‹ Les Jacobites; drame en cinq actes en vers, représenté pour la première fois sur le théatre national de l'Odéon, le 21 novembre 1885Chapitre 2 sur 80 · ACTE 1, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE

Au cœur de tous les chefs a tout à coup monté Un flot de loyalisme et de fidélité.

Devant ce fils de roi, jeune, charmant et brave, Que la mer leur semblait rendre comme une épave Et qui leur souriait, l'air confiant et doux, Criant : « Vive le Roi ! » tombant tous à genoux. Ils ont baigné ses mains de leurs larmes de joie. 11 paraît, mes amis, qu'il suffit qu'on le voie Pour se donner à lui d'un entier dévouement, Et que, s'il surgissait parmi nous brusquement, Ce Chariot, dont nous ont tant parlé nos aïeules, Nos lames sortiraient du fourreau toutes seules!

LE VIEIL ENOCH

La mienne y restera, garçon.

ROBIN

La mienne aussi.

DUNCAN

Ne sommes-nous donc plus bons jacobites ?

LE VIEIL ENOCH

Si!

On se souvient que c'est grâce aux gens de Hanovre Que l'Angleterre est riche et que l'Ecosse est pauvre; On n'a pas oublié que tout le mal vient d'eux; On aime les Stuarts ; on hait ce Georges deux ;

Et si, pour renvoyer, là -bas, à sa mangeoire,

Ce cheval d'Allemagne à la lourde mâchoire

Qui s'est, contre tout droit, dans nos prés mis au vert.

Un espoir de succès, un seul, était offert,

Eh bien I on essayerait : on nous verrait encore

Décrocher le mousquet, mettre au vent la claymore.

Et sur les vieux pibrocks jouer les airs anciens.

Mais le diable est avec tous ces Hanovriens,

Et notre humble prière, à nous. Dieu la dédaigne;

Car nous sommes vaincus, car notre pays saigne

Des efforts surhumains obstinément tentés

Pour nos Rois en exil et pour nos libertés.

Toujours lutter pour rien, lutter sans espérance !

A quoi bon? Ce Stuart, qui nous tombe de France,

De tous ceux qui sont morts pour lui sait-il les noms?

On a construit des forts hérissés de canons.

Prêts à nous foudroyer, si le Haut-Pays bouge ;

L'Angleterre a posé partout son soldat rouge,

Maudii coquelicot qui ronge notre blé.

Et je dirais, devant tout le clan assemblé,

Que les rébellions désormais seront vaines.

Et que nous sommes las de nous ouvrir les veines.

Cependant ces soldats rouges, galonnés d'or, . On les a battus.

LE VIEIL ENOCH

Oui, le chardon pique cncor;

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