ACTE TROISIÈME
ANDRÉ
On pourrait du moins s'entendre, dresser ses batteries.
Cela n-'empêche pas de donner un quart d'heure à celte chère petite. (Tirant sa montre). Tenez, il est une heure quarante-cinq ; eh bien, à deux heures sonnantes...
ANDRÉ, tirant la sienne.
Je lui consacre dix minutes-. Quelle heure avez-vous ?
Une heure quarante-cinq.
ANDRÉ
Très-bien, nous allons ensemble 1
GUIBERT, allant chercher Marie, qui est près de la cheminée, et la faisant passer an milieu.
Que se passe-t-il, mademoiselle Marie? Vite, vite, nous n'avons que dix minutes.
MARIE, étonnée.
Dix minutes!
Oui, allez, allez.
MARIE, très-vite.
Eh bien, figurez-vous, messieurs, que, me souvenant de ce que m'avait- dit un jour M. Henri, et croyant lui plaire, j'ai dit à la couturière de madame de Ménioles de me faire une toilette toute pareille à la sienne; j'ai dit à son coiffeur de me composer la même -coiffure ; et, il y a trois jours, au bal de madame de Cernay, le premier bal auquel j'assistais depuis notre arrivée à Paris, j'ai fait mon entrée dans les salons avec madame de Ménioles; on nous aurait prises pour les deux sœurs ; j'avais, comme elle, une robe qui ne tenait pas, et qui menaçait sans cesse de quitter mes épaules; on m'avait mis tout un jardin sur la tête, et javai3 un éventail tout pareil au sien, et, comme elle, un bouquet de lilas blanc grand comme, une maison. Savais même la petite mèche, vous
Savez ? (impatience d'André. Goibert fait un geste suppliant) la petite mèche qui lui caresse toujours le front. Cette maudite mèche me faisait loucher quand elle ne m'éborgnait pas, mais je ne songeais pas à me plaindre, parce que je me disais : « Je vais avoir un grand succès ! et M. Henri sera enchanté. »
Eh bien?
MARIE
Eh bien, il a été joli, mon succès t tous ceux qui s'étaient récriés d'admiration à la vue de la toilette de madame de Ménioles, riaient et chuchotaient de me voir ainsi affublée... Les hommes faisaient de grands yeux, et les femmes en faisaient de tout petits... comme cela... Puis M. Henri est arrivé, et il m'a fait une scène affreuse, et j'ai été obligée de quitter le bal sans même avoir dansé, et Paula, qui était souffrante et qui ne m'avait pas vue partir, m'a grondée bien fort quand je suis rentrée; j'étais pourtant en tout semblable à madame de Ménioles. Je ne sais plus comment faire, moi... (Elle va s'asseoir sur le canapé et pleure.)
Le fait est que je m'y perds.
ANDRÉ
Vraiment ? Eh bien, vous n'êtes pas encore un fort nageur, vous. (Tirant sa montre.) Plus que cinq minutes et demie. GUIBERT, tirant la sienne.
Pardon, six 1
ANDRÉ
Dépéchons-llOUS... (Allant a Marie et s'asseyant sur la chaise placée à la droite do canapé.) Chère enfant, vous avez été sans le vouloir, la plus grande politique du monde. M. de Francheterre était fou et vous Favez. forcé de reconnaître sa folie ; et il sait, je l'espère, que* les ailes des diables et les ailes des anges ne doivent pas être taillées sur le même patron... c'est parfait.
MARIE
Mais ce n'est pas parfait du toutl II me boudé depuis ce moment-