‹ Les ivresses;Chapitre 85 sur 111 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

des heures du jour et de celles de la nuit pour dépenser notre jeunesse. Mais maintenant... ah! maintenant c'est autre chose... (Baissant la voix.) Le bruit de l'or, féclat des lumières... Enfin... j'en rougis, mais, au lever de la souriante aurore, ma raison se noyait tout à fait au fond de la coupe pleine que je portais encore machinalement à mes lèvres... Traduction libre, j'étais un peu... PAULA, souriant, mais avec uno sorte de honte.

Oh ! monsieur...

GEORGES, enchanté du succès de son mensonge.

Revenu ici, je me rendais bien compte du désordre qui devait régner sur mon front et dans mes yeux; j'entendais môme encore résonner à mon oreille les échos de notre folie nocturne, et, craignant qu'ils ne fussent perceptibles aussi pour toi, j'ai crié bien fort pour couvrir leurs voix, et j'ai eu tort, et je m'en repens ; mais j'ai mieux aimé tout t'avouer, autrement tu pouvais peut-être soupçonner encore autre chose...

PAUL A, souriant. •

Et je n'y eusse pas manqué, croyez-le bien !

GEORGES

Vraiment l

PAULA

Ah ! confession pour confession... et la tienne m'a fait du bien, je te le jure. Ah ! cette nuit, je dormirai.

PAULA

Rien, rien, tout est oublié... et je ne me souviens plus de mes chagrins, j'ai oublié mes insomnies. Vide tes coffres si tu veux, vide la tonne d'Heidelberg si tu peux... ruine-moi... bats-moi.,, tue-moi, ça m'est égal... mais ne me trompe pas, Georges.

GEORGES, très-ému.

Paulaî... mon amie... (a part, en l'embrassant.) Oh 1 cette vie de perfidies et de mensonges ne saurait durer.

PAUL A , loi serrant la matai Maintenant tu peux t'en aller.

GEORGES, embarrassé* Tu me renvoies?

PAU LA

Et ton rendez-vous!

GEORGES

Oui, c'est vrai... mais je puis le manquer, si tu le désires...

PAU LA

Pourquoi le désirerai-je? Va, adieu., (a part.) Il m'aime toujours! sainte Vierge je te remercie. (Un temps ; hésitation de Georges qui finit par aller a la cheminée prendre son chapeau. Paula le regarde. Georges se retourne pour prendre congé d'elle, et descend vivement h elle.)

GEORGES

Mais il y a encore des larmes dans tes yeux, (n tire son mouchoir.)

PAULA, avec ivresse.

Ah ! ce sont des larmes de joie. . . des larmes de bonheur 1

Mais enûn ce sont des larmes, et, dans ces beaux yeux-là... je ne veux plus que des sourires, (il essuie délicatement les larmes de Paula avec son mouchoir. Tout à coup, celle-ci fait un brusque mouvement en arrière et retient le mouchoir.)

GEORGES

Qu'as-tu donc?... t'aurais-je fait mal?

p A U L A , s' efforçant de sourire .

Oui... un peu.

GEORGES, inquiet.

Ah!

DOMINIQUE, annonçant.

M. le duc de Latouche-Mézeray.

GEORGES, avec joie.

Ah ! (il remonte.)

PAULA, cachant le mouchoir a. part.

Il y a des armes sur ce mouchoir. (Elle passe à gauche.)

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