ACTE PREMIER
HENRI
Vous ne répondez rien? Ah ! ces craintes qui retenaient jusqu'ici un aveu sur mes lèvres, ces craintes étaient donc fondées? (Avec donicur.) C'est donc bien vrai que vous ne m'aimez pas?
MARIE, à moitié folle.
Mais... je n'ai pas dit ça!
HENRI, avec joie.
Quoi?
MARIE, se souvenant.
Nous vous aimons aussi.
HENRI
Quel bonheur!... (il loi prend la main,) MARIE, fait un mouvement pour la retirer, puis, la laisse dans celle du jeune homme.
Ahl... (a part.) Sij Paula me l'a permis!.,.
HENRI, portant la main à ses lèvres et la couvrant de baisers. Chère Marie!
MARIE, retirant sa main arec effroi.
Ali ! non ! non ! pas ça ! •
HENRI
Mais, Marie-..
MARIE, toute tremblante.
Vous aviez raison, monsieur, il va faire de l'orage... Voilà le ciel qui se couvre... il va pleuvoir, rentrons ..
HENRI, l'arrêtant.
Marie! de grâce!... un instant encore? (La nuit vient peu à pou, et l'orage accompagne la fin de celle scène.) Ne SOmmes^nOUS pas à l'abri sous ce dôme de verdure?
MARIE, de plus en plus émue.
Mais voyez?... Il fera nuit noire tout à l'heure... et puis, les arbres attirent la foudre... Ma sœur me croit cachés dans ma
chambre, comme d'habitude, et si elle me savait dehors, elle gronderait. Rentrons... non, laissez- moi rentrer.
HENRI, suppliant.
Oh! je vous en conjure! On est si bien ici... le vent, dans ces arbres, a des harmonies si douces!... Ces fleurs ont un parfum si pénétrant!... Oh! Marie! mon âme gardera éternellement le souvenir de l'heure où nous sommes! Entendez-vous la pluie sur les feuilles, et au loin, le sourd grondement du tonnerre?... Voyezvous, au milieu des éclairs, nos horizons chéris? Là-bas est la demeure que vous aviez rêvée, la demeure qui vous attend, qui VOUS appelle! (Marie, à demi brisée, est tombée peu à peu, assise auprès de Henri, immobile, le front baissé; tout à coup, elle porte la main à ses yeux.) Des larmes! vous pleurez, Marie?
MARIE
Oui... je ne sais pas ce que j'ai! j'ai froid!.,, je souffre!... il me semble que je vais mourir!... (Avec un soupir.) Oh! je suis bien heureuse !
HENRI, avec transport.
Marie!... ma femme!... (il a effleuré de ses lèvres le front de Marie.)
MARIE, comme sortant d'un rêve. '
Ah ! (En ce moment, Paula paraît à droite, et Georges monte les marches au fond. Il est en équipage de chasse; courant se jeter dans les bras de Paula, toute honteuse.) Paula!... Il m'a embrassée!
GEORGES, souriant.
Eh bien , Marie, c'est le baiser des fiançailles ! *
MARIE, courant à Georges.
Ah! Georges! (Elle se jette dans ses bras.)
GEORGES," tendant la main à Henri, tout en tenant Mario. Monsieur de Francheterre, vous la rendrez heureuse!...
* Henri, Georges, Marie, Paula.