ACTE DEUXIÈME. tt
GEORGES, «'efforçant de rire.
Quelle idée!... pourquoi nVennuierais-je ici plutôt qu'ailteurs?
PAULA
Oui; tu t ennuierais partout, n'est-ce «pas?
GEORGES
Mais non, ce n'est pas cela que j'entends.
PAULA
Pourquoi ; n'i rions-nous pas vivre à Paris?
GEORGES
Pourquoi? Mais vous le savez bien/Paula : notre fortune ne nous le permet pas. II est de ces noms qui exigent un faste, un train de maison que nous ne pourrions pas soutenir...
PAULA
Ah ! si tu ne m'avais pas connue pourtant ?
GEORGES
Si je ne t'avais pas connue, ma chère Paula, j'eusse vécu de même en exilé, attendu que les raisons qui existent aujourd'hui existaient avant que je te connusse.
Oui; mais tu aurais pu faire un brillant mariage.
GEORGES
.Allons, Paula 1 ce sont là toutes paroles inutiles.
PAULA, sonôsuBt.
Oui, le mal est fait!
GEORGES, so levant.
Ah ! je ne sais en vérité sur quels soucis tu as marché ce matin
PAULA
Écoute donc, Georges, en te voyant toujours sombre, agité, est-ce qu'il n'est pas bien naturel que je fasse toutes ces tristes réflexions? est-ce qu'il n'est pas bien naturel que j'en vienne à ' croire que. .. je te gène ?
GEORGES
Ah! Paulal... comment un mot semblable a-t-il pu tomber de ta bouche?
PAU LA, vivement.
Oui, ouï, c'est mail pardonne-moi !.. . Mais que veux-tu? je me fais mille reproches... et je pleure quand je suis seule. Je me dis : c'est la fatalité qui s'est attachée à moi! A peine sa femme, cette voix qu'il aimait tant, qui l'avait fait m'aimer peut-être , elle s'éteint tout à coup. J'ai une enfant... une fille, et il faut que cette fille soit...
GEORGES
Tais-toi 1 tais-toi, Paula... Est-ce ta faute, voyons?... et ne comprends-tu pas que je dois t'aimer plus encore en pensant à ce que tu dois souffrir et comme artiste et comme mère ?
PAULA
Oh! merci, Georges!... merci!... C'est ton cœur qui vient de parler.., et je vois que tu m'aimes encore. Laissons toutes ces folies.
GEORGES
Tu n'auras plus de mauvaises pensées? *
PAULA
Non!
GEORGES
A la bonne heure! Mais, en vérité... (Riant à demi.) Ah! c'est égal, les choses s'arrangent étrangement dans la vie!
PAULA
Comment?
GEORGES, embarrassé.
J'avais quelque chose à te dire, moi aussi... touchant un projet que j'avais conçu, mais... tu viens, sans y songer, de me fermer la bouche.
PAULA
Georges, ne me punis pas d'un mouvement que je n'ai pu retenir; parle, je t'en prie. (Elle s'assied.)