ACTE TROISIÈME
ANDRÉ
Georges, qu'as-tu donc?
GEORGES, se remettant.
Moi?.... Mais rien! (s'efforçant de rire.) Allons, conviens que tu n'aimes pas madame de Ronzoff.
ANDRÉ, froidement.
J'aime mieux convenir que je la hais.
GEORGES
Et pourquoi la hais-tu?
ANDRÉ, lui tendant la main.
Parce que je t'aime, Georges.
GEORGES, troublé.
Que veux-tu dire?
ANDRÉ
Oh! tu le sais bien, allons! joue donc franc jeu avec moi.
GEORGES
Je ne te comprends pas.
ANDRÉ
Georges, tu adores Éva.
GEORGES, vivement.
Au nom du ciel ! tais-toi, André!
ANDRÉ
Tu en conviens donc enfin? A la bonne heure; et le tribunal te tiendra compte de tes aveux; mais, voyons, maintenant allons droit au but: qu'as-tu décidé? que vas-tu faire? Cette liaison coupable, vas-tu la briser ?
GEORGES, avec un effort.
Je l'ai brisée déjà.
ANDRÉ, avec joie.
Bien vrai?
GEORGES, même jeu.
Oui... ce matin même... je venais à peine de...
ANDRÉ
De quitter la comtesse.
GEORGES
Oui... j'ai fait portera son hôtel une lettre... d'adieux... Dans cette lettre, je reprends ma liberté 4 et je lui rends la sienne.
ANDRÉ
C'est bien... mais ce n'est pas tout... Il faut fuir, et, tiens, si tu le veux, nous fuirons ensemble... nous marcherons... nous marcherons jusqu'à ce que le souvenir t'ait quitté; nous partirons demain, Georges.
GEORGES, avec une furie qui augmente peu à peu.
Oui... oui... c'est cela... nous partirons... il le faut ! car, vois-tu bien, si je me trouvais en face d'elle! si j'entendais encore sa voix de sirène; si mon regard encore s'arrêtait sur ses yeux... je perdrais... toute ma force, tout mon courage..* et je veux en finir... je dois la quitter !... Encore une fois, il* le faut 1 Car, entre nous, tu comprends bien qu'il y a de certaines exigences auxquelles je ne peux pas me soumettra î Et puis... c'est affreux 1 mais il n'y a pas à dire, je le sens bien... chaque jour, en dépit de tout, en dépit de moi-même, mon cœur S'éloigne davantage des êtres qu'il chérissait jadis. Mais... six mois seulement encore de cette vie et j'en viendrais à les renier tout à fait ! à les haïr peutêtre 1 Et si cela arrivait... il est clair que le monde n'aurait pas assez de mépris à me jeter à la face!... Et ce serait justice, entre nous, n'est-Ce pas? Il faut donc que je la quitte... Il faut donc que je la fuie! Et même, ai-je besoin de la fuir? Non..; je l'aurai oubliée dans huit jours... C'était uu moment de folie, le cœur n'y était pour rien! j'étais enivré, voilà tout... tout autre l'eût été comme moi!... Elle est si belle ! il y a tant de séductions dans un seul de ses sourires... Tout est charmes en elle, tout, jusqu'à ses dédains... Tu ne la connais pas, toi, tu ne l'as vue que dans le monde; mais, quand elle b© livre... cette femme, vois-tu 1 c'est un abime d'amour... On veut se retenir; mais le vertige vous saisit;