétendent qu'au temps des persécutions des chevaliers Porte-Glaives en Allemagne, un grand nombre de Juifs cherchèrent et trouvèrent un asile et une hospitalité en Pologne 1 . Nous croyons pouvoir concilier ces deux opinions qui semblent se contredire au premier abord. Nous pensons que les Israélites établis au nord de la Pologne y arrivèrent au commencement du onzième siècle d'Allemagne où régnaient alors d'affreuses persécutions contre eux 1 , tandis que dans les provinces méridionales, les Israélites semblent avoir été établis à une époque beaucoup plus éloignée. Il y a une grande apparence qu'ils y arrivèrent au temps des
c. 58, pag. 543) les fait beaucoup plus anciens dans ce dernier royaume, parce qu'il avait appris de l'ambassadeur de Pologne à Naples qu'on y avait ouvert un tombeau, dans lequel on avait trouvé un corps d'une si prodigieuse grandeur, que l'anneau qu'il portait au doigt pouvait servir de ■ bracelet, et entrer dans le bras d'un juif qui reposait là depuis les temps heureux, où la république d'Israël florissait ; car on y trouva un grand nombre de sicles d'argent, comme sont ordinairement ceux des Juifs, et puis qu'Agrippa assurait que cette nation avait pénétré fort avant dans le pont, on ne doit pas douter qu'elle n'eut passé en Pologne longtemps avant la naissance du christianisme. (Basnage , histoire des Juifs, 1106, t. 4, pag. 1089).
1 W. Grabowski rapporte dans son ouvrage sur les Juifs polonais (Ad. de 1611; § 4), que ce fut vers l'an 1096 que l'on vit les premiers Juifs en Pologne.
* Leur arrivée des pays de l'Allemagne est encore prouvée par l'analogie qu'on trouve dans leurs cérémonies et leurs prières avec celle des Juifs allemands (*), Leur idiome, qui est un allemand très vieux, montre également leur origine commune dans les temps très anciens.
* Les rituels (Minhaguim) sont les mêmes chez les Juifs polonais, lithuaniens, bohémiens et allemands, et diffèrent beaucoup de ceux des Juifs portugais et espagnols, ainsi que de ceux de Jérusalem.
invasions des hordes barbares qui se poussaient alors de l'Orient à l'Occident. Dans une lettre au ministre Abd-el- Rahman au roi des Khazars, il est fait mention de deux Israélites polonais : Marc Saoul et Marc Joseph , venus à Cordoue avec les envoyés de ce prince 1 . M. Carmoly dit dans son ouvrage : que l'existence des Israélites en Pologne remonte à une époque peut-être fort rapprochée de la fondation de cette monarchie, puisque on en comptait déjà un grand nombre sous Zimomislas. Sur le sommet du Caucase, la religion de Moïse est adoptée et professée par le roi de Khazars, ce qui donne lieu de croire que les Israélites, n'y étaient pas en petit nombre et qu'ils y exerçaient une grande influence. De là, ils s'introduisirent dans les provinces russes et polonaises, où ils s'occupaient du commerce, de l'échange des produits agricoles et servaient d'intermédiaires entre le nord et le midi.
Czacki, dans son estimable ouvrage (Dissertation sur les Juifs, Rozprawa o Zydach), semble confirmer ce que nous venons d'avancer. 11 dit aussi (pag. 69) : qu'un géographe arabe, Ebn Haukel , vivant au commencement du dixième siècle, atteste qu'il existait un royaume, réputé pour son agriculture sur les bords du Menod-Atelou Volga, dont le roi était un Juif. Il avait 9 cadis et 4,200 soldats; dans sa capitale nommée Bat, les habitants de diverses croyances jouissaient des mêmes privilèges.
Massandi, un autre géographe arabe, contemporain d'Ebn Hankel, affirme que dans la capitale des Khazars se trouvaient également des Juifs, que leur roi était un Israélite et que leur capitale s'appelait Amot.
Ici, nous ne devons pas omettre que Karamsin, histo-
* État des Israélites en Pologne, par M. Carmoly.
rien, et tous les chroniqueurs russes s'accordent que les Juifs s'établirent dans ce pays avant le dixième siècle.
Nestor raconte que les Juifs du royaume des Khazars voulaient entraîner par leurs discours, Wladimir, grand duc de Moscovie, à adopter leur religion '.
Dans la bibliothèque du Vatican, on trouve des livres publiés par les Israélites de la Russie, de Tan 1094.
Vincent Kadlubek, chr . polon. , fait mention pour la première fois, des Juifs, Tan 4176. Les chrétiens, d'après son récit, par manière de passe-temps, attaquèrent les Juifs; Mieczyslas le Vieux , prince de Pologne, et les autorités d'alors les prirent sous leur protection. Les chrétiens furent punis comme étant les agresseurs.
Des lettres patentes du treizième siècle (de Tannée 1203 et 1 207) attestent que les Juifs pouvaient acquérir des propriétés territoriales; car il y est fait mention de villages qu'ils possédèrent par droit d'hérédité.
Boleslas, prince de la grande Pologne, accorda, en 1 264, aux Israélites quelques privilèges que Casimir-le-Grand étendit à toutes les autres provinces.
Ce grand monarque était souvent obligé de punir avec sévérité les moines et les nobles qui cherchaient à contrarier ses vœux paternels. Sensible aux malheurs des paysans et de tous ceux qui, gagnant un morceau de pain bis h la sueur de leur front, étaient exposés à la barbarie de leurs seigneurs inhumains; il était empressé à les protéger et chercha à relever les villes en y faisant fleurir le commerce et l'industrie, ce qui lui valut, de la part de la noblesse , d'être appelé par dérision le roi des paysans
* An arabian iravcller ofthe tei.ih ceniury Iranslated from amamieript in lus acon possession. Londro, 1800.
Paroi chlopôw). Ils ne s'aperçurent pas qu'en bidonnant le surnom de roi des paysans, ils l'honorèrent sans le vouloir, du plus beau titre qu'un grand prince puisse ambitionner.
Casimir-le-Grand avait reçu aussi le surnom d'ils- $uérus , pour insinuer que malgré ses grandes qualités et ses sublimes vertus, il n'était pas exempt des passions humaines, lmpressionable et sensible aux charmes des femmes, et aussi inconstant qu'il était vif, il changeait souvent de maîtresse jusqu'à admettre dans sa couche royale une juive d'une beauté ravissante, nommé Esterka, née à Opoczno. Il la préféra à Adélaïde, fille du Landgraf de Hesse, et il éloigna également de son palais la belle Rokiczana, princesse de Bohême. Il eut d'Esther deux fils : Nemir et Pelka '. Ceux qui analysaient mal les choses, attribuaient à ses passions sa bienveillance royale envers les Juifs, émus par la jalousie et les préjugés, ils le comparèrent à VAssuerus de la Bible. Mais quand on réfléchit sérieusement, on voit que la Pologne d'alors étant couverte de forêts immenses et ayant peu d'habitants et manquant de villes, l'industrie et le commerce étant à créer, Casimir-le-Grand ne pouvait rien faire de mieux que de protéger les Juifs. Qu'on considère qu'il bâtit 70 villes et que ce fut lui qui dota la Pologne d'écoles et de lois, cela seul suffit à prouver que son esprit était trop élevé et trop
, Les amours de Casimir pour Esterka ont inspiré plusieurs littérateurs polonais. Bronikowski et Bernatowicz firent des romans historiques d'un grand mérite littéraire. M. Czynski publia Le roi despayxam, ouvrage qui, dans un drame palpitant d'intérêt, plaide la cause des Israélites. Ce roman est traduit en Allemand. Un jeune poète en fit un drame et M. Cock le traduit en Anglais.
noble pour attribuer des motifs si bas aux actes de sa haute politique.
Les sages lois de ce grand prince, à l'exécution desquelles il veillait lui-même, ont produit pour résultat que les Juifs, décimés en Allemagne et persécutés dans toute l'Europe, vinrent chercher un asile sur les bords de la Vistule. Us y fondèrent des colonies et des villes, établirent des ateliers et s'enrichirent en enrichissant le pays. L'ordre équestre polonais avait de la répugnance pour le commerce; ce furent donc les Juifs qui s'en occupèrent exclusivement et qui élevaient des fabriques et exerçaient tous les métiers. La monnaie et les matières premières passaient toutes par leurs mains.
C'est à cette époque qu'ils établirent des greniers immenses appelés du nom de leur bienfaiteur : Kazhnierz , dont on voit encore aujourd'hui les ruines entre Cracovie etLublin. A Cracovie le bâtiment monstre Sukienniça, ainsi nommé parce qu'on y fabriquait les draps pour tout le royaume, étonne les voyageurs par sa magnificence, et témoigne de la noble bienveillance du sage roi.
Czacki soutient avec raison que ce n'étaient pas seulement les Juifs polonais mais aussi des Juifs étrangers qui fournirent à ce roi les capitaux nécessaires pour élever les 70 villes dont nous avons parlé plus haut. « Sous ce digne roi , dit Czacki, les chrétiens ne méprisaient point les juifs ; comme il prospéraient tous à l'ombre de la liberté , ils bénissaient et remerciaient le ciel , le chrétien dans son égliseet l'israélite dans sa synagogue, du bonheur de vivre dans la même patrie et de jouir d'une justice égale. »
Ici nous ne devons pas omettre de dire un mot du reproche qu'inventèrent les fanatiques et les ennemis des
Juifs pour accabler . ces derniers et leur attirer, au lieu de la sympathie royale, la haine universelle.
Ce peuple, qui apportait en Pologne ses capitaux, y élevait des fabriques et donna par là une nouvelle vie à l'industrie polonaise , on osa l'accuser du crime aussi absurde qu'il serait atroce , d'employer du sang d'un enfant chrétien dans leurs cérémonies religieuses. Le roi ordonna de faire des recherches sur ce prétendu crime, et s'étant convaincu de l'innocence des Israélites, il publia un édit , où il disculpa les Juifs de cette accusation aussi barbare que ridicule, et en commémoration de ce fait, il fît bâtir une église à Cracovie, sous le nom des chanoines réguliers.
Nous ne pouvons pas nous dispenser de donner ici quelques extraits des statuts de Boleslas, approuvés par Casimir-le-Grand et mis en exécution dans tout son royaume.
Ces statuts feront connaître deux choses :
1° La justice des rois de Pologne ;
2° L'esprit étroit et barbare de l'Europe à cette époque, qui reprochait au grand roi de Pologne son excès de bienveillance pour les Israélites.
4. «Lorsqu'il se trouve une affaire contre un Israélite, où il faut des témoins, le juif doit être confronté avec ces témoins, dont deux doivent être catholiques et le troisième un juif connaissant bien les lois israélites. »
En se rappelant que dans ce siècle on accusait encore les Juifs d'empoisonner les puits et de verser le sang des enfants, on ne sera pas étonné que pour les mettre à couvert de ces injustices, le législateur ait trouvé nécessaire de faire cette loi dont la noblessse réunie en diète, en 1543, s'est plainte, comme étant trop favorable aux Juifs.
2. « Il est permis aux Israélites de prendre toutes sortes de gages excepté les effets des églises. Si l'effet se trouve être un objet volé, le juif est forcé de déclarer avec serment qu'il n'en savait rien et doit rendre en argent la moitié de la valeur de cet effet engagé. »
3. « Dans l'affaire du dégagement d'un objet appartenant à un chrétien, le juif a le privilège de plus que le chrétien de nier l'objet engagé ou de soutenir qu'il Fa pris pour telle ou telle somme, etc. »
4. ¥ Les amendes provenant des querelles entre Juifs n'appartiennent pas au juge de la ville, mais doivent être versées dans le trésor du prince régnant. Le noble doit payer pour des blessures faites à un juif, la même amende que pour celles faites à un noble. »
5. a Aucun droit ne sera perçu pour le transport des morts. Le chrétien, qui dégradera un cimetière juif, sera puni de la confiscation de ses biens. »
6. «Celui qui jettera des pierres sur une synagogue sera condamné à payer au staroste une amende de 2 livres de poivre. »
Le poivre était alors une offre très précieuse, parce qu'il était très recherché et rare. Aujourd'hui encore, pour conserver la mémoire de la levée de l'octroi, les négociants de Worms et de Bomberg envoient les jours anniversaires de ce privilège, une livre de poivre au bourgmestre de Francfort. »
7. « Les serments sur les dix commandements ne doivent être exigés qu'en cas où la valeur du différend surpasse !a somme de 50 marcs d'argent, ou dans les affaires dont l'inscription avait été faite devant le prince régnant. Dans les affaires de moindre importance, le juif doit prêter serment devant la synagogue. »
8. « Si on n'a pas de preuves positives contre des personnes accusées d'avoir assassiné un juif, on doit en avertir le prince régnant. »
9. « Dans la procédure contre des Juifs, touchant l'assassinat d'un enfant chrétien, il faut trois témoins chrétiens et autant de juifs. L'accusateur qui ne prouvera pas le crime subira le même châtiment qu'aurait subi l'accusé s'il en avait été convaincu l .
40. « Il n'est pas permis aux Juifs de voler des enfants ; celui qui en volera un , sera puni comme un voleur. »
11 . « 11 est permis aux juifs d'acheter toutes sortes de marchandises, de toucher au pain et à d'autres productions. »
Quand on réfléchit que le fanatisme et la superstition de ces temps-là répandaient partout cette calomnie que les Juifs avaient besoin du sang d'un enfant chrétien 3 , et qu'on se rappelle qu'on ne se faisait point de scrupule de les en accuser injustement , on comprendra pourquoi
i On aurait tort de s'étonner que quelques fanatiques de ce tempslà aient eu ces idées chimériques sur l'emploi du sang d'enfants chrétiens dans les cérémonies des Juifs, puisque même aujourd'hui, dans ce siècle si éclairé, un illustre comte polonais,. le général Ostrowski, se permet de dire, dans son ouvrage sur la réforme des Juifs, page 16 : c On ne peut aucunement nier la possibilité du crime du massacre des enfants chrétiens ; car les procédures judiciaires nous ont conservé des témoignages de ces crimes et de leur punition.»
Nous regrettons vivement que cet auteur ne se soit pas formé une opinion sur ce sujet. S'il s'était seulement donné la peine de lire ce que J. Tugendhold en dit , dans ses écrits (Obrona Izraelitôw) , il y aurait trouvé des preuves dignes de foi de sénateurs et d'inquisiteurs contre l'imputation injuste do ce genre de crime.
2 M. Stanislas Hugo a bien raison de dire, dans son ouvrage Tu Chazy: « J'envie la récompense qui doit échoir en partage aux Juifs à cause de leur innocence dans l'accusation des massacres des enfants chrétiens.»
la loi exigeait des témoins Israélites aussi bien que des témoins chrétiens avant de punir ce crime. Le superstitieux chanoine Zukowski prétend que dans l'espace de 300 ans les Juifs massacrèrent 86 enfants chrétiens. Il est vrai qu'on trouve deux décrets qui condamnent les juifs pour ce prétendu crime; cela est pénible sans doute , mais ces décrets s'appuyaient sur des aveux arrachés par la torture. (Voyez, à ce sujet, l'aveu de M. Tugendhold dans son ouvrage : Défense des Juifs, Varsovie, 1831 \
1 Le fanatisme ridicule n'est pas encore tout à fait éteint dans les Cours chrétiennes, même de nos jours, comme nous n'en avons que trop souvent des exemples. Outre l'affaire récente de Damas, en voici un autre :
< Notre ville (Tarnow en Galicie) vient d'être le théâtre d'une émeute contre les Juifs, semblable à celle qui eut lieu, il y a quelques années, à Damas en Syrie.
» Un petit garçon âgé de neuf ans disparut subitement de chez un sieur Dellemba, son tuteur, peu de jours avant la Pâque des Israélites : et en même temps le bruit se répandit que cet enfant aurait été enlevé par les Juifs de notre ville, qui l'auraient égorgé et employé son sang comme ingrédient dans les pains azymes qu'ils venaient de fabriqucr.Aussitôt, toute la population s'ameuta et envahit le quartier des Juifs, qu'elle parcourut en tous sens, en vociférant des imprécations contre ceux-ci.
» Déjà plusieurs voies de fait avaient été commises contre les Israélites, et contre leurs propriétés, lorsque enfin, la police jugea à propos d'intervenir, mais au lieu d'agir comme elle aurait dû le faire, c'est-à-dire, de protéger les Juifs contre les injustes attaques dont ils étaient l'objet, et au lieu de faire comprendre aux fanatiques l'absurdité de leur accusation, elle fit tout le contraire; elle donna raison aux adversaires et sévit contre es Juifs. Toutes les troupes de la garnison de Tarnow et celles qui se trouvaient dans les environs, furent réunies dans celle ville.
i Des détachements de cavalerie et d'infanterie occupèrent les issues de toutes les rues du quartier des Israélites. Des agents de police, escortés de militaires, pénétrèrent dans toutes les maisons des Juifs et y firent du haut en bas les investigations les plus minutieuses, et cela jusque dans les lieux d'aisance. Dans le local du cercle des Juifs, dit tes Chassidim, ces
La mort du grand roi, fait époque pour la décadence des Villes en Pologne et pour le changement du sort des Israélites. Une destinée fatale pour la Pologne, a voulu que
agents poussèrent leurs recherches encore plus loin ; ils levèrent les parquets de toutes les pièces et brisèrent les lambris de revêtement. A la boulangerie juive, ils saisirent tous les pains azymes et toutes les cendres qui furent soumis les uns et les autres à de nombreuses analyses chimiques.
» Comme, malgré tous les efforts, la police ne put découvrir aucune trace de l'enfant qui avait disparu , elle fit arrêter plusieurs Israélites auxquels on fit subir de nombreux interrogatoires. On se disposait, peut-être, à mettre ces infortunés à la question, comme cela se pratiqua à Damas, lorsque, heureusement, la municipalité reçut la nouvelle que le pupille du sieur Dellemba venait d'être découvert et arrêté dans un village situé près de Tarnow, où il s'était réfugié pour éviter les mauvais traite-
Casimir-le-Grand ne laissât pas d'héritier légitime. Il avait deux fils d'Esther, ce qui , sans doute , augmentait son amour pour cette belle israélite ; mais tout ce qui , de son
ment que lui faisait subir son tuteur. Aussitôt, le blocus des rues du quartier des Juifs fut levé, et les Israélites détenus furent mis en liberté. On ramena processionnellement, et comme en triomphe, l'enfant à Tarnow, et alors il se passa dans les rues de cette ville une scène à la fois touchante et grotesque. Toute la nombreuse population juive se précipita sur le passage de l'enfant, et chanta à pleine voix des hymnes hébraïques, pour rendre grâce à Dieu de l'avoir délivrée de l'affliction et des périls où elle se trouvait naguère.
• Le pupille du sieur Dellernba a été interrogé par un juge d'instruction et voici, s'il faut ajouter foi aux paroles de cet enfant, ce qui aurait eu lieu . M. Dellernba avait depuis longtemps une grande animosité contre les Israélites, et il avait conçu le projet de leur jouer un mauvais tour. A cet effet, il engagea son pupille à aller déclarer à la police que les Juifs voulaient l'enlever, et comme l'enfant refusait obstinément de le faire, M. Dellernba l'enferma dans une petite chambre, et lui dit qu'il ne serait remis en liberté que lorsqu'il lui aurait obéi.
» L'enfant parvint à s'évader et se réfugia chez un de ses parents, demeurant dans un village près de Tarnow, où bientôt M. Dellernba le découvrit et voulut le forcer à s'embarquer sur le Dniester*, mais dans le moment même où il» allaient monter sur un navire, quelques Israélites de ceux qui parcouraient le pays pour rechercher le pupille de M. Dellernba, survinrent, s'emparèrent de l'enfant et le ramenèrent à Tarnow.
» Immédiatement après que M. Dellernba eut enfermé chez lui son pupille, il courut déclarer à la police que cet enfant avait disparu, et qu'il soupçonnait les Juifs de l'avoir enlevé, pour l'égorger etméier son sang à la pâte des pains azymes. Aussitôt après, le conseil du cercle de Tarnow se réunit, et après avoir pris connaissance de la déclaration du sieur Dellernba, il lit inviter l'archevêque de Tarnow à assister à sa séance. Le prélat se rendit à celte invitation et émit l'avis qu'il faudrait faire les perquisitions les plus minutieuses chez les Israélites. Cet avis fut partagé par le conseil, qui sur-le-champ, fit prendre les mesures rigoureuses que l'on sait.
» Les Israélites ont adressé au gouverneur-général du royaume de Galicic , l'archiduc Ferdinand d'Esté, une pétition où ils réclament contre les persécutions dont ils ont été l'objet. S. A. J. a accueilli cette pétition
vivant» causait le respect pour sa maîtresse, devint, après sa mort, un motif de haine et de vengeance. Nemir et Pelka, enfants naturelsdu roi, disparurent comme victimes delà noblesse jalouse et peut-être des prêtres courroucés. On craignait que ces deux bâtards du grand roi et de la juive n'exerçassent une influence dangereuse sur le pays, la couronne et la religion. Appelé sur le trône , Louis , roi de Hongrie, fit connaître bientôt, ce que la Pologne devait espérer des rois étrangers. Louis, plus attaché à la Hongrie qu'à la Pologne, gouverna cette dernière par ses lieutenants. Pour conserver le pouvoir, il devait flatter les évoques et la noblesse; mais les habitants des villes et particulièrement les Juifs aussi bien que les paysans , furent livrés de nouveau au despotisme des .seigneurs, fiers, oisifs et sans pitié. Les Juifs durent quitter les villes. Certains bruits circulaient alors qu'Esther, qui naguère était au faîte des grandeurs et répandait les faveurs à pleines mains, ne pouvant supporter son humiliation et le mépris d'anciens flatteurs , avait terminé sa vie, en se jetant par une fenêtre. D'autres soutenaient qu'elle était morte de chagrin et de misère. Cependant tdus ces bruits ne sont pas fondés. Les habitants de Cracovie, montrent encore, dans le jardin royal de Lobzow, l'endroit où fut enterrée cette femme célèbre.
Les Juifs qui , sous la protection de Casimir-le-Grand, avaient adopté le costume national polonais , qui bâtissaient de grandes villes, faisaient venir de grands trésors, après sa mort furent obligés de porter des bonnets jaunes
avec une grande bienveillance, et tout porte à croire que justice sera faite *.
* Gazette des Trib. du 30 avril et 5 mai J844.
sordre sanglant , punit tous ceux qui permirent au peuple de le commettre *.
Sous Sigismond I er , les Juifs persécutés et dépouillés en Bohême, ont reçu la permission devenir chercher un asile en Pologne, pour s'y ranger sous les mêmes lois. Le synode, c'est-à-dire les notables israélites polonais adressèrent à leur co-religionnaires l'appel suivant :
« Jehova a de nombreux Sephirothes*. Adam nous donna la preuve des différentes perfections. Un israélite donc ne doit pas se borner à une seule science. La première science est sainte, mais les autres sciences ne doivent pas être omises pour cela. Le meilleur des fruits est la pomme du paradis , mais faut-il pour cela ne point goûter d'autres pommes? Toutes les sciences sont de l'invention de nos pères, et celui, qui n'est pas impie, trouvera l'origine de tout notre savoir dans les livres de Moïse. Ce qui a été la gloire de nos pères, ne peut pas tourner maintenant en honte. Il y avait des juifs à la cour des rois. Mardehey fut savant. Esther fut sage. Néhémie fut conseiller persan et sauva le peuple de l'esclavage. Appliquez vous aux sciences , soyez utiles aux rois et aux seigneurs , et tout le monde vous estimera. Il y a autant de juifs sur la terre que d'étoiles au ciel , et de grains de sable dans la mer, mais chez nous, ils ne luisent pas comme les étoiles et tout le monde nous foule aux pieds,
! Les sephirothes sont la partie la plus secrète de la cabale. On ne parvient à la connaissance de ces émanations et splendeurs divines qu'avec beaucoup d'étude et de travail. C'est là le haut degré de la théologie contemplative qui charme et qui enchante ceux qui y sont initiés. Il y a dix sephirots : la couronne, la sagesse, l'intelligence, la force ou la sévérité, la miséricorde ou la magnificence, la beauté, la victoire ou Y éternité, la gloire, le fondement et le royaume.
comme le sable. Notre roi est aussi sage que Salomon, aussi saint que David , il a auprès de lui un autre Samuel presque prophète (il est question ici du célèbre chancelier polonais Samuel Maciejowski). Il regarde son peuple comme une forêt immense. Les vents jettent la semence de tous les arbres et personne ne demande d'où viennent les plus belles plantes. Pourquoi donc notre cèdre du Liban ne s'élèverait-il pas au milieu des gazons, »
Si nous croyons Jacques Zaborowski , le roi Alexandre, se soumettant aux remontrances du clergé , aurait voulu chasser tous les Israélites de la Pologne. Przyluski loue Alexandre devoir refusé les offres d'argent que lui faisaient les Israélites menacés. Czacki fait observer que ce roi aurait mieux fait d'accepter ces offres volontaires, d'enrichir son trésor et de protéger les innocents.
Nous croyons utile de citer ici une circonstance dont nous trouvons les traces dans l'histoire :
Pendant les discordes religieuses, lesChrétiens voulurent faire des Israélites leurs prosélytes. On prétend que ceuxci , au contraire , en indiquant les erreurs des différentes sectes, avaient pour but de leur faire adopter la religion de Moïse. Cette tentative fut cause de nouvelles persécutions. Le clergé, non-seulement en chaire, mais par des publications de tout genre, excitait la haine publique contre eux. Les Juifs, menacés et effrayés s'adressèrent au sultan de Turquie pour obtenir un asile dans ses états. Il est connu qu'un grand nombre d'Israélites de cette époque, victime des persécutions, quitta la Pologne et s'établit en Valachie, d'autres furent arrêtés \
i Celte circonstance est exprimée dans une lettre de Sigismond 1 à Pierre Kniittp, le 9 juillet 1640, qui plaidait fortement In cause des Juifs.
Parmi les écrits dont les traces sont restées jusqu'à ce jour, nousciterons : De tfupendis criminibus Judœorum, 4 541 1 Craeoviœ. Là , l'auteur inconnu exige que les synagogues Israélites soient abolies. Entre les crimes particuliers que Ton imputait aux Juifs, il y en a qui réellement portent le cachet dune ignorance surprenante : les Juifs achetaient dte bœufs en Valachie et les vendaient à l'étranger : on a dit tout de suite que c'était pour affamer le pays. On leur a défendu , sous peine de mort , de faire le commerce des chevaux, sans doute parce que les guerriers polonais trouvaient leur compte en les prenant gratis, ou à un prix bien minime chez les paysans qui n'en connaissaient pas la véritable valeur.
Dans la diète polonaise, les uns voulaient les chasser, d'autres leur interdire le commerce. Un petit nombre seulement voulait les admettre à la jouissance de tous les droits l .
Jetons un coup d œil sur la loi qui concerne les Juifs sous le règne de Sigismond. 11 leur était défendu de prendre en bail des revenus de l'octroi, ils ne pouvaient exercer des emplois quelconques et faire le commerce dans les villages. Les Juife qui habitent les villes et les villages appartenant au roi, ne doivent pas compter sur sa protection. Us payeront un double impôt pendant la guerre \
Ordinairementles hommes supérieurs parleurslumières, leurs sentiments généreux et leur3 positions, sont au dessus des préjugés et de l'obscurantisme. Cependant, en vain nous
i Czacki.
* Ils étaient imposés deux fois autant que les chrétiens. Voyez les lettres circulaires (Uniwersaly poborowe), sur les inscriptions, 1503, 1511, 1519, 1513, 152Ô, 1523, 1538,. 1543, 1545, et Cracki.
parcourons les livres des savants polonais, des écrivains catholiques, aussi bien que protestants, ont quelque chose de commun dans leur haine contre les Israélites ; souvent même, le pape et les évêques se montraient plus justes envers les Juifs que Vécole protestante.
Rey de Naglowic foudroie les Juifs dans ses écrits, Przyluski également, professant les dootrines d'Augsbourg, les attaque avec plus de frénésie que l'illustre Hosius , évoque et cardinal catholique. Kamienieoki, évé* que de Bialobrzez, fait appel aux chrétiens /pour qu'ils massacrent les Juifs» s'ils ne veulent pas être massacrés par eux.
Les Israélites étant repoussés de toute communauté avec les Chrétiens , depuis que le statut de Casimir-le-Grand avait cessé de les protéger, se gouvernaient de la manière suivante : les constitutions de temps à autre s'occupent desJuifs, formentune longuechatne deloisexceptionnelles, d'impositions, de punitions, de prohibitions contre eux ; mais nous n'y trouvons point de lois qui règlent les procès et les différends entre eux et les Chrétiens, ni entre eux mêmes. Il parait que cette exclusion des Juifs de toute protection, a fait qu'ils durent adopter les livres du Talmud et de Moïse pour leurs lois, et les rabbins pour leurs juges. Notre supposition à cet égard se trouve justifiée par la décision ultérieure du roi Sigismond-Auguste, qui permet à l'autorité des Juifs de Posen , d'appliquer leurs lois de Moïse à tout crime et même la peine capitale, et il ordonne au grand-général de la Grande-Pologne , de faire exécuter ses sentences \ Sous le règne du même roi, on forçait
â Waclaw Grabowski (sur les Juifs de la couronne) 1611, et en 1571 le raetr. kor, ks. 410, fol. 61 . On a permis aux supérieurs des Juifs ; • io
les Juifs à fournir l'argent à très bas prix à la monnaie, tandis que Ton rétrécissait leur commerce et que l'on défendait aux Chrétiens de servir et travailler chez les Juifs. Le même monarque ordonne aux Juifs de Lithuanie d'obéir à leurs propres autorités religieuses , et il leur défend de porter des chaînes en or et de riches métaux ou pierreries sur leurs ceintures et armes ; quant à leurs femmes, elles ne pouvaient s'habiller selon leur fortune et leur bon plaisir on leur permit seulement de porter des bagues avec l'inscription du nom de Jérusalem ou sabbation \ Cette dernière permission de porter des bagues n'était pas peu importante dans l'esprit des Chrétiens polonais de ce temps-là. Pendant longtemps, les débats durèrent àcesujet, enfin le roi permit de porter ces bagues avec le nom de Jérusalem, qui devait rappeler la colère de Dieu et la punition du péché des Juifs.
Cette faible protection que les Israélites éprouvaient encore sous le règne des rois de la race des Jagellons, a disparu presque tout à fait sous les rois électifs. La noblesse n'aimant que l'excès et l'anarchie partout, arrachait aux rois des concessions, se déchargeait elle-même de toute contribution pour les besoins de l'Etat et renvoyait le fardeau tout entier aux villes et aux serfs. C'est alors que les paysans^ les bourgeois et particulièrement les Juifs, eurent à souf-
omnibus criminibus et excessibus, Judrcos vel urbe pcllere, vel etiarn vita privare, et ut nulla pro hoc diflicultas a moderao palaiino, et pro tompore existent! non inferatur.D
i Moïse Navarinus, Electa sacra éd. 1629, fol. 442, Observatum est plcrosque hebrœos in annulis figuram Jérusalem gestavisse idane pra?cipuc pr.Tstitisse, eum a pallia Babyloniœ exules essent, ul sallcm palri.T momoria ruraventur eam in annulus quod assidue ad illam cogitarcnl adeo, ut corpore quidam ipsi a pallia excelarent; palria vero ab eorum mentibus cxularet minquam, ad hune ritum pler unique non insulte vocani illa. rogi prophète verbn, ps. 156.
frir et à se dépouiller de tout , car on ne les regardait môme pas comme des créatures dç Dieu. Il est pénible d'ajouter ici qu'à l'arrivée d'Henri de Valois en Pologne, les persécutions religieuses contre les Juifs redoublèrent. Ce prince, qui joua un si triste rôle dans la nuit de la saint Barthélémy, en France, devait prêter serment en montant sur le trône de Pologne, qu'il observerait la tolérance envers toutes les religions du royaume , car c'était un point principal de sa constitution.
Les confédérés, après la mort du dernier Jagellon, décrétèrent la liberté de conscience , mais Henri ne voulut point y souscrire, et ne se prêta que malgré lui à la volonté de la nation polonaise, et c'est sous son court règne qu'on accusa de nouveau les Juifs du massacre des enfants chrétiens, et on les persécuta plus que jamais, jusqu'à ce qu'Etienne Batory, roi aussi grand et généreux que Casimir, renouvela le statut de ce dernier et mit fin aux plus sanglantes persécutions.
A ce grand monarque, que l'histoire a dû placer au premier rang des princes, qui ont jamais porté le sceptre, on peut adresser un reproche, malgré cette admiration universelle, que la supériorité de son courage , de son éloquence, de sa justice et de ses lumières lui ont attirée. Ce reproche pour une faute , qu'il avait d'ailleurs expiée de son vivant, peut lui être adressé aujourd'hui encore; car il avait autorisé l'introduction des Jésuites en Pologne ; tandis qu'il disait et répétait , que Dieu seul peut régir les consciences. Il est vrai, qu'à cette époque , les Jésuites se distinguaient par leur amour pour les sciences et comptaient parmi eux un grand nombre de savants, mais c'est eux qui y ont amené aussi l'intolérance , les anathèmes , les persécutions, et toutes sortes d'intrigues couronnées
par une guerre civile et les guerres avec la Suède et les Cosaques. A l'admission des jésuites sur le sol polonais, on peut justement attribuer la cause de la décadence de ce beau royaume , le désordre et l'anarchie parmi ses habitants, enfin la destruction presque complète d'une nation grande, belle et généreuse.
Cependant, nous ne pouvons pas passer sous silence , que souvent, dans les débats des représentants de la noblesse, la voix de l'humanité se faisait entendre. Les fastes des diètes de 4 532 et 1534, recueillies par Tomicki, prouvent assez qu'il y avait des Polonais , sachant estimer la gloire de la patrie et le bien public. Ils demandaient que justice fût rendue aux Juifs, que la liberté leur fût accordée comme aux autres habitants du pays; mais, hélas l leur voix fut regardée comme achetée. Ces défenseurs des op* primés n'ont pas eu assez de courage civique pour persévérer dans leur tâche. Les jésuites les en détournaient et faisaient deux des hommes qui , après avoir lutté à mort , au moment de remporter la victoire, y renoncent t crainte d'une scandaleuse accusation.
Les juifs eux-mêmes se défendaient aussi. Il y avait, à cette époque, un ouvrage imprimé par un auteur anonyme, mais bien écritet bien fondé, sous le titre : Âdquœrelam mercatorum Cracoviœ, responsum judœorum déclaratum 4539, etc.
Ils démontrent dans ce livre que les religions changent, (ce livre a paru lors de la propagande de Luther), mais que les hommes ne doivent pas s'entre-persécuter ; que les juifs font le commerce des produits de la terre, et par conséquent, fournissent au pays de l'argent sans l'emporter; qu'il vaut mieux tolérer la religion connue des juifs, que de les forcer a l'hypocrisie. Il y est dit en outre , qu'en
Pologne il n'y a pas d'ouvriers et que Ton y trouve 500 marchands chrétiens seulement , sur 2,200 marchands juifs et trois fois autant d'ouvriers juifs. Enfin ilsajoutent, qu'ils ne doivent pas dépendre du pouvoir de 1 église , étant sous celui des rois dont la protection les a attirés et les a fait établir sur le sol polonais.
Il parait des lettres circulaires pour les impôts , qu'avant la guerre, les juifs étaient soumis à une double perception, et lorsqu'il s'agissait de payer pour un remplaçant , on exigeait d'eux deux fois autant que des chrétiens.
L'autorité parmi les juifs était exercée par des rabbins , et il y avait un chef de ces derniers. Le premier, qui remplissait ces hautes fonctions, était Michel de Drzesc. Dans un matricul lithuanien , tome VII , se trouve l'ordre de Sigismond I , de Tannée 1506, appelant Michel à cette dignité, Les archi-rabbins dans les villes royales et seigneuriales exerçaient les fonctions de juges. Ce pouvoir était bien grand parmi les juifs, car les condamnations à la peine de mort et à l'exil, selon les lois israélites, étaient dans leurs attributions.
Nous ne pouvons pas omettre ici ce que le cardinal Commandant, nonce du pape à la cour de Sigismond-Auguste a dit des Juifs, bien que Ton ne puisse l'accuser de les avoir favorisés. Voici ses propres mots :
«On trouve encore en ces provinces une grande quantité de Juifs qui n'y sont pas méprisés, comme en plusieurs autres endroits. Ils n'y vivent pas misérablement de lâches profits, des usures et de leurs services, bien qu'ils ne refusent pas ces sortes de gains, mais ils possèdent des terres, s occupent du commerce et s'appliquent même à l'étude des belles-lettres, particulièrement à la médecine
et à l'astrologie; ils ont presque partout eu la commission de lever le droit des entrées et du transport des marchandises. Us peuvent prétendre à une fortune assez considérable, et non-seulement ils sont au rang des honnêtes gens, mais quelquefois ils leur commandent. Ils n'ont môme aucune marque qui les distingue des chrétiens; il leur est même permis de porter l'épce. et d'aller armés. Enfin, ils jouissent du droit des autres citoyens,. »
Nous faisons observer que Commandoni parle des Juifs des provinces méridionales, où il a voyagé, en adressant des reproches aux Polonais d'avoir accordé de pareilles libertés aux infidèles.
Les persécutions religieuses ont été introduites en Pologne par l'influence étrangère. Commandoni prodigue des louanges singulières aux Juifs de l'Ukraine ; il dit, qui] confiait ses lettres aux Juifs et que l'un d'eux qui était docteur (assurément Simon de Gintzbourg), avait son entrée chez le roi.
Malgré la censure , nous trouvons quelques traces de la littérature israélite en Pologne. Il parait que les censeurs ne savaient pas ce qu'ils lisaient, car il y a des livres autorisés par eux, dans lesquels les Juifs se moquaient des cérémonies chrétiennes. Nous citerons ici l'ouvrage «/orf Chazakan d'Aron de Kazimierz, dont la publication était permise par le Consistoire archidiocésal de Gniezno en l'année 1557. Il ne manquait pas aussi décrits malicieux de la part des chrétiens. Czackidit: que Przeclas Mojecki, en 4598, et Mierzynski, en16!8, ont publié tout ce que l'animosité fanatique a pu dicter au zèle religieux. L'un d'eux
t Vie du cardinal Commandoni, par Gralien, traduit par Pléchier. fa* rit, 1&U, pag, 190.
îc
accusait les Juife de sortilège ! À Gracovie parut un ouvrage, eu 4648, sous le titre : Libertinage effréné de* Juife. Un autre, sous celui : Lamentation des enfants égorgés par les Juifs. Et beaucoup d'autres, dont le titre seul prouve ou le manque de bon sens, ou la perversité des Jésuites.
Le médecin Sleszkowski , jaloux des Juifs qui avaient le bonheur de guérir les malades, écrivait contre eux et exigeait qu'iVleur fût défendu de visiter les patients. Il mit à la tète d'un écrit ces mots étranges :
« Preuve évidente que tous ceux qui ont recours aux médecins juifs et tartares, livrent non seulement leur ame, mais aussi leur corps à la destruction et à la damnation. Cette preuve est écrite par un moine et éditée par le docteur Sleszkowski en Tannée 4623.» Ce lâche opuscule était réimprimé à Craco vie en Tannée 4649. Cet infâme auteur, dans son dernier écrit, n'avait pas de honte de soutenir que la peste et la famine sont l'effet de la colère divine contre les Polonais qui donnent asile aux Juifs.
Nous devons maintenant parler des efforts que Ton faisait pour changer les Juifs en Polonais. Nous avons vu qu'en s'écartant de la politique de Ca*imir-le-Grand, en persécutant les Israélites, en permettant aux écrivains fanatiques de livrer au mépris toute une race d'hommes innocents et d'exciter la population superstitieuse contre eux ; nous avons vu, qu'au lieu d'attirer, d'éclairer, de rao* raliser, enfin changer en bons citoyens, les uns, et par conséquent les rendre agréables et utiles aux autres, une haine implacable et réciproque s'en suivit.
Au commencement du règne de Sigismond-Àuguste, la Statut lithuanien a admis à la noblesse 1 les Juifs convertis que Czacki appelle Néophiles,
1 Statut lithuanien, art. i-tl.
« Aveugles sont ces Juifs du grand-duché de Lithuanie, qui ne veulent accepter ni les privilèges de noblesse, ni la véritable foi en Dieu!» s'écrie Grabowski dans son ouvrage sur les Israélites, publié à Cracovie, en 1 64 1 . Donc le titre de noble, ou la plus haute prérogative du citoyen, ne suffisait pas pour que les Juifs, méprisés, persécutés, abjurassent la religion de leurs ancêtres et sacrifiassent à X intérêt leurs convictions intimes. Il nous semble qu'il faudrait plutôt admirer leur persistance que de la condamner, car la foi ne se vend pas ; personne ne l'achète : c'est un trésor de la conscience , auquel Dieu seul a le droit de toucher. Aussi, y avait-il peu d'Israélites qui profitèrent de cette loi ; quelques familles seulement abjurèrent la religion de Moïse et se firent chrétiens. Mais la conduite des catholiques envers les néophytes était atroce. Ils les appelaient avec mépris przekszty , ivykszty. Ce mépris atteignait et enveloppait jusqu'à leurs neveux et arrière-neveux, et même se faisait jour dans les débats et les décisions des Diètes.
Lorsque les enfants de néophytes avaient acquis des biens et acheté des terres , l'envie des nobles obtint une loi, en 1764, qui leur ordonnait de vendre ces terres sous peine de confiscation. La Constitution de 4768 a aboli cette loi barbare. Cependant, le sort des néophytes est resté tel, que, repoussés parleurs nouveaux co-religion air es, méprisés et haïs parles nobles, ils ne faisaient plus que le rebut de la société. Aussi, leurs enfants ou petitsenfants, dès qu'ils entendent prononcer le seul nom de Juif rougissent-ils en frémissant. Au résumé, ils font semblant d'être ennemis des co-religionnaires de leurs ancêtres pour flatterie noblesse qui les méprise eux-mêmes. Il existe encore jusqu'aujourd'hui des familles de néo-
phytes, annoblies par cette loi. Parmi les plus remarquables sont celles de Lelewel et de MalachowskiV Le premier de Lelewelî, était, dit-on médecin du roi, et, pouravoir heureusement réussi à guérir son nain (fou), on lui donna un village, des armoiries, et on le fit chrétien. D'autres soutiennent quil est venu de Hollande comme chrétien et qu'il avait oblenu seulement la noblesse et la fortune en Pologne.
Dans toutes les positions sociales , dans toutes les opinions politiques, parmi les savants et les littérateurs, on trouve des familles et des noms honorables qui tirent leur origine de la race israélite, il serait trop long de les énumérer ici, et le cadre de notre livre n'y suffirait pas, quelques uns se trahissent par la terminaison de leur nom, d'autres ne diffèrent en rien de la dénomination des familles nobiliaires. Presque tous, vu la réprobation générale qui s'attache en Pologne au nom de juif, cachent soigneusement leur origine. D'autres se distinguent dans leursécritset dansleurs paroles, par la haine qu'ilsportent
t Ce mot Malach est un mot hébreu qui signifie ange. La terminaison ski se trouve dans presque tous les noms de famille de Pologne, elle équivaut à la particule de qu'on trouve avant les uoms français d'origine nobiliaire. Pan Tarnowski veut dire seigneur de Tarnow. Pan Zamoiski, seigneur de Zarooec. Il est possible que le premier des Malachowski, en adoptant la religion catholique, se nomma Malach. Malachowski par son nom, voulait sans doute indiquer qu'il remplissait une mission de Malach, une mission évangélique.
2 Lelewel. Ce mot dérive de deux expressions hébraïques Lo-lehewel, ce qui veut dire : ce n'est pas en vain, comme si l'on voulait dire, qu'en adoptant la religion catholique il n'a pas fait une chose stérile.
Que les nobles familles polonaises ne s'offusquent pas de ce que nous rappelons ici leur origine. Nous remplissons un devoir, en écrivant l'histoire des Israélites polonais, de mentionner les noms des patriotes distingués et des hommes capables qui sortirent de cette race.
à tour» ABcieui coreligionnaires, comme s'ils voulaient, par cette triste politique, se faire pardonner la tache de leur naissance. Nous nous étonnons que quelques hommes d'un talent remarquable, d'une position plus élevée, n'aient pas le courage de lutter contre les préjugés et de prendre la défense des Israélites méprisés et persécutés.
La France leur offrait cependant un tableau qui aurait dû les consoler. Ici les Israélites sont arrivés aux positions sociales les plus élevées. Il ne manque pas parmi eux de noms illustres qui honorent les arts et les sciences. Ce n'est une honte, ni un malheur que de tirer son origine d'une race qui a tant souffert, et dont les destinées ne sont pas encore accomplies.
Le reproche que nous faisons aux chrétiens polonais qui tirent leur origine de la race Israélite, ne sont pas sans quelques nobles exceptions ; nous en parlerons et nous reviendrons à ce sujet losque nous traiterons des efforts de 1 émigration et des sectes religieuses.
Néanmoins, les efforts des Jésuites, les écrits, les imprimés, les prônes et les différents moyens que le fanatisme poussé jusqu'à la frénésie, avait dictés, excitaient la haine publique contre les Juifs, au plus haut degré.
Sous Ladislas IV et sous Jean-Casimir qui lui-même avait été jésuite, et ne savait pas remplir ses propres serments, comme Ladislas ses engagements envers les Turcs, cette haine implacable, produisit des carnages inouïs Les paysans et les cosaques massacraient les Juifs par milliers 1 . Il est vrai que quelques Israélites, en louant les
1 La supplique au roi, le 12 mai 1670, imprimée par les Juifs à Varsovie : f Nous avons déjà lavé nos yeux, nos bourses sont déjà vides, tout • le monde nous écorche, beaucoup de nous sont morts de faini, etc. t
propriétés des nobles, en se permettant d'opprimer par cupidité les paysans, avaient mérité la punition, mais fallait* il se venger sur une race tout entière, assez malheureuse déjà? fallait-il massacrer les ouvriers innocents et inoffensifs, ainsi que les savants et d'honnêtes artisans?
Ainsi, les Juifs, réduits à gémir dans le plus grand malheur, attendaient un Messie. Sous Jean-Casimir, un certain juif nommé Sabbatha Zewy, s'est donné pour Messie à Gonstantinople. Quelques Polonais de l'Ukraine et d'autres pays voisins, avertis de cet événement (voyez plus loin le chap. sur les sectes), avaient fait des visites jusqu'en prison, où ce prophète se trouvait. Cependant Nechemi, l'un des Juifs polonais, avait prouvé au gouvernement de la Turquie la fausseté de l'imposteur, et le ridicule dont les Turcs se couvraient en le protégeant 1 .
A la même époque, avait lieu l'interdiction des sciences mathématiques chez les Juifs. La cause de cette ridicule mesure n'était autre que parce que BaruchSpinosa, dans ses théories, employait la géométrieàl'appui de ses doctrines*.
1 Ce fait est mentionné dans la bibliothèque Zalmki.
2 Les Juifs se soulevèrent contre Spinoza. Orobio \ qui vivait alors, écrivit coûtée son système plein d'impiété. On ne se tint pas aux écrits; car il fut excommunié, et un Juif zélé lui donna un coup de couteau en sortant de la comédie *\ Voilà les systèmes principaux de Spinoza : il enseigne qu'il n'y a dans l'univers qu'une substance unique; que Dieu est celte substance, cl que tous les autres élres qui existent, n'en sont que des modifications. Ce système est fondé premièrement sur cette maxime qu'une substance ne peut engendrer une autre substance, et que rien ne peut être créé de rien. Il implique contradiction que Dieu travaillé sur le néant. Il est impossible que le néant soit le sujet, et la matière sur
' Isaac Orobio cerlamen philosophie um adv. Job, Brocdenb. principe Amstaet, 1705.
** Bosnage, Histoire des Juifs, tome m, page 87,
- Eh 'Palmée 4670, il était défendu aux fabricants isràclites d'avoir des chrétiens pour ouvriers. 11 ne leur était pas permis d'affermer aucune branche de revenu public, ni de prendre pour l'argent prêté plus de 20 pour 400 d'intérêt. Il n'y aurait rien à reprocher, quant à cette dernière disposition, si, dans ce temps-là, elle était appliquée à tous les habitants du pays et non pas aux Juifs seuls.
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laquelle Dieu à travaillé. 11 est done impossible et contradictoire que le monde ait pu être créé. Ce premier principe est emprunté des Cabbalistes et des anciens philosophes. Le second principe de Spinoza est qu'il n'y a qu'im« seule substance, parce qu'on ne peut appeler substance que ce qui est éternel, indépendant de toute came supérieure, qui existe toujours par §ôi-mémê et nécessairement. Comme il n'y a que Dieu qui existe de toute éternité, par lui même, indépendamment de tout autre cause, il faut avouer que si la définition est bonne, il n'y a point d'autre substance dans l'univers que Dieu. Les cabalistes disent comme lui que c'est le vulgaire des philosophe» et théologiens qui a imaginé un monda matériel composé de substances différentes, et distingué de Dieu, car il vaudrait autant dire que Dieu a produit les ténèbres, le péché et la mort, que de scftftajftr que Dieu a créé des substances seirtibîes et matérielles, différentes 4P &a nature et de son essence ; car la matière n'est qu'une privation de la spiritualité, comme les ténèbres sont une privation de la lumière, comme le péché est Une privation de sainteté, et la mort une extinction de la "vie. Les cabalistes s'accordent encore avec Spinoxa, en ne m«mi$sant qu'une seule et unique substance ; malt cet impie fait cette substance matérielle, afin de faire un Dieu corporel» et anéanlir la spiritualité de cet être qu'on r.c conçoit qu'avec peine, elque bien des gens ont rejelée avant fui. Enfin, qu'il en soit, on trouve les fondements du spinozisme dans la théologie des cabalistes, que Spinoza a seulement revêtue de ce que le Catthjêsianime a pu lui fournir, pour ctançonner un édifice qui menace ruine de toutes paris. Les uns et les autres reconnaissent cju'il n'y a qu'une seule substance, laquelle est éternelle, indépendante. Les uns et les autres disent que cette substance n'a point créé le mpnde, parce que rien ne peut se faire de rien, mais qu'elle s'est seulement modifiée d'une manière différente dans les corps et dans les esprits; et que ces trois principes, qui leur sont communs, sont le caractère du tpfaûthme.
C'est à tort qu'on imputait aux Israélites la trahison dans les guerres avec la Turquie. Nous croyons que cette accusation, contre toute la race, est absolument injuste, car s'il se trouve un individu assez lâche pour être espion, faut-il en rendre responsable tous ses coreligionnaires?
On portait envie à tous les Israélites qui avaient accès chez le roi. Les jésuites surtout s'efforçaient de les en écarter. 11 y avait des panégyristes parmi les Juifs. Ils appelaient les rois, Fils du. soleil, Rois des rois, Sauveurs de la nation, etc. Cela prouve que les Israélites, en général, cherchaient, dans le pouvoir de la couronne, un abri contre les intrigues et les persécutions des jésuites et de la noblesse insensée.
Sous Jean III, un Juif, favori du roi, a fourni l'occasion à la circulation de quelques anecdotes , qui prouvent son influence et ses capacités.
Les décisions de la Diète de i717, qu'on peut lire dans le Volumine legum, attestent que les paysans, excités par les prêtres fanatiques, se livraient à toutes sortes d'injustices contre les Israélites, vu que ces lois les prennent sous leur protection. Et, en effet, en considérant que ces pauvres • paysans, épuisés par les exactions et la corvée sous le gouvernement de la noblesse frivole, républicaine et anarchique, étaient eux-mêmes de malheureux esclaves, on concevra que les Juifs , pourchassés par eux, n'étaient alors que les esclaves des esclaves.
L'autorité supérieure de l'église catholique envoyait, vers cette époque, des missionnaires aux synagogues. Ils y discutaient avec des rabbins et savants. Quelquefois, les prêtres entraient par force dans les synagogues. A Lemberg, en l'année 4721 , l'évêque Szamowski, accompagné de la force armée, y avait pénétré, malgré les prières
prit le bâton de pèlerin, laissa son collègue à Amsterdam, et erra de pays en pays, de ville en ville, jusqu'à ce qu'il revint à Wilna, sa viile c natale, où on le reconnut et le dénonça à la justice. On l'arrêta, et, bien qu'il protestât qu'il n'était pas le comte Potocki, on le martyrisa tant, en lui brûlant les talons avec un fer chaud qu'il fut forcé d'avouer tout ce qui s'était passé.
Étant en prison, chargé de lourdes chaînes, il employa tout son temps à vouloir convertir à la religion juive ses amis et ses parents qui venaient le voir souvent, mais qui se moquaient de lui comme d'un fou.
Enfin, ses juges le condamnèrent, d'après la loi, à être brûlé f . Amené devant le bûcher, oh il devait trouver une mort horrible. Le courageux Potocki eut encore la force d'adresser ces paroles aux nombreux spectateurs : « Ne croyez point, que c'est une vengeance ou une justice que vous exercez ici, non ! ne le croyez pas; je meurs volontiers pour l'amour de la vérité, je me fais martyriser par vos mains, trempées du sang innocent, pour l'amour d'une religion, la seule vraie et la seule juste. » Et, après avoir prononcé : Schemah Israël (écoute Israël, notre Dieu est le Dieu unique, etc.), il se précipita sur le bûcher. Les Juifs de Wilna ramassèrent ses cendres et les enterrèrent à leur cimetière. Le Gaon Elias, grand-rabbin de Wilna, prit le deuil pour ce martyr, pendant une année entière, de plus, il fit prier tous les jours, dix des plus pieux Israélites, pour l'àme de ce noble défunt, et encore à présent, on fait une prière tous les ans à Panniversaire
t Au temps de Gornieki, on faisait brûler de môme les catholiques qui devinrent prosélytes juifs, sur la place publique à Oaeovie. (Voy. 17/itloire des Slaves, par Maciejowski, I. 3, p. 207 ï et les œuvres de Gornieki, I. 4, p. T.)
de sa mort dans toutes les grandes synagogues de la Pologne 1 .
Le condisciple de Potocki pensant que sa conversion au judaïsme rendait désormais impossible son mariage avec une catholique , avait presque complètement oublié sa jeune fiancée ; celle- ci lui donna la plus grande preuve de son amour, en lui écrivant ce qui suit : « Deux amis erraient dans un bois; enfin, l'un d'eux découvrant leohemin droit , n'en fit point part à son ami et le laissa errer. C'est ainsi que tu fais avec moi. »
Alors le jeune homme la fit venir à Amsterdam» où elle adopta également la religion juive, et ils yvcélébrèrent leur union 1 .
Cette prière s'appelle en hébreu ; El malé rachemim. a Voyez la biographie du comte Pulocki (GHèr-ledéek); éd.Wilna, 1805.
Soas Stanislas- Auguste, l'attention publique a été attirée par la question des Israélites. On a pensé à des réformes. On a aboli le pouvoir pernicieux des rabbins fanatiques. On a promis à ceux qui s'adonneraient à l'agriculture de les libérer de l'impôt personnel. « Et déjà j'ai eu, dit Czacki, la satisfaction de voir quelques familles, lors de mes fonctions dans le comité des finances, jouir de la liberté. » Cet honorable citoyen, ce Polonais éclairé, cet homme, dont la mémoire doit être à jamais chère, et que nous indiquons comme un modèle aux hommes d'État, qui devront s'occuper de la question des Israélites, était ap-. pelé à la commission législative, et, après avoir mûrement pesé la condition des Juifs, il avait élaboré une œuvre qui est destinée à servir de base et de guide à tous
tes esprits éclairés et à tous les cœurs généreux dans cette importante question. Ce même homme, étant membre de la grande Diète, avait publié un projet dé réforme pour le$ Israélite*, qui serait sans nul doute adopté, si la Pologne n'était pas envahie et partagée par ses perfides voisin».
Ce plan ou projet est tellement important que nous le donnons en entier :