ACTE TROISIÈME
PAUL A , reprenant sa fanage gaieté* Gela doit me coûtep fort peu, du reste, et le sacrifice que je fais au monde n'est pas bien grand ; car, en vérité, c'est à qui me fera fête, et, s'il m'est réellement permis de regretter mes solitudes, c'est seulement quand je pense à Madeleine, à ma chère petite ûlle, que vos bruyantes fêtes intéressent fort peu... (tout en parlant, elle prête l'oreille et se dirige vers la porte an fond à gauche) et qui jouait si bien avec la neige des acacias et avec la neige de décembre. (Elle Ta vivement près de la porte.)
GUIBERT, allant à Paula.
Qu'avez-vous, comtesse?
PAULA, se réveillant.
Ah! comme je parlais de Madeleine, j'ai cru justement entendre du bruit chez elle... mais je me suis trompée! (A part.) Ce n'est pas encore lui 1
GUIBERT, bas, a André.
La pauvre femme! elle avait cru que c'était Georges.
André, bas.
Parbleu I
GUIBERT, bas.
Mais quelle est donc cette femme qui...?
ANDRÉ, bas.
" La comtesse Éva, j'en jurerais I
GUIBERT, surpris.
Madame de Ronzoff!
paula.
Quoi donc?
Rien, rien, comtesse.
PAULA, à part.
Oh! ils interprètent sans doute l'absence de Georges; je suis peut-être l'objet de leur pitié. Oh! mais je neveux pas qu'on me
plaigne. (Haut, el da même ton que précédemment.) Mon Dieu ! que je SUIS donc contrariée que Georges ne rentre pas...
ANDRÉ, naïvement.
Est-ce qu'il y a longtemps qu'il est sorti?
PAUL A, à part avec joie.
Ah ! ils ignorent. . . (Haut.) Mais oui, très-longtemps . . . (Gaiement.) Je pavais fort bien hier soir qu'il lui faudrait s'envoler ce matin avant l'aube pour ses maudites affaires; car les gens qui remuent les paperasses se lèvent au chant du coq, et nous sommes encore dans les paperasses jusqu'au cou. J'avais donc souci par avance de la fatigue qui attendait le comte, et, je vous l'avoue* messieurs, je maudissais tout bas votre jeu, qui se prolongeait si tard. Vous avez peut-être remarqué qu'à tout instant je regardais la pendule. .
G U I B E R T, naïvement.
Non, madame.
ANDRÉ, le poussant.
Oui, oui, en effet.
GUIBERT, à part.
Je comprends, la vérité, o'est Georges.
PAU LA, à André.
U ne faut pas m'en vouloir. Quant à M. Guibert, je n'ai pas d'excuses à lui adresser, puisqu'il n'a rien vu...
Mon Dieu, madame, vous comprenez...
PAULA
Je comprends que vous êtes un joueur endurci, que vous allez nous donner une reprise de Trente ans, que vous serez bûcheron sur vos vieux jours et que, par une nuit d'orage, vous tuerez bel et bien votre fils unique dans la forêtNoire. (Paula prêtant l'oreille; à part, avec une douleur contenue, après avoir regardé la pendule.) Une heure 1 Rien encore!... (chancelante; elle va s'appuyer contre la table.) On n'a donc plus de pitié... quand on n'a plus d'amour? Oh 1 j'étouffe 1