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— RosoY . . 49.520 —
(Voir Archives de Seine-el-Marne, période
î révolut., p. 3G.)
Une grosse affaire.
Une lettre anonyme dénonce les mauvaises mœurs du citoyen Brésager^ instituteur (professeur) au collège de Provins.
D'après celte dénonciation, le citoyen Brésager*, que tout le monde croit marié, vit en état
* Le registre des procès-verbaux dit Présager. Les archives municipales de Provins disent Brésager. Entre les deux orthographes je n'hésite pas et préfère celle des administrateurs de la commune.
Brésager occupait à l'institut national une situation assez extraordinaire et tout à fait en désaccord avec nos habitudes universitaires contemporaines. Il était professeur des 7*"* et 6™* classes. Il touchait 600 fr. et était logé. Mais, par une combinaison assez bizarre, il avait l'entreprise de l'exploita-
de concubinage avec sa compagne, qui lui a donné deux petites filles.
Scandale énorme, dont la Société, gardienne vigilante des bonnes mœurs, se fait juge.
Je transcris textuellement son arrêté.
(( La Société,
(( Considérant que le but de son institution est, non seulement de surveiller l'exécution des lois, mais encore de s'occuper de tout ce qui peut avoir rapport à l'éducation de la jeunesse et aux bonnes mœurs, comme base essentielle d'un gouvernement républicain ;
(( Considérant que le citoyen dénoncé a prouvé son mépris pour les lois en vivant depuis plusieurs années avec une concubine, que son existence au collège est un scandale public puisqu'il en a fait un lieu de prostitution en y réunissant deux fdles qui par leur honteuse
lion matérielle de l'établissement. Les familles lui payaient 3oo fr. pour la nourriture et le coucher des élèves. Le principal avait la direction de l'enseignement, et Brésager était une sorte d'économe. Le collège se trouvait, par suite, en régie à son profit. Le vrai principal se nommait Daudanne. Il était prêtre.
(Registre des délibérations du Conseil général de la commune, 4 mars I7<j3, an 11.)
fécondité ont décelé la dépravation de leurs mœurs ;
(( Considérant que le mariage contracté depuis n'a fait que constater le scandale sans le réparer, qu'une pareille conduite a dû nécessairement produire les effets les plus pernicieux et laisser les impressions les plus funestes dans l'âme de la jeunesse confiée à ses soins, que les meilleures leçons qif'il pourrait donner ne parviendraient jamais à détruire les conséquences de son mauvais exemple, et que ce serait en quelque sorte honorer le vice que de laisser cet homme immoral à une place qui exige des vertus;
(( Considérant que, si quelque ennemi du bien public avait formé le projet de rendre l'éducation vicieuse et de déshonorer la ville, il n'aurait pas pris d'autres moyens pour arriver à ses fins;
(.< Considérant que la ville de Provins, privée du département et de Vévéché^ ne peut plus compter que sur Vinstitut national; que l'existence de Brésager au collège suffît pour nous ôter cette dernière espérance, puisque nos voisins rivaux et jaloux ne manqueront pas dé profiter de sa réputation pour décrier le collège et
pour nous enlever cet établissement aussi utile qu'honorable ;
(( Considérant enfin que dès l'instant de la publicalion des bans de Brésager les officiers municipaux n'ont pu ignorer son concubinage, et que si, par faiblesse ou par condescendance, ils conservaient cet homme dans ses fonctions ils se rendraient coupables d'un crime qui compromettrait l'honneur et l'intérêt de la ville ;
« La Société déclare que Brésager a perdu sa confiance et arrête qu'elle demandera sa destitution avec invitation à la rendre aussi publique que l'a été le scandale. »
7 août. — Le citoyen Michelin, imprimeur, réclame plus qu'on ne lui doit. Il a consenti un prix de 60 livres pour l'impression de l'adresse au peuple du 3o juin dernier. Il en réclame 72. La Société fait ses observations.
I" septembre. — Pour une motion montagnarde, en voici une :
(( Que nul député ayant siégé au Marais ne puisse occuper aucune place jusqu'à la paix. »
Explication demandée. Le citoyen Trudaine (se souvenir d'André Chénier) a fait un don patriotique de 7.000 livres pour la défense du
pays. La Société veut savoir où ont passé les 7.000 livres Trudaine. Le procureur syndic du district, le citoyen Jiiris, questionné, répond que cet argent a été consacré à l'achat de fusils pour la légion du Midi*. La Société se déclare satisfaite.
I" septembre. — Evénement considérable et destiné à entraîner de graves conséquences.
La municipalité, décidément exaspérée de l'attitude de la Société populaire, fmit par se révolter contre cette tyrannie, qui lui pèse.
Une bonne fois elle fait acte de dignité et d'indépendance, et adresse aux Jacobins la lettre suivante.
Le président en donne lecture, à la stupéfaction générale.
Provins, le 22 août 1798 (l'an II de la Republique une et indivisible.)
Le Corps municipal
à la Société populaire de Provins.
(( Citoyens frères et amis, (( Nous avons toujours fraternisé et nous fra-
* Provins était divisé en deux sections, celle du Nord et celle du Midi.
terniserons toujours avec vous comme avec tous les autres de nos concitoyens. Comme magistrats nous sommes à tous, et comme citoyens nous les chérissons tous.
(( Nous ne sommes pas tenus à entretenir une correspondance littéraire journalière avec vous. Si vous aviez le droit d'exiger que nous vous rendissions compte par écrit, chacun des citoyens aurait le même droit en particulier, et alors nous ne pourrions y subvenir.
(( Nous avons un autre emploi à faire de notre temps, et, comme la justice règne parmi vous, au besoin vous attesteriez que nous remplissons nos devoirs, et qu'il est peu d'heures que nous n'employons pour le bien public.
« Au demeurant, nos travaux, nos opérations, nos tenues, enfin nos livres, nos registres sont à jour. . . Le lieu de nos séances est public. C'est la maison commune. Tous les citoyens indistinctement ont le droit d'y entendre et d'y voir. Ils peuvent plus : ils peuvent à volonté prendre communication, compulser, vérifier, et faire tous extraits, relevés et notes que bon leur semble.
(( Il est dans nos âmes de le soufliir, mais,
quand cela ne serait pas, la loi nous y astreint.
(( Mais aussi la loi ne nous en ordonne pas davantage. Singulièrement, elle ne nous charge pas d'adresser des expéditions à tels ou tels citoyens, ce qui serait réellement impossible.
(( Lorsqu'un arrêté, une délibération, mérite d'être généralement connu, ou doit l'être, notre obligation, dans ce cas, est de le faire publier et afficher. Nous n'y avons jamais manqué et n'y manquerons jamais.
« Ainsi, citoyens, vous avez connu comme nos autres frères, par cette voie, tout ce qui a dû être rendu public. Ainsi, si quelques objets particuliers vous intéressent, la porte de la commune vous est libre, nos livres et registres vous sont ouverts. Venez les compulser.
(( Dussiez-vous n'y venir que pour examiner notre conduite, nous vous y verrons avec plaisir, comme nous vous rendrons grâces dé bons documents pour nous et d'avis salutaires pour la chose commune que vous pourriez nous donner. Nous vous le répétons, frères et amis, nous fraterniserons toujours avec vous, toujours nous vous remercierons quand vous nous aiderez à travailler pour le salut de la Patrie, le maintien de la République une et
indivisible, et pour le soutien de la Liberté et de l'Égalité.
(( Mais ni vous ni nous ne devons jamais travailler à détruire l'ordre hiérarchique des pouvoirs, ni oublier que nulle société, club ou association de cito^'ens ne peuvent avoir sous aucune forme une existence politique et n'exercer aucune action ni inspection sur les actes des pouvoirs constitués et des autorités légales ; que, sous aucun prétexte, ils ne peuvent paraître sous un nom collectif pour former des pétitions ou des députations.
(( Ne nous écartons jamais, ni les uns ni les autres, de ces principes. C'est le mo}'en de déterminer entre nous l'union la plus parfaite.
« Fermes sur iceux, nous nous bornons à vous dire :
« 1° Que sur votre dénonciation contre Présagez, il y a eu délibération prise ; votre envoyé doit vous en avoir fait part. Il se ressouvient sûrement de la séance. Au reste, vous en viendrez, les uns et les autres, prendre lecture à votre gré.
(( 2° Que sur l'armement des citoyens, nous avons exécuté et nous exécuterons les ordres supérieurs, même communément avec le dis-
trict. Cela se voit encore par nos procès- verbaux des séances, etc.
«. S*" Enfin, que nous nous sommes aussi conformés aux ordres qui nous ont été donnés sur le bruit répandu dans le département. L'un desquels ordres nous enjoint le secret.
(( Nous vous remercions des avis concernant le bien public que contient votre lettre.
(( Salut et fraternité. ))
Ont signé :
Charlet. Feuillet. Pinard.
Bellanger. Bertrand (en permanence).
Picou (en permanence).
8 septembre. — Dénonciation par la Société populaire de Nogent-sur-Seine contre un ancien Génovéfin, aujourd'hui curé d'une commune, et qui a l'audace de porter encore soutane I Faire cesser ce désordre.
Envoi à ladite municipalité voisine d'une copie de la lettre ci-dessus de la municipalité de Provins, afin de donner à la première une juste idée du patriotisme de la seconde.
Adressé au directoire du district une lettre concernant la querelle survenue entre la Société populaire et la municipalité de Provins.
Le district, vraisemblablement sous l'im-
pression du régime de la Terreur nouvellement inauguré, et quelque peu tremblant pour sa peau, fait la réponse suivante :
Les administrateurs du district de Provins aux citoyens composant la Société populaire de la ville.
(( Nous avons, citoyens, pris communication de la lettre que vous nous avez adressée en date du 4 septembre présent mois, et dans laquelle vous nous faites part du vœu que vous exprimez pour que la loi contre les accapareurs soit exécutée sans délai.
(( A votre lettre est jointe la copie d'une réponse que le corps municipal de cette ville a fournie à différentes demandes que vous lui avez faites, réponse que vous paraissez vouloir nous faire remarquer.
« Nous apercevons en vous des citoyens imbus de la maxime toujours sage que, pour que l'ordre règne dans un gouvernement, les lois doivent être en vigueur. Nous voyons (en vous) des citoyens qui veulent réunir leurs efforts en vue de l'avantage général. A ce titre, des représentations ont et auront toujours auprès de nous un accès très facile. La même
cause nous unit tous, le même esprit doit nous diriger, et, toutes les fois qu'une volonté exprimée ne tend qu'a exécuter une loi, celte volonté devient aussitôt la nôtre.
(( Vous voulez que la loi contre les accapareurs soit exécutée. Vous avez raison. Les dispositions que cette loi renferme sont nécessitées par les circonstances.
(( Nous écrivons à la municipalité de Provins. Nous lui représentons que, après avoir donné la plus grande publicité à cette loi, que nous lui avons fait passer en expédition manuscrite aussitôt qu'elle nous a été envoyée, elle doit exiger des citoyens les déclarations auxquelles ils sont assujetis. Nous appelons son zèle, son activité, sur cette importante opération, et nous nous persuadons que nos représentations, que nous n avons pas bornées à ce seul sujets ne resteront pas sans etTet.
(( Dans une république, citoyens, chacun doit à la chose publique le tribut de ses connaissances et de ses lumières. Acquitez-le, citoyens, votre tribut. Continuez de nous faire part de vos vues. Nous les suivrons toutes les fois qu'elles nous paraîtront dans l'esprit de la loi. Si nous avons entre nos mains l'autorité,
ce n'est, suivant nous, qu'un dépôt qui nous est remis, et nous devons compte de l'emploi que nous en faisons. Si, dans le nombre infini des occupations que nous avons, quelques parties du travail général que nous devons embrasser nous échappaient, tout citoyen qui nous rappellera notre devoir nous fera plaisir. Tels sont nos sentiments; nous nous attachons à les propager. Nous comptons sur le succès de notre entreprise. Nous comptons que tous les citoyens, quel que soit leur caractère politique, s'accorderont entre eux fraternellement; que, d'un côté, les autorités constituées seront respectées, et que, de l'autre, le droit de représenter, inhérent dans un gouvernement libre au droit de citoyen, sera toujours connu (reconnu). »
Ont signé :
Simon. J.-V. Garnier. Boullanger,
Garnier-le-Long. Laval. Lefèvre.
A la lettre de la municipalité, la Société répond par une sorte de factum oii elle accumule grotesquement en quatre pages toutes les intempérances déclamatoires qui caractérisent l'éloquence jacobine.
Séance tenante, la société, électrisée par la lecture de ce document, décide que l'on enverra au Comité de Sûreté générale la lettre du corps municipal, arrête, en outre, que la lettre et la réponse seront adressées à la Société des Jacobins de Paris et en même temps à Robespierre (( comme individu ».
2 2 septembre. — Un membre fait lecture du décret de la Convention qui autorise et convie les sociétés populaires à dénoncer au Comité de Sûreté générale et à la Convention les cidevant nobles et suspects dans les armées. Immédiatement on dénonce le sieur Vaublanc. La société invite tous les miembres et tous les citoyens à dénoncer ceux qu'ils connaissent suspects dans les armées, pour faire liste avec le sieur Vaublanc.
2 4 septembre. — Très intéressante séance.
Les engagés volontaires défdent devant la Société populaire. La manifestation est imposante.
Le citoyen Pastelot a composé pour la circonstance une chanson patriotique qui ne manque pas d'allure. La voici, telle qu'elle fut imprimée aux frais de la Société :