ACTE TROISIÈME. k
ANDRÉ
Mais au fait, tu ne pourras peut-être pas t'échapper.
GEORGES
Je ne pourrai peut-être pas m'échapper? Qu'entends- tu par là?
ANDRÉ
Eh bien, est-ce que tu ne vas pas au bal de notre belle Moscovite?
GEORGES
Ah 1 ouï, en effet, je Pavais oublié.
ANDRÉ
On s'amuse beaucoup,dit-on, chez madame deRonzoff; mais, c'est égal, je doute que ses fêtes soient aussi brillantes à Paris qu'à Pétersbourg,
GEORGES
Ah ! tu étais reçu chez la comtesse?
Oh! mon Dieu, oui... comme tout le monde... Ah I l'on était fort à son aise là-ba3... l'étiquette en était impitoyablement bannie... Il y avait, là, toute la jeunesse russe, de la demi-noblesse... beaucoup d'artistes, peu de femmes.»., c'était très-gai. On mangeait des fraises en disant du mal des Polonais, cpmine dans les meilleures maisons.
GEORGES, avec on mouvement.
Comme dans les meilleures maisons?... Vais il me semble que madame de Ronzoff...
ANDRÉ
Oht madame deRonzoff est, assurément, une comtesse très-authentique : elle a épousé le comte de Ronzoff, un officier de grand mérite qui a été tué dans la guerre du Caucase par Schamyl en . personne, parbleu! Eh! tiens, au lait, ce fameux Schamyl, dont vous avez fait ici des mélodrames... c'est justement dans les salons de la comtesse que je l'ai vu pour la première fois,
m LES IVRESSES.
GEORGES
Gomment! elle a reçu l'homme qui...?
ANDRÉ
Oh ! après son deuil, bien entendu ! (Georges ne peut réprimer un mouvement de colère... André a part.) J'ai touché juste... c'est elle 1
GEORGES, après un temps* Et que... disait-on de madame de Ronzoff, à Pëtersbourg?
ANDRÉ
Ce que Ton en dit à Paris... que c'est une jolie femme»
GEORGES
Et... quoi encore?
Qu'elle aimait les diamants, les bonbons et les voyages... Ah! Ton disait aussi que, quoique fort peureuse, elle n'avait jamais peur la nuit.
GEORGES, après on mouvement et se contenant à peine*
As-tu bien compris? Es-tu sûr de posséder à fond toutes les finesses de la langue russe?
ANDRÉ
Mais, mon ami, tout le monde parle français à Pétersbourg?
GEORGES, même jen.
Ahl oui... c'est vrai.
ANDRÉ
Du reste, sa cour était fort nombreuse. On offrait volontiers de se ruiner pour elle, et quelques grands notas venaient parfois se glisser entre chien et loup sous la porte de son boudoir... C'était chaque jour une averse de cadeaux et de pistaches... mais je dois . à la vérité de dire que quelques-uns de ceux qui envoyaient à madame de Ronzoff les plus belles fleurs de leur serre, ne la saluaient pas toujours au théâtre.
GEORGES, éclatant. ;u
Calomnies ! j'en suis sûr !