AVANT-PROPOS
gislre des Vrais Amis de la Conslilulion nouvelle, commence le i" janvier IJQI et finit le 3o frimaire an IL c'est-à-dire le 20 décembre ijg3.
Le second, intitulé Registre de la Société Populaire et Montagnarde de Provins, commence le 3 nivôse an II (23 décembre ijg3) et finit le 10 germinal an ÎII (3o mars i'2g5).
C'est proprement au dépouillement et à Vanalyse de ce double recueil que f ai consacré ce travail.
Publier in-extenso ces documents souvent oiseux, parfois insipides, m'eût paru dépasser le but au lieu de ratteindre. J'ai pensé rendre au lecteur un plus réel service en lui offrant^ à l'aide de ces pages vivantes, un tableau scrupuleusement exact de l'état des esprits dans une petite ville de province pendant la période révolutionnaire.
Puisse mon humble étude ajouter une pierre, si minime qu'elle puisse être^, à l'édifice si laborieusement complexe de l'Histoire générale de la Révolution.
« Un seul horrune ne peut suffire à explorer tant de sources si dispersées. Aussi, un tableau approfondi et complet de la France révolutionnaire est-il actuellement impossible à tracer. On peut du moins dépouiller un certain nombre de documents méthodiquement choisis et en tirer une sorte d'esquisse incomplète et provisoire, qui sera utile si on ne la donne que comme incomplète et provisoire, qui aidera d'autres travailleurs, et qui rendra possibles d'autres esquisses plus satisfaisantes. »
(A. AuLARD. Taine historien, chapitre m.)
La Société sollicite l'affilialion aux Jacobins do Paris et l'obtient. — Législation originale contre le duel. — Cérémonie en l'honneur de Mirabeau. — Projet de supprimer l'armée. — Projet de supprimer les officiers. — L'évèque Thuin à Provins. — Les cendres de Voltaire à Provins,
La première réunion de la Société populaire de Provins eut lieu au n" 487 de la rue de V Etapeau-Vin, le i^' janvier 1791, l'an II de la Liberté reconquise.
La rue de V Etape au-Vin n'était autre que la rue actuelle de la Cordonnerie*, Quant à ce numéro 487, il pourra surprendre quelques lecteurs. Je rappellerai à cette occasion que le numérotage des rues obéissait alors à un système très diflérent du nôtre. Les numéros ne formaient pas de séries distinctes répondant à ï telle et telle rue. Ce n'étaient pas celles-ci qui
* Voir à la Bibliothèque de Provins : i° Rivot, t. VI, f° loii ; 2° Raffier, manuscrit 96 (87), f° 367; 3° Nomenclature des rues de Provins, par Privé, greffier; 4° les titres de propriété de la maison occupée aujourd'hui par l'étude de M, Aubineau, notaire.
3 LKS JACOBINS PEINTS PAR EUX-MKMES
étaient numérotées par maisons, c'était l'ensemble des maisons composant la ville qui se trouvait divisé en autant de numéros distincts qu'il y avait de maisons. L'hôtel de ville était pris pour point de départ; tous les numéros
rayonnaient du centre à la circonférence. Le
numéro le plus élevé indiquait le total des maisons de Provins.
Ce premier numérotage de la ville de Provins remontait à une date encore bien récente, exactement au 2/i novembre 1769.
A tilre complémentaire je citerai, à la date du G octobre 1791, un arrêté du « conseil général de la commune pour le numérotage des maisons, l'inscription du nom des rues aux quatre coins, et les noms à donner à celles qui n'en ont pas ou dont le nom est ignoré, après avoir consulté les titres de propriété et la mémoire des anciens, afin de conserver autant que possible à chaque rue le nom qui lui est propre ».
(Voir Archives municipales de Provins.)
Le procès -verbal de la première séance, ou n'a pas été rédigé, ou n'a pas été conservé sur le registre. Mais, par celui de la réunion suivante, nous apprenons qu'elle fut présidée pçir
Lambert, cordonnier, comme président d'âge. Elle fut remplie entièrement par la lecture et par l'approbation du projet de règlement élaboré par les fondateurs. Ce document porte en effet la date du i" janvier 1791, et il est inscrit sur le registre immédiatement avant le premier procès-verbal.
Le premier acte de la Société fut nécessairement de constituer son bureau.
Dans la séance du 9 janvier, le scrutin ayant été ouvert à cet effet donna les résultats suivants :
Nombre de volants : i/i.
Sont élus :
Président : Arpin, avec 9 voix.
Vice-Président : Berthelin. Secrétaire : Golmet.
Voici les noms des votants, c'est-à-dire des Provinois que nous devons regarder comme les fondateurs de la Société :
Arpin, négociant. Gergonne, arpenteur.
Berthelin, cordonnier. Guillard.
Bénard. Lambert, cordonnier.
BiLLY, menuisier. Lefèvre.
BoussET. boulanger. Moreau, cordonnier.
Beaujeu, cordonnier. Marniot.
Golmet, notaire. Pot-de-Vin, m^ de vin.
Donnavy. Yarin, limonadier.
On remarquera que le nombre des soussignés est de j6, tandis que celui des votants n'est que de ï^. Il est vraisemblable que, par convenance, les deux personnes désignées d'avance au choix des électeurs pour les places de président et de vice-président se seront abstenues.
La Société, à peine constituée, a pour premier soin d'envoyer à la Société des Amis de la Constilution de Paris, dite des Jacobins, une adresse pour solliciter d'elle le bienfait de VaJJh Ration et pour se placer sous sa tutelle.
Toutes les pièces concernant cette démarche figurent en vedette aux premiers feuillets du registre. Les voici textuellement reproduites, et dans leur ordre :
1° Lettre par laquelle la nouvelle Société provinoise demande son ajjiliation à la Société de Paris :
(( Messieurs,
« Une Société des Vrais Amis de la Constitution nouvelle vient de s'établir en cette ville, le I" janvier, présent mois, l'an III de la Liberté reconquise (1791).
(( Les membres, zélés admirateurs de vos Iravaux, et pleins de ferveur, ont jurés (sic) de maintenir de tout leur pouvoir les décrets de l'Assemblée nationale accepté ou sanctionné par le Roy, de répandre jusqu'à la dernière goutte de leur sang pour le soutien de la Constitution et le maintien de l'ordre.
(( Ils désirent, messieurs, être affiliés à votre Société dont ils reconnaissent la justesse des principes Egalité et Liberté, comme de vivre libre ou mourir est leur devise et la base de ralliement.
(( Par leurs serments, les amis se sont engagés encore à dénoncer toutes prévarications qui leur seront connues, et tous individus qui pourraient porter atteinte aux décrets de l'Assemblée.
(( Nous nous flattons, messieurs, que la liaison intime qui va nous unir établira entre vous et nous une corespondance instructives et que vous voudrez bien regarder favorablement les vœux et les hommages de vos vrais amis et frères de la Société de Provins. »
(Suivent les signatures.) Noté en bas : Parti /e 2 /" 1791 .
2° Réponse favorable de la Société parisienne des Amis de la Gonslitulion (Jacobins) à la Société de Provins :
« Messieurs,
(( La Société des Amis de la Constitution a reçu la lettre par laquelle vous lui proposez une affiliation qui la flatte infmiment. Le devoir des bons citoyens est de former une sainte coalition pour le maintien de la Constitution. Nous voyons avec plaisir le zèle qui vous anime. Réunis pour le bonheur de la patrie, nous triompherons des obstacles, et la France devera son repos et sa tranquilité à l'union étroite des Amis de la Constitution, qui dans les différentes parties de l'Empire ne formeront bientôt qu'un même tout animé du même esprit et du même patriotisme.
(( Je me félicite de me trouver l'interprète des sentiments d'estime et de fraternité que nous vous vouons à jamais et dont nous vous prions d'agréer l'assurance la plus sincère. »
3" Discours prononcé par le sieur Le Berton * au nom de la Société des Amis de la Consliliiiion fondée à Provins pour demander r affiliation à celle de Paris.
« Monsieur le président, Messieurs,
(( Au moment où les Français viennent de recouvrer leur liberté et de faire une nouvelle constitution, l'Assemblée nationale a cru qu'il était de sa sagesse de saisir cette occasion pour authoriser (sic) les vrais patriotes à se réunir et à former des sociétés sous la dénomination de Sociétés des Amis de la Constitution,
« Votre patriotisme, messieurs, vous a portés à donner l'exemple à toute la France en vous
*Le Berton (Jacques-Denis-Louis) fut une des plus curieuses figures militaires de la Révolution et de l'Empire. Il s'engagea en 179 1, et c'est ce qui explique pourqvioi son nom disparait presque aussitôt de la Société populaire. 11 passa au bout de peu de temps aux Hussards de la Mort; et après une carrière assez tourmentée, absolument héroïque, fut fait général de brigade par Napoléon, en 181 4» à la suite d'une charge conduite par lui devant Reims. En i84o, ce fut le général Le Berton qui eut l'honneur de porter l'épée de l'Empereur à la cérémonie du transfert des cendres de jNapoléon aux Invalides.
réunissant les premiers dans cet endroit pour déconcerter les abominables complots que les ennemis de la Constitution n'ont jamais cessé de faire pour détruire ou retarder les sages et pénibles travaux des représentants de cette nation. Un exemple si généreux a été imité par une infinité de villes du royaume.
(( Soyez convaincus, messieurs, qu'il y a longtemps que la ville de Provins désire aussi vous suivre dans la route du civisme. Mais, messieurs, l'aristocratie, ce monstre acliarné à faire le malheur de la France, a tant de fois contrecarré les patriotes de cette ville, que ce n'est qu'après avoir évité une infinité d'écueils qu'ils sont parvenus à se réunir (en petit nombre, il est vrai) pour former une Société d'Amis de la Constitution.
(( Ce coup de hardiesse de la part des patriotes provinois leur donne la perspective flatteuse que l'avenir leur procurera la plus douce satisfaction de faire des prosélites et d'augmenter leur société. C'est alors, messieurs, qu'ils se croiront heureux, mais leur bonheur ne serait parfait s'ils étaient privés de l'honneur de vous être affiliés et unis par des liens sacrés, par votre patriotisme et le leur.
C'est pour parvenir à celte afliliation qu'ils désirent ardemment, que je suis chargé d'avoir l'honneur de vous présenter leur supplique. * (( Daignez donc, messieurs, jeter un regard fraternel sur les patriotes Provinois en les affiliant à votre respectable société, et, au nom de cette fraternité si chère à des Français, daignez établir, avec la Société de Provins, une correspondance que l'amour de la patrie fait désirer. (( Recevez dès à présent, messieurs, par mon organe, l'assurance de la plus vive reconnaissance de la part de cette nouvelle Société d'Amis de la Constitution, au nom de laquelle j'ai l'honneur de vous adresser la parole.
4° Réponse de M. Charles Lamettre (Lameth), président du Club des Jacobins, au discours de M. Le Berton de Provins.
(( Monsieur,
(( La Société saisira toujours avec empressement l'occasion de donner à ses frères des témoignages d'une sincère amitié. La demande que vous faites au nom de ceux qui composent
la Société des Amis de la Constitution de Pro-
lO LES JACOBINS PEINTS PAR EUX-MEMES
vins^ pour être affiliée, lui est extrêmement agréable. Le patriotisme et le zèle qu'ont mis ces vrais amis de la Constitution à surmonter les obstacles que les ennemis de la Révolution ont pu leur faire éprouver pour empêcher leur réunion, doivent lui être de sûrs garants que cette Société n'aura jamais rien de plus à cœur que de serrer de plus en plus les liens fraternels qui nous les unit à elle, comme de vrais amis de la Constitution doivent l'être.
(( La Société charge les commissaires d'établir l'affiliation par vous demandée, et de laquelle ils vous remettront une expédition.
(( Vous êtes, monsieur, invité d'assister à la séance et de déposer vos pièces sur le bureau. »
Tout d'abord, il est intéressant de constater que parmi les membres de la Société beaucoup appartiennent à la classe bourgeoise et même au clergé. A côté des tailleurs et des cordonniers, des aubergistes, des limonadiers et des marchands de vins, nous relevons les noms de Copin, curé, de Tondeur, curé, de Désert, vicaire, de Pichon, curé, de Lambert, curé, de Trépagne et d'Aubry, bourgeois, de Michelin, imprimeur. On le voit, presque toutes les