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17 juin. — Le 10 juin 1792 a eu lieu la destitution du ministre Roland.
La Sociélé envoie à Roland une lettre pour lui afRrmer que « cette destitution lui crée un titre de plus devant le tribunal de l'opinion publique, toujours juste et impartiale ».
Un an plus tard, au 3i mai 1793, il sera piquant de se souvenir de cette lettre et de la rapprocher de celle par laquelle la Société félicitera la Convention d'avoir délivré la République des monstres fédéralistes. C'est ainsi que dans toutes les occasions nous verrons la Sociélé prompte à sceller de son approbation enthousiaste le fait accompli. Elle n'a qu'une morale, c'est celle de l'opportunité; elle n'a qu'une préoccupation, c'est de prouver à la Société mère que les Provinois se trouvent toujours à la hauteur des Parisiens.
29 juin. — On arrête que deux séances publiques seront tenues les 8 et 1 4 juillet.
On arrête qu'une couronne civique sera décernée au meilleur patriote.
A juillet. — Une lettre sera adressée au maire de Paris (Pétion) pour le féliciter de sa courageuse conduite du 20 juin dernier.
10 juillet. — Séance extraordinaire.
La Société bien informée sait que demain la Patrie sera déclarée en danger. Elle arrête que, dès l'instant que cette déclaration aura été lancée par l'Assemblée, il y aura séance tous les jours à liuit heures et demie du soir, et que la présence de quinze membres sera suffisante pour délibérer.
1 4 juillet. — Fêle de la Fédération. La municipalité honore de sa présence cette réunion.
Le président remercie la municipalité de ce témoignage de sympathie.
Le citoyen Marniau monte à la tribune et prononce un discours pour la glorification du maire d'Etampes, et la Société, après l'avoir salué de ses applaudissements, arrête qu'elle adressera à tous les curés une circulaire pour le recommander au prône des messes paroissiales.
Un autre membre prononce un discours sur le bonnet rouge et sur Y arbre de la Liberté. On décide que ce morceau de littérature sera imprimé.
2 2 juillet. — Toujours des sociétaires en retard pour leur cotisation. C'est désolant. Il faut mettre un terme à cet abus. On fera un suprême appel aux mauvais payeurs et on procédera ensuite aux exécutions inévitables.
26 juillet. — D'après l'état exact dressé par le trésorier, la Société se compose aujourd'hui de soixante-dix membres actifs et de quatre honoraires, soldats citoyens du régiment.
Le nouveau président Delienne prononce un discours fort goûté sur les avantages et les inconvénients du veto royal.
29 juillet. — Nouveau discours du président Defienne. C'est décidément un président qui aime à parler. Cette fois il parle sur les dangers de la patrie et il exhorte les jeunes gens à s'enrôler. A la bonne heure I
Dans la même séance on entend un jeune poète lire une fable dont il est l'auteur. On voit par là que la Société varie ses plaisirs et qu'elle mène de front la politique et la littérature.
Ce jeune poète se nomme Pierre Désert. Il mérite une mention spéciale.
Pierre Désert, né à Provins en 1769, était alors âgé de vingt-trois années seulement. Il servit d'abord comme soldat, mais après la prise de Luxembourg (en 1795) il fut nommé juge au tribunal de cette ville. Après la chute de l'Empire, il fut maintenu dans ses fonctions. Il a laissé une Histoire du Luxembourg.
5 août. — Les deux sociétaires Rouge et
Désert annoncent la lecture prochaine d'un dialogue sur les suggestions perfides qu'on s'efforce d'accumuler contre la Société populaire.
On demande que les pères et mères des jeunes volontaires partis à l'armée soient secourus. Excellente pensée.
12 août. — On lit le décret portant suspension du roi, et tout le détail des événements du lo août, c'est-à-dire de la victoire remportée encore une fois par les défenseurs de la liberté et les mesures vigoureuses prises pendant ce temps d'orage par les ennemis du peuple.
Une adresse de félicitations sera envoyée à l'Assemblée; et le duplicata de cette lettre sera envoyé à la Société mère. Croira-t-on que dans cette même séance, et après avoir écouté le récit de ces graves événements, la Société ait pu prêter l'oreille au jeune poète Désert, qui eut ce jour-là l'impudeur de lire une petite pièce de vers de sa composition sur le plus frivole sujet, sur un rêve dont il avait été hanté pendant son sommeil I
29 août 1792 (an IV de la Liberté, an I de l'Egalité). — Puisqu'il n'y a plus de roi, la vieille formule de serment est à renouveler. On
ne dira plus : Je jure fidélité au roi; on dira maintenant : Je jure de maintenir la liberté et V égalité et de mourir à mon poste.
Grande nouvelle. Provins recevra prochainement des commissaires de l'Assemblée nationale. Séance tenante on nomme des délégués pour représenter la Société dans cette occasion.
T" septembre. — Des félicitations sont votées à Christophe Opoix pour sa nomination de député à la Convention nationale.
i3 septembre. — Le nouveau député, Christophe Opoix, vient remercier la Société des félicitations qu'il a reçues d'elle. Discours naïf, mais, en résumé, honnête et digne. Je le reproduirai in extenso*.
Discours de M. Opoix, membre de la prochaine Convention (sic).
(( Messieurs,
(( L'assemblée électorale de Seine-et-Marne
vient de me porter au rang de représentant du
peuple français à la Convention nationale. Vous
m'avez honoré d'une dépulation pour me té-
* Christophe Opoix avait été élu par 202 voix sur 272. L'autre député de Provins était Viciât y, de Bray-sur- Seine,
tailleur de corps pour daines (sic).
moigner que ce choix vous était agréable. Il est bien flatteur pour moi de penser que, à quelques égards, je crois n'en être pas indigne.
« Depuis 89 j'ai rempli des fonctions publiques, soit comme membre des comités, soit comme officier municipal, et dans toutes ces places j'ai toujours manifesté hautement mon amour pour la Révolution. Je ne suis donc pas de ces patriotes du 10 aoust.
(( Quelque honorable qu'il soit d'être élevé au rang de représentant de la nation, je n'aurais pas accepté si la place n'eût été que glorieuse. Mais les fonctions en sont pénibles, délicates et périlleuses; mais la patrie est en danger^ et c'est à cet instant que tout bon citoyen doit se montrer et s'empresser d'occuper le poste important que ses concitoyens lui ont confié.
(( J'aurais refusé si je n'eusse considéré que la faiblesse de mes moyens et l'insuffisance de mes talents. Mais nous aurons assez d'orateurs, nous aurons assez d'hommes de génie. Ce qu'il faut désirer pour la Convention nationale, c'est une masse imposante de patriotes irréprochables, de gens incorruptibles, de défenseurs des droits du peuple, et sous tous ces rapports
1792 hi
je crois pouvoir dignement remplir ma place.
(( Enfin, j'aurais refusé si je n'avais consulté que mon goût pour la retraite et mon éloignement pour les places publiques. Mais ce n'est pas le temps de penser à son repos et à son bonheur privé.
(( Un citoyen peut-il être heureux et tranquille quand son pays est menacé de retomber dans les fers.^^ Quoique professant les principes des sociétés les plus patriotiques, je ne suis d'aucune, et, dans ce moment où je suis appelé à la Convention nationale, je veux encore moins m'attacher à des sociétés particulières, parce que je ne veux pas qu'on croie que mon opinion a été dirigée par une influence étrangère. C'est ma conscience qui doit déterminer mes actions. Nous n'en voyons pas moins de même, messieurs, et c'est dans votre sein que je viens faire, ou plutôt renouveler, le serment solennel de haïr les tyrans, les rois perfides et injustes, et soutenir au péril de ma vie les droits de l'homme, la liberté et l'égalité et la souveraineté du peuple français.
« En me rendant la justice de croire à la sincérité de mes paroles, n'en ayez pas moins, messieurs, les yeux attachés sur moi. Que votre
surveillance ne me perde jamais de vuel Rappelez-moi mes devoirs si je semblais les oublier, et, si j'avais le malheur de trahir les droits sacrés du peuple, faites révoquer mes pouvoirs, faites rappeler un mandataire infidèle qui aurait abusé de la confiance de ses commettants et sacrifié sa patrie.
(( Mais si dans la nouA^elle carrière qui va s'ouvrir devant moi je marche constamment et d'un pas ferme au but que tout Français doit se proposer, alors je viendrai vous demander la récompense de mon patriotisme. Rendu à la vie privée, je vous demanderai d'être admis au nombre de vos membres. Après avoir siégé avec les représentants de la nation, il me sera doux de m'asseoir paisiblement au milieu de vous et de savourer ensemble les fruits de la Liberté et de l'Egalité. »
On voit que le représentant Opoix avait été sollicité pour entrer dans la Société, et qu'avec beaucoup d'habileté il se dérobait à cet honneur.
27 septembre. — Le curé Lambert propose d'envoyer à la Convention une adresse de félicitations pour Vaboliiion de la royauté (21 septembre 1792). Adopté.
3o septembre. — Je relove a cette date une surprenante proposition de la Société d'Angers. Cette société, qui mérite d'être signalée pour sa hardiesse et pour l'indépendance de ses opinions, sollicite purement et simplement un décret d'accusation contre Marat, Danton, Robespierre et Camille Desmoulins.
Aucune réflexion n'est hasardée. On écoule avec stupeur. En silence, on passe à l'ordre du jour.
Le curé Pichon prononce un discours genre Montesquieu. Il compare entre elles les diverses formes de gouvernement. Il donne la préférence à la république.
lo octobre. — Un volontaire du bataillon de Lisieux, membre de la Société de cette ville et admis à l'honneur de la séance, demande et obtient la parole. Il soutient la nécessité de la subordination et de la discipline militaires et démontre que sans elles une armée ne peut exister. Bravo I II serait à souhaiter que tous les orateurs du club provinois fussent aussi bien inspirés que celui-ci.
27 octobre. — On agile la question du divorce. On en pèse les avantages et les inconvénients.
5o LES JACOBINS PEliNTS PAR EUX-MÊMES
De novembre au 23 décembre. — Séances dépourvues d'intérêt. Rien à noter, discours, discours. Et pour finir la séance, la Marseillaise qui s'appelle, en style du temps, V Hymne chéri.
2 3 décembre. — Les frères de Versailles font preuve d'esprit. Ils appellent l'attention des frères de Provins sur la nécessité de surveiller les personnes qui feignent le patriotisme par intérêt et dans le seul bat d'occuper les places. Déjà dans ce temps-là I Mais toujours l'abandon, toujours la rareté des sociétaires aux séances. Le président s'en indigne. Il propose d'appliquer contre les indifférents l'article du règlement qui concerne leur cas.
3o décembre. — On lit l'arrêté du directoire de Provins, qui, sur l'avis de la municipalité, autorise la Société à tenir désormais ses séances dans la salle da ci-devant couvent de la ci- devante Congrégation, conformément au désir qu'elle a exprimé.
On remarquera en passant que plus les sociétaires se font rares aux séances et plus la Société éprouve le besoin d'agrandir le lieu de ses réunions.
Affaire de Brcsager, professeur au collège. — Lettre de la municipalité à la Société. — Lettre du district à la Société. — Chanson patriotique de Pastelot. — Réquisitoire de la Société contre la municipalité, contre Charlet, procureur de la commune. — Dubouchet, représentant du peuple, commissaire de la Convention nationale. — Garnier, représentant du peuple. — Changements de noms de rues. — Dons volontaires. — Lettres des citoyennes Bellanger, Michaud et Thoré. — Autres changements de noms de rues. — Le curé Pichon. — Camus, représentant du peuple, commissaire de la Convention nationale. — La citoyenne Dallé. — La Société change son nom. — Les détenus. - — L'épître au pape. — Un citoyen fait don de sa pièce de mariage ; réflexions de son petit-fils. — Auguste Arnoul, canonnier volontaire à 16 ans.
I" janvier 1790 (an II de la République). — Première séance à la nouvelle salle des séances delà Société.
Cette salle était V église du couvent de la Congrégation ou des Filles dévotes, édifice qui occupait, à l'extrémité de la rue actuelle de la Bi-
bliothèque, à peu près l'emplacement de la Crèche*.
Le curé de Cucharmoy, Pichon, inaugure la nouvelle salle en prononçant à la tribune une appréciation du ministre Roland. Puis il revient en arrière et fait sur les Allobroges et la Savoie un petit cours d'histoire qui obtient du succès.
1 3 janvier. — Le curé Coppin, président par intérim, lit une adresse des prétendus républicains de Provins. L'esprit de cette adresse est absolument contraire à celui de la Société.
Le citoyen Désert prend la parole. Il demande que l'on envoie à la Convention une adresse pour solliciter d'elle les trois choses suivantes :
1° Le jugement définitif de Louis Capet;
2" La prompte exécution de l'organisation de l'enseignement public ;
3" L'exclusion des membres de la Convention qui ont perdu la confiance de la République, et, en même temps que cette exclusion, le mode à suivre pour y procéder.
* On en lira la description dans la très précieuse histoire manuscrite de Provins par l'abbé Pasques, ancien bibliothécaire do la ville, qui vécut de lydA à i83o.
Le citoyen curé Coppin lit une opinion de Carra sur la manière dont Louis XVI doit être jugé. Cette opinion est déclarée conforme aux bons principes.
20 janvier. — On lit une lettre du député Opoix. Il se plaint que la Société ne veuille pas profiter de la facilité qu'il lui a donnée de correspondre avec lui. Un sociétaire fait remarquer qu'il a écrit au citoyen Opoix, mais que le citoyen Opoix ne lui a pas répondu. On invile le citoyen à recommencer. Il y consent. Bon enfant.
On communique la nouvelle de la condamnation à mort de Louis Capet (17 janvier). Le citoyen Désert monte à la tribune et propose d'envoyer immédiatement à la Convention une adresse d'adhésion au jugement prononcé.
Adopté.
ilx février. — On sait dans quelles circonstances fut assassiné, par un garde du corps, le 20 janvier 1793, c'est-à-dire la veille de l'exécution de Louis XVI, le député Lepelletier de Saint-Far g eau, qui avait voté la mort. On se rappelle quels magnifiques honneurs furent votés à ses restes par la Convention. En très peu de jours le buste de Lepelletier devint le
fétiche désigné à l'adoration des sans-culoUes. La Société provinoise voulut posséder ce buste et en décida l'acquisition. Le curé Lambert fut choisi pour mener à bien cette affaire et accepta le mandat dont on l'investit.
Une pensée meilleure, tout au moins au point de vue de l'utilité, ce fut l'ouverture d'une souscription patriotique destinée à couvrir l'achat de souliers pour les troupes. La Société s'adresse pour cet objet à la générosité de la population.
24 mars. — Voici une séance que je quahfierai de pathétique. Le citoyen Droux — il faut se souvenir de son nom — monte à la tribune. Il parle de nos revers, il s'élève contre la lâcheté des troupes qui ont fui devant l'ennemi. Il annonce que, bien que marié et père de famille, il vient de s'enrôler et part pour l'armée. Le citoyen Droux exhorte ses concitoyens à se conduire en bons patriotes et à tout faire pour défendre et sauver la patrie menacée.
On ne peut qu'applaudir à cet élan patriotique empreint d'une sincérité et d'une abnégation qui le rendent vraiment touchant. Le citoyen Droux nous console de beaucoup d'autres.
7 avril. — Séance pénible.
On constate une fois de plus l'absence des sociétaires. On se compte. On se trouve neuf! C'est humiliant. On décide : i° que ce nombre sera déclaré suffisant pour délibérer, et, ma foi, tant pis pour le règlement qui n'a pas prévu cette abstinence; 2° qu'une circulaire sera envoyée à tous les membres pour les inviter non seulement à venir, mais aussi à payer, ce qu'ils négligent avec ensemble.
21 avril. — On lit une adresse de la Société de Dijon qui demande à la Convention nationale d'exclure tous les prêtres et tous les cidevant nobles de toutes charges civiles ou militaires. On se rallie à cette adresse et on décide qu'une adresse pareille sera envoyée à la Convention.
La Société mère demande aux sociétés affiliées de prendre à leur charge tous les frais de correspondance avec elle. A cet effet les sociétaires sont invités à verser une cotisation spéciale. Le curé Lambert est chargé de recueillir les cotisations.
Un sociétaire, le citoyen Colbaux, a imaginé un nouveau mode d'impositions qu'il croit supérieur à tous les précédents. Ce plan, il l'a exposé
dans un mémoire adressé à la Convention. Par malheur un premier personnage qui a bien voulu se charger de présenter ce plan au nom de l'auteur, ou s'est maladroitement acquitté du message, ou s'est heurté à des obstacles bureaucratiques qu'il n'a pu vaincre. Un autre frère s'empresse aujourd'hui de réaliser les vœux du citoyen Colbaux. Sera-t-il plus heureux que l'autre?
28 avril. — La souscription sollicitée par la Société mère commence à donner des résultats; quarante et un membres ont consenti.
5 mai. — On lit une adresse envoyée à la Convention par la municipalité de Tonnerre et qui a pour but de (( demander le rappel et le remplacement de tous les membres de la Convention qui auront démérité. » L'adresse ne définit pas ce qu'elle entend par ce mot. Elle suppose qu'entre sociétés jacobines on s'entend.
Et les électeurs, quel cas fait-on d'eux? On voit que l'éducation politique est à la première heure.
On lit une lettre de la Société diAuxerre. Cette société se plaint des intrigues des ecclésiastiques et elle demande à la Convention Vé-
loignement de tous les ecclésiastiques non fonctionnaires.
La souscription sollicitée par les Jacobins est close. On dressera la liste des souscripteurs (qui sera naturellement une liste de proscription pour les non souscripteurs), et on enverra les fonds recueillis. On ne dit pas à quel total ils s'élèvent.
12 mai. — Lettre du citoyen représentant Christophe Opoix. Ce député annonce que le fameux plan de réforme financière élaboré par le citoyen Colbaux circule entre les mains des membres du Comité des finances, et il affirme que (( celte pièce ne sera pas enfouie dans les cartons, comme tant d'autres, sans avoir été lue )) . En est-il bien sûr ?
La seconde partie de sa lettre, dont le procèsverbal offre seulement l'analyse, renferme une déclaration de principes et des maximes d'éducation, qui, si l'on se reporte à la date de la lettre, sembleront quelque peu en désaccord avec les sentiments à la mode du jour. Je transcris textuellement.
« Il fait part aussi sur cette même (sic) d'une adresse qu'il a faite à ses collègues relativement aux principes religieux qu'il voudrait qu'on im-
prime dans le cœur des enfants comme base d'une bonne éducation. »
Ces paroles font honneur au conventionnel Opoix.
2 G mai. — Un citoyen, qui lit certainement les gazettes avec avidité, demande la parole pour dire quelles trames sont nouées contre les Jacobins de Paris, avec quelle habileté ils en triomphent!... On sent que le 3i mai approche.
2 juin. — La municipalité de Chalautre-la- Petile a fait acte de fermeté en arrêtant des voitures de farine. On vote des félicitations pour son patriotisme.
Je rapprocherai de cette note les lignes suivantes se reportant au même incident et l'expliquant.
(( Est approuvée l'arrestation faite par la municipalité de Chalautre la petite, à trois heures du matin, le i6 mai, d'un chargement de grains destiné à un meunier du lieu et voiture sans acquit à caution ni certificat. »
(Archives dcp., période révol., directoire du dcp. de S.-ct-M., séance du 27 niai 1793. Page 124.)
Il faut reconnaître que plusieurs exceptions à la règle générale ont été remarquées. La com-
mune de Chenoise notamment a motivé par sa résistance l'envoi de deux pièces de canon pour la contraindre à l'obéissance. Nous lisons, en effet, les lignes suivantes dans le recueil des archives départementales, page 170.
(( Le département prend un arrêté au sujet des frais de déplacement de la force armée et de deux pièces d'artillerie, occasionné par la résistance des habitants de la commune de Chenoise a l'enlèvement des grains saisis chez un citoyen et déposés dans la maison commune. »
(Directoire du dép., frimaire an 111.)
i6 juin. — Les Girondins ont été proscrits dans la journée du 3i mai. La Société^ un peu tardivement, ce qui est contraire à ses habitudes, félicite les vainqueurs. Elle envoie à la Convention une adresse « pour applaudir à ses travaux depuis les journées des 3i mai et 2 juin, et pour demander le jugement des traîtres ». En style jacobin traître signifie vaincu. Préparons-nous à voir dans quelques mois Robespierre qualifié de traître après Vergniaud, Danton et Camille Desmoulins.
3o juin. — Au milieu des fadaises et des inepties combien on est agréablement surpris
6o LES JACOBINS PEINTS PAR EUX-MÊMES
de rencontrer des traits charmants de patriotisme simple et non théâtral, tels que le suivant :
La citoyenne Liichet — on regrette de n'en pas savoir plus long sur sa personnalité — a acheté du blé. C'est vraisemblablement une meunière. Elle le cède sans intérêt à des communes qui en manquent. La Société lui vote des félicitations pour son désintéressement généreux. Ce faisant, la Société s'honore elle-même.
Du reste, à cette époque les actes de générosité et d'abnégation sont communs. J'en relaterai un curieux exemple :
(( Le citoyen Jauquin, nommé instructeur d'artillerie à Melun aux appointements de 75 livres par mois, expose que personne ne s'est présenté pour recevoir des leçons. En conséquence, il demande la suppression de son traitement. »
(Archives dép., période rév., conseil général du dép. do S.-et-M., séance du 20 octobre 1793. Page /jo.)
3o juin. — On décide qu'il sera fait une adresse au peuple sur la Constitution et que le tirage sera de 1.200 exemplaires. Le citoyen Bureau offre à la Société le papier pour l'impression.
21 juillet. — Le citoyen représentant Opoix envoie à la Société des félicitations pour les principes exprimés dans l'adresse ci-dessus.
On lit une adresse de la Société populaire de Bordeaux. Cette société proteste contre l'arrestation des Girondins.
On décide qu'une réponse sera faite et que ladite réponse sera adressée, non seulement à Bordeaux, mais à tous les départements insur-
Un membre se plaint de l'inexécution dans le district du décret relatif au recensement des blés. On rédige pour cet objet une lettre que l'on adresse au directoire du district. La voici telle quelle :
(( Citoyens administrateurs,
(a La Société populaire de Provins, réunie dans le lieu ordinaire de ses séances publiques, et le peuple qui la fréquente apprennent avec indignation qu'un grand nombre de granges et de greniers contiennent encore beaucoup de blé battu et à battre. L'indignation commune tombe sur vous. Vous l'avez provoquée, parce que vous favorisez l'horrible famine et la cupidité atroce des fermiers, qui laissent nos mar-
chés vides quand ils peuvent les approvisionner. Vous n'avez donc pas fait exécuter la loi d'un recensement rigoureux et nécessaire, ou vous avez donc donné votre confiance à des commissaires plus qu'infidèles, au grand scandale du peuple et de ses vrais amis. Hâtez-vous, il en est temps, de faire votre devoir. Le terme de notre patience expire. Encore un instant de mollesse et d'infidélité de votre part, et nous porterons à la Convention nos cris et ceux du peuple alTamé qui nous entoure. Nous désirons savoir quel jour vous avez promulgué la loi du [\ mai, quels commissaires vous avez nommés, et quels jours ils sont partis. »
Au point de vue de la netteté et de la concision, cette lettre ne laissait rien à désirer.
28 juillet. — On rappelle un décret de la Convention, du 27 mars, portant création et distribution de piques. On réclame la prompte exécution de ce décret.
Je rappellerai à cette occasion que, par un décret du ministre, le département de Seine-et- Marne avait été compris pour une somme de 53.5i2 livres dans la distibution des 5 millions affectés à la fabrication des piques pour la
France entière. Voici exactement comment le Conseil général de Seine-et-Marne avait arrêté la répartition de cette somme entre les cinq districts du département d'après leur population respective.
District de Meaux . . 88. Sao habitants.