‹ Les Jacobins peints par eux-mêmes. Histoire de la Société populaire et Montagnarde de ProvinsChapitre 4 sur 19 · II · texte numérisé non relu

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classes de la société se trouvent réunies fraternellement aux séances de la rue de VElape-aa- Vin. La fusion y paraît complète.

Ce qui frappe particulièrement, c'est cette aflluence de prêtres dans la Société. Gela prouve tout au moins que, à cette date de la Révolution, non seulement le clergé était partisan des idées nouvelles, mais encore le peuple n'était nullement hostile au clergé.

On se tromperait grossièrement si l'on supposait un inslant que l'alTiliation aux Jacobins dût rester pour la Société provinoise à l'état d'alliance platonique. Au bout de peu de jours les consultations et les échanges d'idées entre la société mère et sa fille se succèdent avec rapidité.

Le 19 janvier, dénonciation de la Sociélé de Provins à celle de Paris contre les officiers du district. Ceux-ci se sont rendus coupables d'une négligence en n'envoyant pas à la commune de Gouaix les affiches de vente des biens du clergé. On les désigne tous par leur nom et on expédie aux Jacobins copie du cerlificat (sic) qui établit le fait.

A la séance suivante (2 3 janvier), on décide qu'une adresse sera envoyée aux Jacobins pour

dénoncer à ceux-ci que la ville de Provins manque des armes nécessaires à sa défense en cas de besoin.

A la même séance, une idée géniale illumine le cerveau d'un sociétaire. Considérant que depuis le commencement de la Révolution il y a désunion entre la garde nationale et les troupes de ligne, cet ingénieux Provinois pense que le moyen de remédier à ce regrettable état de choses serait bien aisé. Il s'agirait tout bonnement de donner à la troupe de ligne et à la garde nationale le même uniforme. La Société approuve l'idée et décide qu'elle sera suggérée aux frères de Paris.

Mais un incident plus mémorable que cette bouffonnerie signale cette séance. Je transcris le passage du procès-verbal sans y rien changer, pas même l'orthographe :

(( La Société des Amis de la Conslilution de Provins, leclure faite d'une déclaration de l'Evèque de Meaux sur les décrets consernant la constitution civile du clergé, dont plusieurs copie lui ont été remys, a voué le susdit imprimé à lexécration publique ainsie que son auteur, comme tendant à soulever les peuples et

contraire au bon ordre et aux principes de notre susdite constitution, que l'un de ses imprimé soit annexé au liasse des renseignements de la Société et l'autre lassérée et brûlée par les amis de la Constitution assemblé ce jourd'huit 8 heures du soir, et sera le présent procès-verbal envoyé à monsieur le Président des Jacobins pour lui en faire part à nos frères si le juge à propos, et ont signé... »

(Suivent 15 signatures.)

La question des armes est de celles qui préoccupent le plus vivement les patriotes provinois. Depuis les premiers jours de la Révolution ils ne cessent d'en demander. Mais la municipal'Ué aristocrate met toutes sortes de bâtons dans leurs roues. Il faut encore dans cette occasion que l'intervention des frères de Paris vienne en aide à ceux de Provins.

(( Tous nos ennemis sont armés ; nous sommes sans armes. Faites-nous envoyer des armes et des munitions, et veillez bien à ce que les cartouches soient de calibre I »

Les décrets de l'Assemblée et toutes les pièces officielles subissent des retards dans leur envoi et ne parviennent jamais assez vite au gré de

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l'impatience patriotique des sociétaires. Adresse à ce sujet sera envoyée aux Jacobins. Remarquons en passant que, si toutes les sociétés affiliées aux Jacobins de Paris sont aussi exigeantes que celle de Provins, la correspondance des Jacobins parisiens doit être bien chargée.

Qui se serait jamais attendu, en ouvrant ce registre, à y rencontrer un projet complet de législation contre le duel ? Telle est pourtant la surprise que nous réservent ces pages. Plusieurs des articles de ce code nouveau méritent d'être signalés.

(( Tout individu convaincu d'avoir tué un homme en duel, soit qu'il l'ait provoqué, soit qu'il ait été provoqué par lui, sera puni de mortj, et, comme tous les citoyens sont miHtaires, ces condamnés à mort seront fusillés par un peloton d'exécution composé par voie du sort entre les citoyens.

(( Tout individu provoqué en duel est tenu d'en faire immédiatement la déclaration à la municipalité du lieu.

(( Tout individu convaincu d'avoir servi de témoin dans un duel sera marqué à la joue T. p. significatifs des deux mots Témoin Duel (sic). y>

20 février. — Volé une adresse à l'Assemblée nationale pour demander la nomination des officiers de la garde nationale par le peuple.

Volé une adresse à l'Assemblée nationale pour demander que les obsèques soient désormais uniformes, égales pour les pauvres et pour les riches.

Voté une adresse à l'Assemblée nationale pour, de concert avec la Société de Marseille, demander Végalité dans le partage des successions et r unification des lois civiles.

Par décret en date du oo novembre 1790, sanctionné le 10 décembre suivant, un tribanal de commerce a été établi à Provins. Or, ce décret n'a pas encore élé envoyé k la ville à la date du 20 février 1791. Pourquoi ce retard? Deux lettres seront adressées à ce sujet, l'une a l'Assemblée nationale, l'autre au garde des sceaux.

Deux graves délits signalés par la Société :

1° La maison des Filles-Dévotes (ou Congrégation) a encore sur ses portes d'entrée des armoiries. Invitation à les enlever.

2° L'église de Sainte-Colombe conserve encore autour de ses murailles une ceinture funèbre chargée des armoiries des ci devant sei-

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gneurs de l'endroit. Invitation à cette commune à faire disparaître les traces de la tyrannie sous peine de passer pour regretter le régime disparu et pour ne pas aimer la Constitution.

2/i février. — Très curieuse motion. On demande à l'Assemblée nationale de décréter que tout Français s'expatriant pour plus d'une année et jouissant d'un revenu de plus de /i.ooo francs, s'il ne justifie pas des raisons de son absence, ait à payer le quart de son revenu au profit de la nation.

Adresse à la municipalilé de Provins pour que, conformément à l'article 58 du règlement sur l'organisalion des municipalités, elle publie, comme doivent le faire toutes les villes ayant plus de 4.000 habitants, ses comptes de recettes et de dépenses imprimés.

27 février. — On décide que désormais il n'y aura plus que deux séances par semaine.

2 mars. — Les finances ne sont pas brillantes. En recette 5i livres 6 sols, en dépense 36 livres i5 sols, solde en caisse i4 livres 10 sols.

10 mars. — On demandera à la municipalité la permission de transporter la salle des séances

dans une salle du couvent des R. P. Cordelicrs. Le 20 mars la municipalité consent.

20 mars. — Les curés sont tenus par la loi de lire au prône les décrets de l'Assemblée concernant le culte. Us s'y refusent obstinément. La Société informe la municipalité de cet état de choses et l'invite à faire respecter les décrets.

23 mars. — La Société adresse à la municipalité une demande pour que le Te Deum soit entonné par le plus ancien curé de la ville.

La Société est en relations avec les sociétés similaires de Marseille, Angers, le Mans, Versailles, Clermont-Ferrand, Lorient, Metz, la Rochelle, Grenoble, Sézanne, Arras, Caen, Avignon, Toulon, Rochefort, Agen.

27 mars. — Le curé de Soisy nouvellement reçu éprouve le besoin de monter à la tribune pour y pérorer sur les Droits de r Homme.

Le citoyen Michelin monte à son tour à la tribune et demande que désormais à la fin de la messe on chante :

Domine, salvam fac gentem I Domine, salvam fac legem I Domine, salvum fac rcgeml

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On décide qu'un Te Deiim pour le rétablissement de la santé du roi sera chanté à Saint- Ayoul par M. Tondu, curé de Soisy, membre de la Société, et que seront invités à y assister tous les ecclésiastiques fonctionnaires publics et toutes les autorités. Illumination de la salle des séances.

6 avril. — Une motion originale. Quelqu'un demande que les rois de France ne puissent désormais s'allier qu'à des Françaises.

Un membre plus sensé exprime l'opinion que le roi ne saurait être privé du droit de se marier à la femme qui lui plaît.

On arrête que la Société portera pendant huit jours le deuil de Mirabeau (2 avril 1791).

10 avril. — Le curé de Soisy paraît se faire une spécialité de l'explication des Droits de r Homme. Il se taille un nouveau succès en traitant ce sujet pour la seconde fois.

i4 avril. — Gros incident. La cérémonie en l'honneur de Mirabeau a été ordonnée par la municipalité avec une pompe magistrale. La Société populaire avait été invitée à prendre rang dans le cortège officiel. Par malheur, au moment de la formation du cortège, en sortant de l'hôtel de ville où elle s'était rendue, elle

éprouve une humiliation. Elle est victime d'une question de préséance. On passe devant elle I Elle se juge offensée et se retire.

20 avril. — L'affaire de l'insulte pour la question de préséance à la cérémonie de Mirabeau a des suites. La Société a dénoncé l'offense aux Jacobins parisiens; elle l'a dénoncée en même temps à l'Assemblée nationale ellemême. Tout cela paraîtra excessif. Mais ce qui le paraîtra davantage encore, ce sera le résultat de cette double dénonciation. Le lieutenant de gendarmerie, dont les cavaliers avaient — paraît-il — tenu quelques propos inconvenants pour la Société populaire, fait des excuses à la Société.

/i mai. — Un procédé excellent est adopté. Pour voter on se servira désormais de pois (sic) ou blancs ou rouges. Le rouge dira non^ le blanc dira oui. Très pratique, surtout pour des gens dont un certain nombre ne savent ni lire ni écrire.

II mai. — La Société de Caen soumet à l'approbation de sa sœur provinoise une motion assez originale et qui contraste singulièrement avec les nécessités et avec l'esprit de la France révolutionnaire. Elle propose purement et sim-

plement la suppression de V armée. Elle prend bien son temps.

i6 mai. — On lève la séance, faute de membres en nombre suffisant.

2 5 mai. — La Société de Cherbourg soumet à l'approbation de sa sœur provinoise une curieuse adresse qu'elle envoie à l'Assemblée nationale :

(( Considérant que l'incivisme des officiers des troupes de ligne est grandement reconnu ; que la plus grande partie d'entre eux se montrent à toute occasion les plus grands ennemis de la Révolution ; considérant, en outre, combien il est dangereux qu'ils demeurent plus longtemps à la tête des forces de l'Etat; qu'il est à craindre qu'ils n'abusent des droits de leur supériorité, et que, en cas d'une invasion des ennemis, ils n'allassent se joindre à eux et plongeassent ainsi l'Etat dans le plus grand désordre; la Société a arrêté, en conséquence, qu'il serait fait à l'Assemblée nationale une adresse pour demander :

(( i*" Le licenciement des officiers des troupes de ligne; 2° que ceux nommés à leur place d'après le nouveau mode que l'Assemblée aura adopté dans sa sagesse, seront tenus de prêter

serment entre les mains des officiers civils et signer le procès-verbal de la dite prestation. »

2G mai. — La Société, réunie en séance extraordinaire, arrête qu'une dépulation de 17 membres sera envoyée pour se joindre aux autorités et aux corps constitués dans la cérémonie de la réception de monseigneur l'évéque constitutionnel Thuin à son arrivée à Provins.

29 mai. — L'évéque Thuin a été reçu par les autorités et par la Société avec tous les honneurs dus à sa dignité. En sa qualité de membre de la Société jacobine de Meaux, il a rendu visite à la Société jacobine de Provins. Celle-ci a été très contente de son attitude. Une adresse est envoyée à l'Assemblée nationale, aux Jacobins de Paris et à la Société de Meaux pour relater le fait. Voilà un évêque qui ne manquera pas de certificats de bonne conduite.

8 j uin . — Une anecdote qui serait négligeable si elle ne prouvait pas à quel point les puissances légales commençaient à subir la domination de la Société.

Au milieu de la séance, un membre arrive du dehors. Il annonce qu'un bien triste événement vient de se produire en ville. Un perruquier a reçu un coup de fusil. Il est grièvement

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blessé. Le coup a été tiré par le ci-devant doyen du ci-devant chapitre de Notre-Dame. Accident ou crime, on ne sait. Le public, naturellement, accuse le ci-devant de préméditation. La Société populaire n'hésite pas à partager ce sentiment, disons cette conviction. Elle somme l'accusateur public de s'occuper immédiatement de l'affaire. Le magistrat est assez faible pour se mettre aux ordres de la Société et pour l'inviter à lui envoyer les noms et prénoms des témoins. La Société dresse à la hâte cette liste et la lui envoie.

i4 juin. — La Société, qui est établie au couvent des Cordeliers depuis le 17 mars, s'y trouve un peu trop à l'étroit. Elle a demandé à la municipalité l'autorisation de s'installer dans une salle basse de Notre-Dame-du-Val pour ses séances de la semaine, et dans l'égUse ellemême pour ses séances publiques des dimanches. Le i4 juin, la permission lui est accordée. Elle n'avait donc habité les Cordeliers que durant trois mois.

20 juin. — On nomme une commission pour prier la municipalité de demander aux Oratoriens qu'ils veuillent bien consentir à enseigner aux enfants de la ville les premiers principes

ô\i lalin, et en même temps les Droils de V Homme.

La Société populaire de Rochefort met en avant et communique h la Société de Provins une idée nouvelle. 11 s'agirait de venir en aide à l'Etat en lui procurant des troupes qui ne lui coûteraient pas d'argent. Voici le projet. On ouvrira une souscription pour lever et organiser des gardes nationaux destinés à renforcer l'armée active. Tous les Français qui, pour un motif quelconque, ne pourront pas marcher devront payer une somme d'argent destinée à payer ceux qui marcheront. C'est, sous une forme enfantine, la première idée du système du rachat.

20 juin. — La Société se trouve un peu à l'étroit dans le local que la municipalité lui a permis d'occuper au ci-devant couvent des Cordeliers pour ses séances. Elle prie la municipalité de vouloir bien mettre le comble à sa gracieuseté en l'autorisant à occuper, en outre, une autre salle destinée aux séances du Comité.

6 juillet. — Grande préoccupation provinoise :

Un décret de l'Assemblée nationale du

oo mai 1791 ouvrait au Panthéon les cendres de Yollaire.

La translation des cendres de Voltaire de l'abbaye de Sellières, près Romilly en Champagne, à Paris, fut l'occasion de fêtes nationales sur tout le parcours.

Provins fit à Yollaire une réception magnifique (7 juillet 1791). Dès le matin, un piquet de cavalerie alla au-devant de lui sur la rouie de Sourdun et lui fit escorte. Les officiers municipaux, les membres du conseil de la commune, ceux du directoire du district de Provins et une députation du directoire du département, sans compter les délégués de la Société populaire, allèrent le recevoir à la porte de Changis.

La on prononça de nombreux discours. Une circonstance faillit gâter la fête. Le char funèbre se trouva trop haut pour la porte et ne put passer. On fut forcé de le faire cheminer, vraisemblablement avec quelques difficultés, par les dehors (le long de la fausse rivière), et de le faire entrer en ville par la porte des Bordes. Cette partie du boulevard extérieur prit alors le nom de boulevard Voltaire, qu'il garda longtemps. On peut regretter qu'il ne l'ait pas con-

serve toujours en souvenir de l'événement.

Le lendemain, 8 juillet, le char funèbre, qui avait passé la nuit devant la maison de ville, se remit en marche avec la même pompe et se dirigea sur Nangis, où il reçut un accueil non moins patriotique.

Le rôle de la Société populaire dans cette grande solennité fut le suivant :

La municipalité de Paris avait envoyé à Provins à cette occasion un de ses membres, le sieur J. Charron, ancien président de la fédération.

Ce personnage officiel fut reçu en séance avec tous les honneurs auxquels il avait droit. Il prononça un discours auquel deux membres répondirent tour à tour. Puis on arrêta qu'une dépulalion de la Société accompagnerait le corps.

Enfin on obtint du sieur Charron la promesse qu'il ferait insérer son discours à la suite du procès-verbal de la translation des cendres du grand homme. Le sieur Charron accorda cette faveur à la société, et, par politesse exquise, demanda les discours des deux membres qui lui avaient répondu, afin de joindre ces discours au sien. Très bien élevé, le sieur Charron.

Il est bon de noter ici une particularité assez piquante. C'est que, treize années auparavant, le corps de Voltaire avait déjà traversé Provins, mais dans le sens inverse. On sait comment, à la suite de tracasseries de la part du clergé, le neveu de Voltaire avait été amené à transporter le cadavre de son oncle à l'abbaye de Sellières. Avec beaucoup d'habileté le mort embaumé fut fixé dans l'un des coins d'une chaise de poste et y fut installé de manière à figurer un voyageur vivant. Ce fut dans cet état qu'il passa à Provins le i" juin 1778. L'abbé Pasques, qui était alors âgé de trente-quatre ans, affirme dans son Histoire manuscrite de Provins avoir va le cadavre de Voltaire (( vêtu d'une robe de chambre et coiffé d'un bonnet de nuit ».

Bien que je laisse à l'abbé Pasques, historien de Provins, toute la responsabilité de cette anecdote, néanmoins je dois reconnaître que son récit n'est nullement en désaccord avec celui des biographes de Voltaire. Je transcrirai notamment les lignes suivantes que j'emprunte à la Vie de Voltaire, ouvrage anonyme paru à Genève en 1787 et qui a pour auteur l'abbé du Verne t.

(( On pouvait, dit l'abbé, contraindre le curé

de Saint-Sulpice à inhumer Voltaire, qui, né dans le christianisme, n'avait jamais dans le cours de sa vie rompu aucun des liens extérieurs par lesquels un catholique tient au giron de l'Eglise. Nulle censure ne l'en avait séparé. Mais on soupçonna que le jeune curé ne cherchait qu'à faire un éclat pour se donner de la célébrité, et l'on ne voulut pas lui en laisser le plaisir. La prudence des philosophes prévint le zèle des prêtres. On embauma le corps de Voltaire ; on obtint un ordre pour le faire sortir de Paris, et, pendant la nuit, on le porta dans une chaise de poste chez les religieux de Sellières, dont son neveu était abbé. »

Ces détails précis semblent confirmer la justesse des souvenirs de l'abbé Pasques.

20 juillet. — La Société populaire de Saint- Denis (près Paris) voudrait que chaque district se chargeât de fournir à l'armée deux canons. Le ministre de la guerre préférerait peut-être à ces canons-là l'argent nécessaire à les fabriquer.

7 août. — Les prêtres non assermentés ou réfractaires se réunissent au couvent de la Congrégation. Il faut les mettre en demeure de prêter le serment, puisqu'ils sont fonction-

naires. On envoie une adresse à ce sujet à la municipalité.

Un petit malentendu qui prouve avec quelle sotte exagération la Société de Provins monte la garde autour des décrets de l'Assemblée nationale. Dans les bois d'Armainvilliers. on confectionne des piquets de tentes pour l'Etat. Par erreur, les habitants d'Ozouer-la-Ferrière, commune voisine, ont cru devoir arrêter des chariots chargés de ces piquets. Informations prises, les chariots ont été relâchés. A cela se bornait l'affaire. Mais la Société populaire de Provins prend feu là-dessus, et elle envoie à ce sujet une adresse terrible à la municipalité pour dénoncer cet attentat.

19 octobre. — Les Oratoriens, insensibles à l'adresse de la Société, n'ont pas répondu. Peutelre se sont-ils dit : « De quoi se mêlent ces gens-ci .^^ Ce n'est pas leur affaire. » On décide qu'une députation leur sera envoyée. On y tient.

Dans toute société, la question qui prime toutes les autres, c'est la question des finances. Depuis quelque temps les recettes sont en souffrance. Chacun se refuse à l'obligation patriotique, des que, au lieu de paroles, il s'agit de

cotisation. Une mesure radicale est prise. On enverra aux sociétaires un avis pour les mettre au pied du mur : « Oui ou non, voulez-vous payer .^^ Si oui, vous restez des nôtres; si non, vous êtes rayé. On vous laisse jusqu'au i" novembre pour réfléchir. »

Langage clair.

2 2 octobre. — Un peu de gâchis. Le citoyen Yarin, trésorier, n'en veut plus, décidément. Comme on le suppose aisément, il est las de réclamer toujours des cotisations à des patriotes qui ne veulent jamais les payer.

i^"^ novembre. — Conformément à l'ultimatum lancé le 19 octobre contre les membres qui ne veulent pas répondre aux appels du trésorier, tous les récalcitrants sont déclarés déchus et cessent d'appartenir à la Société. Un nouveau tableau des sociétaires sera établi.

18 décembre. — Graves préoccupations relatives à la désertion des séances. On ne vient pas. Deux braves sociétaires se dévoueront et iront à domicile réchauffer le zèle des frères et tâcher de ramener au bercail ces brebis qui s'égarent.

19 décembre. — On redoute un danger. Il est question de supprimer deux paroisses. Dans

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le cas où celle de Sainte-Croix serait supprimée, des troubles sont à craindre. On écrit aux Jacobins. C'est le grand recours. Les Jacobins appelés à intervenir dans une affaire de cette nature, voilà une surprise à laquelle nous n'étions pas préparés.

A propos de ce projet de suppression de paroisses à Provins, je citerai les quelques lignes suivantes du Décret de V Assemblée nationale en date du 28 février 1792 (an IV de la Liberté) et promulguée par Louis, roi des Français par la grâce de Dieu et par la loi constitutionnelle :

Article premier. — Il y aura, pour la ville de Provins, une seule paroisse qui sera desservie sous le nom et dans l'église de Sainte-Croix. Les autres paroisses sont et demeurent supprimées, et ce conformément à l'article i5 du litre P' de la loi sur la constitution civile du clergé.

Art. 2. — La ville de Provins étant divisée en deux parties inégales et leur position rendant les communications entre elles très difficiles et souvent périlleuses, les églises de Saint-Quiriace et de Saint-Ayoul seront conservées comme succursales. Le ressort de chacune desdites suc-

cursales aura pour limites celles que le directoire du département a proposées dans son arrêté, lequel arrêté restera annexé au présent décret...

(Suit l'extrait du registre des délibérations de l'Assemblée directoriale du département de Seine-et-Marne.)

Quelqu'un propose de modifier le nom de la Société. Il exprime le vœu qu'elle s'appelle désormais Société constitutionnelle. Solution ajournée.

Règlement de la Sociclc. — Pierre Désert. — Christophe Opoix député de Provins ; son discours.

8 mai 1792. — Quatre mois d'intervalle entre la dernière séance et celle-ci.

Une lettre des administrateurs du district, en date du 26 avril, constate que la Société est en butte aux agissements de ses ennemis et qu'on cherche à la dissoudre. Du reste, on lui souhaite bonne vie.

8 mai. — Une lettre adressée par les Jacobins de Paris à un particulier de Provins lui demande des nouvelles de la Société. On s'inquiète à Paris de ce long silence. La lettre est signée Clavière. On voit par là : 1° que les Jacobins veillaient avec soin sur leurs affiliés; 2° qu'ils entretenaient avec des particuliers une correspondance et des relations susceptibles de les éclairer sur ce qui se passait dans les socié-

lés jacobines de province. Il est clair que la Société de Provins était honnêtement espionnée par un honnête mouchard, peut-être inconscient.

7 juin. — Un innocent propose d'avancer les fonds nécessaires pour l'achat de io8 almanachs du Père Girard, destinés à être offerts aux io8 maîtres d'écoles du district, avec une lettre-circulaire les engageant à élever les enfants d'après ce catéchisme. Accepté.

lo juin. — La Société semble renaître à la vie. Comme un navire qui s'est allégé de son superflu pour faire face à la tempête, elle surnage et vogue sans nouvelles menaces. Les adhésions se succèdent rapidement.

Un nouveau règlement est adopté. Comme il a été publié rarement des règlements de sociétés populaires, je publierai celui-ci in extenso :

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