‹ Les ivresses;Chapitre 89 sur 111 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

pas ? c'est peut-être votre main Beulernent qui a versé le poison. Il paraît que le comte a perdu des sommes folles.

MÉZERAY, ahuri.

En... en effet, madame.

PAULA

Cent mille francs, je crois ?

MÉZERAY, vivement.

Oui... justement 1

PAU LA, ironiquement. Merci bien 1

MÉZERAY, à part.

Ah ! je devine... Ma foi, l'occasion est trop belle, et, après tout, Georges en aime une autre.

PAULA

Allons, duc, encore une fois, soyez donc plus gai... N'avez-vous pas une histoire à me raconter, quelque trahison ! quelque perfidie? Rions de ce que vous voudrez. On rit de tout dans votre pays, de la vertu, de l'amour, des serments, de l'honneur... Nous n'avons que l'embarras du choix ; rions donc, monsieur le duc.

MÉZERAY, avec sentiment.

Comtesse, j'ai lu dans votre cœur. Ne me demandez donc pas de rire, demandez-moi plutôt de pleurer.

PAULA

Pleurer! vous, duc? Vous pleurez donc quelquefois? qu'est-ce qui vous a appris?

MÉZERAY

Ah! comtesse!

PAULA, à part, avec rage et tombant assise à droite. Mais elle ne viendra donc pas?

MÉZERAY, avec chaleur.

Voyons, madame, que se passe-t-il en yous? Vous souffrez je

le répète... Mais qu'est-ce qui vous fait souffrir? Confiez-le-moi... Voulez-vous que je sois... votre ami?

PAULA, encore plus fiévreuse.

Mon ami? vous voulez être mon ami? Ah 1 mais... prenez garde! l'amitié chez nous engage beaucoup... Si je vous disais par exemple (jouant avec un stylet qui .est sur la table) : « Il y a au monde une

femme qui a pris mon repos, mon bonheur! Cette femme, je la hais! je l'exècre! » que feriez- vous?

MÉZERAY, reculant.

Comtesse!

PAULA, posant le stylet et éclatant de rire.

Vous voyez bien que vous ne pouvez pas être mon ami. MÉZERAY, s' approchant d'elle, à demi yoîx avec tendresse. Pardon, madame, mais chez nous... on se venge autrement...

PAULA, regardant le duc bien en face.

Ah! et comment se venge- t-on?

MÉZERAY

Laissez-moi vous regarder 1 vous admirer!

PAULA, de même.

Je vous demande comment on se venge chez vous, monsieur le duc?

MÉZERAY, avec passion et allant saisir la main de Paula.

Oh ! que vous êtes belle! Paula ; je vous aime ! PAULA, se levant, et avec un cri.

Ah ! à genoux, monsieur le duc ! à genoux, et demandez-moi pardon !.. . vous m'avez vue brisée de douleur et de jalousie, et vous avez osé croire que la jalousie et la douleur me jetteraient dans vos bras? Mais... est-ce que vos femmes, est-ce que vos mères se vengent ainsi? Oh! alors, tant pis pour vos femmes et tant pis pour vos mères! A genoux, monsieur le duc, à genoux !

MÉZERAY, s' inclinant.

Oui... oui... m'y voilà!... grâce ! grâce!... si vous voulez que je vive, pardonnez-moi !

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