ACTE DEUXIÈME
HENRI
Oh!
MARIE, s'animant. ,
Qui est changé de nous deux? Est-ce moi? Est-ce vous ? je veux que vous me répondiez, monsieur, ou bien... je ne vous donne plus le bras de huit jours... et puis, je ne vous aime plus après.
HENRI, embarrassé.
Marie... devant une telle menace... il faut bien...
MARIE
Certainement, monsieur.
HENRI
Eh bien... s'il faut vous l'avouer, je voudrais... je désirerais qu'avec ce tact exquis que possède ma jolie fiancée, elle prît... de la femme dont elle parlait tout à l'heure, certaines... manières, certaines... allures... enfin... ce je ne sais quoi qui donne aux moin-, dres ajustements de Paris ce qui manque peut-être un peu à ceux de la Touraine.
MARIE, éclatant.
Dites tout de suite, monsieur, que je suis mal mise, que je suis fagotée l que je sui3 mal élevée, sans grâce, sans tournure, sans esprit, sans rien du tout.
HENRI, voulant la calmer.
Oh! Marie!...
MARIE
C'est bien, monsieur, c'est bien. Je dirai à mon frère quo vous ne voulez plus être mon mari, et j'épouserai un bon gros Tourangeau bien vilain, mais qui ne rougira pas de moî.
HENRI
Mais si je vous ai dit cela, Marie, c'est au contraire parce que je vous trouve si parfaite pour... tout le reste que je voudrais que le regard, même le plus aristocratique, ne se reposât sur ma jolie fiancée qu'avec une entière complaisance.
MARIE
C'est-à-dire que, pour qu'une femme vous plaise, messieurs, il faut qu'elle plaise d'abord à tout le monde. C'est-à-dire qu'une fois voire femme, pour conserver quelque charme à vos yeux, je devrai passer au milieu des modistes et des couturières tout le temps que j'aurais pu passer avec vous. C'est-à-dire enfin que, pour garder votre cœur, il me faudra devenir indifférente, légère, mordante et coquette l Eh bien, il suffît, monsieur Henri. J'irai demander des conseils aux, femmes que vous me désigne? pour modèles, je les copierai de tous points, et nous verrons bien si, quelque jour, vous ne regrettez pas la petite provinciale, la petite pensionnaire.
HENRI
Marie, cemprenez-moi !
MARIE, se retournant, arec des larmes.
Oh I je vous comprends bien, monsieur, je comprends que votre orgueil parle, plus, haut que votre amour ; je comprends que vous vous êtes déjà laissé enivrer par le prestige des élégances parisiennes I je comprends enfin que vous ne m'aimez pas comme je vous aime !
HENRI
Marie ! Marie !