ACTE TROISIÈME
GUIBERT, s' asseyant près d'elle.
Comme cela, madame ; ohl je n'avais pas tous mes moyens... Votre grand diable de romanée avait, je l'avoue, embrouillé quelque peu mes idées.
PAULA, avec le même rire forcé tout le temps. Ahl ahl cher monsieur Guibert; c'est qu'aussi il vous arrive parfois de tomber dans le péché de gourmandise. ANDRÉ, debout près de Pau la.
C'est un peu votre faute, comtesse ; car, depuis que nous avons l'honneur de compter parmi vos hôtes, vous nous gâtez singulièrement.
PAULA, riant.
Ah ! monsieur de Fugères, vous n'avez pas voix au chapitre, car vous êtes d'une sobriété de marabout.
GUIBERT, regardant Paula, à part.
Elle a pleuré à chaudes larmes, c'est positif. 11 y a comme un sillon rouge sous ses grands yeux.
PAULA, rencontrant le regard de Guibert, très enjoué. Eh! mon Dieu! comme vous me regardez, monsieur Guibert? Gageons que vous faites la même remarque que, ce matin, je faisais moi-même.
CUIBERT.
Quelle remarque faisiez-voi. s donc?
PAULA
Hélas ! en m'éveillant, je me suis aperçue que j'étais laide à faire peur. (Elle éclate de rire.)
GU 1BERT, troublé, se levant.
En vérité? C'est donc alors que je vous aurai mal vue, madame, car je vous trouve justement plus charmante que jamais. PAULA .se lève, et peu à peu se dirige vers la cheminée.
Oh! vous, vous êtes un flatteur, mais mon miroir, lui, n'est pas courtisan. Et la fin de tout ceci est que j'ai l'air d'une morte. C'est
la fatigue, notez bien; aussi, ma foi, suis-je tout à fait décidée à me mettre en retraite ; et, pour commencer, j'ai renvoyé le plus gracieusement possible (elle prend la lettre sur la table) la très-gracieuse invitation de madame de Ronron* pour son prochain bal; mais... (riant en posant la lettre sur la cheminée) je mourrais véritablement à la peine... Ah I bien décidément, l'air de votre Paris ne me vaut rien du tout.
Ah ! dame, ce n'est plus là l'air de votre Tonraine.
PAU LA, arec nn mouvement réprimé aussitôt.
Oh I non... mais... (vivement) mon cher Georges se plaît tant icL (Elle passe devant André.) Et c'est bien naturel, après tout, puisqu'il y retrouve tous les plaisirs dont il était sevré depuis si longtemps, et il est bien naturel aussi qu'il rattrape le temps perdu, n'est-ce pas?
ANDRÉ
Certainement... Et... d'ailleurs, les plaisirs de Paris n'ont véritablement qu'une saison, celle où nous sommes, et... dans quelques mois, Georges sera certainement tout heureux de retrouver le calme inspirant de vos chères vallées.
PAUL A, mfane jen que précédemment.
Vous croyez ?
ANDRÉ, ému. •
J'en suis sûr! (a part.) Pauvre femme 1
GUIBERT, à part.
Comme elle a dit cela !
Il n'y a qu'un peu de patience à avoir.
PAULA, de même.
De la patience 1... Oh! j'en ail
GUIBERT, àpart.
Décidément, il y a une grande douleur là-deséous.