ACTE QUATRIÈME
RICHARD, an peu entonné.
Oh ! vous le savez, madame... la Comtesse de Limeurs aime peu le monde...
HÉLÈNE, a voix basse.
Oh! moi, je le hais!... et si je suis venue à cette fête, c'est pour vous, pour vous seuil
RICHARD, inquiet.
Madame... prenez garde! M. de Puitjallon nous observe.
HÉLÈNE, bas.
Oui, vous avez raison! Mais je suis si troublée! si émue! Ah! vous le comprendrez, mon ami , quand vous saurez la résolution que j'ai prise!...
RICHARD, effrayé.
Quelle résolution t
HÉLÈNE, lai glissant son carnet dans la main. Tenez!
RICHARD
Votre carnet?
HÉLÈNE
Vous trouverez quelques lignes qui vous diront tout !
RICHARD, inquiet.
Marquise...
HÉLÈNE
Monsieur de Celves, je n'ai plus au monde qu'un protecteur, et ce protecteur, c'est vous!... La comtesse !
RICHARD
Que veut-elle dire? (Il va pour ouvrir le carnet, Éva parait et l'en empêche.)
ÉVA
Eh quoi ! messieurs, vous êtes en fuite ? Est-ce que la garde se rend, monsieur de Celves? Ah! M. de PuitjaUon a donc enfin quitté les cartes! Et vous, monsieur de Mézeray? Ah! mon- Dieu! quel air sombre! On dirait que vous voulez me dévorer! Eh bien, voyons, faites quelque chose au moins. Tuez-moi , ou dansez.
440 a LES IVRESSES.
MÉZERAY, arec un sourire forcé.
Sérieusement, ai-je le choix, comtesse?
ÉVA, à part.
Ah 1 ah! il y a encore un ennemi par-là!
RICHARD, qui a parcouru le carnet en cachette, poussant un cri d'effroi. Ah ! mon Dieu ! (il semble très-agité. )
MADAME DE MÉNIOLES.
Comtesse, j'espère que ces méchants bruits, qui annonçaient votre départ, sont enfin dissipés. Vous nous restez, n'est-ce pas?
ÉVA
Hélas! vraiment, je n'en sais rien encore. J'attends. Je ne sais trop ce que je veux. Mais il est bien certain que le spleen m'arrive dès que vous tous me quittez, et que votre Paris est mortellement ennuyeux en décembre. Il y neige comme chez moi. Ce matin, je regardais à travers les vitres, et je cherchais vraiment des moujicks dans la rue.
Que faire, grand Dieu?
ÉVA, continuant.
Je voudrais un tout petit rayon de soleil ; je voudrais revoir l'Italie et puis bien d'autres choses. Mais je suis encore à Paris et je donne un bal. Or donc, messieurs, tans pis pour vous, mais il me faut mes danseurs.