‹ Les ivresses;Chapitre 4 sur 111 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

PAUL A, MARIE; Paula est assise à gauche, un livro à la main, Marie semble rêver a demi penchée sur l'appui de la terrasse. On entend an loin le son du cor *•

PAULA, qui regardait Marie, après nn assez long silence. Ta pensée voyage, Marie?

MARIE, s'éveillant

Oui.

Où va-t-elle?

* Paula, Marie.

PAULA, souriant.

MARIE

Elle va au-devant de monsieur mon frère; et je me demande quel plaisir il peut trouver à courir ainsi tout seul à cheval, les bois et les vallées, à la poursuite de ces pauvres chevreuils qui ne lui ont jamais rien fait.

Ohl les gentils animaux auxquels ta pitié s'intéresse n'ont pas grand'chose à craindre de mon mari ; Georges n'est pas un chasseur bien féroce.

MARIE

Non, c'est vrai, mais alors, qu'est-ce qui le pousse donc à partir ainsi, dès le lever de l'aurore avec sa bruyante meute qui, chaque matin, me réveille en sursaut?

PAULA

Le besoin d'exercice probablement.

MARIE

Le fait est que M. de Limours ne saurait tenir une heure e place. Ainsi, à peine est-il assis qu'il se lève. C'est tout au plus s'il nous laisse le temps de diner, et il passe la 'moitié des nuits à se promener dans son appartement à la lueur dçs bougies, ou dans le parc à la lueur des étoiles. On dirait un lion en cage.

PAULA, à part.

Oui, c'est vrai.

MARIE

C'est nerveux, cela. Dis donc/Paula, qu'est-ce qu'on pourrait donc bien lui faire boire pour le calmer?

PAULA, avec une émotion contenue et s' efforçant do sourire.

Georges' avait autrefois une existence des plus... actives. Il voyageait sans cesse, et... les horizons de notre Touraine sont peutêtre trop bornés pour sa vue, habituée jadis aux horizons sans limites.

MARIE

On ne peut pas, cependant, passer sa vie à découvrir l'Améri-

Page 1