PAULA, GEORGES
GEORGES, à part.
Cette petite fille terrible! avec ses réflexions... (Haut.) Que ditesvous, Paula, des folies de cette chère enfant? Aller s'imaginer qu'Henri ait pu être, un seul instant, sensible aux grâces de madame de Ménioles! cela n'a pas le sens commun. Vous ne doutez pas d'Henri, n'est-il pas vrai?
* PAULA
Non, Georges. Il ne songe pas plus à la baronne que la baronne * Paula, Georges.
ne songe à lui; cela est bien certain. Seulement... je crois que M. de Francheterre a subi, comme tout autre eut pu le faire à sa place, le prestige de la beauté, des«ëlégances toutes parisiennes de madame de Ménioles! L'amour chez vous, messieurs, ne remplit jamais complètement le cœur! il y a toujours une petite place pour l'orgueil.
GEORGES, riant.
Mais c'est véritablement une coalition.
PAUL A, vivement.
Oh! Georges, ce sentiment n'est pas, croyez-le bien, un crime à mes yeux... Et ... moi par exemple, vous m'aimeriez un peu moins aujourd'hui qu'autrefois, que je ne vous en voudrais pas, que... je le comprendrais même.
GEORGES
Que voulez-vous dire? Expliquez-vous! explique- toi, Paula?
PAULA
Dis-moi, Georges, bien vrai? est*ce qu'il ne t'est pas arrivé quelquefois de jeter en arrière un regard de regret? Voyons ! quand tu te souviens de la chanteuse aimée que tu voyais jadis suitla scène de ses triomphes; quand tu songes à la Paula d'hier, dont le nom était dans toutes les bouches, et quand tu regardes ta Paula d'aujourd'hui, ta Paula bien simple, bien ignorée... est-ce que l'artiste alors ne nuit pas à la mère?
GEORGES
Paula! vous êtes folle!
PAULA
Oh! que non! sois franc; du reste, c'est notre sort «à nous. On nous aime trop un moment pour nous aimer toujours.
Paula! tu ne m'as jamais parlé ainsi.
'PAULA
.Non, je sais bien. Mais ce que jeté dis là... vois-tu, il y a un an que j'hésite à te le dire... N (Après U n moment de silence.) Voyons, Georges... encore une fois, sois franc, tu t'ennuies ici?