ACTE III, SCENE IV
Ce n'est rien... On n'a pas l'âme si rigoureuse...
Nul de nous n'a plus rien à voir dans tout ceci,
Et nous partons ce soir avec l'armée. Ainsi
Viens avec nous au camp, où nous devons nous rendre.
ANGUS
Quelque malheureuse !... Ah! jecommence àcomprendre,
Et je vous reconnais bien là, chefs pleins d'orgueil.
Vous voulez maintenant m'arracher de ce seuil,
Où vous m'avez traîné cependant tout à l'heure,
Parce qu'apparemment cette femm.e qui pleure
N'est pas celle d'un chef, celle d'un d'entre vous,
Et que vous n'avez plus rancune ni courroux.
Qu'un puissant, par le fait d'un plus puissant pâtisse,
Il va quérir le peuple en demandant justice.
S'agit-il seulement du peuple et de son bien,
On cherche à le distraire en disant : « Ce n'est rien. »
Je ne sortirai pas d'ici ; car l'on me trompe.
LORD FINGALL.
Mais, Angus...
ANGUS
J'en suis sûr ! Que le Prince corrompe Une femme de rien, cela vous est égal, A vous, les nobles chefs, à toi-même, Fingall 1 Mais si ce Prince, en qui le peuple se confie. Au dernier des soldats qui lui donne sa vie
yS LESJACOBITES
A fait un tel outrage, alors, c'est mon devoir
Au peuple tout entier de le faire savoir;
Car nous gardons aussi l'honneur de nos familles.
Nous aimons comme vous nos femmes et nos filles...
Nos filles !... J'ai la mienne, ange et présent de Dieu,
Dont devant cette femme et dans ce mauvais lieu
Le doux nom ne doit pas être prononcé même.
Je sens en ce moment de quel amour je l'aime 1
C'est un père — qui sait ? — que l'on vient d'outrager.
Puisque le peuple est pris pour juge, il veut juger !
Parle, Fingall, dis-moi le nom de cette femme!
LORD FINGALL, à part.
Pauvre homme I
ANGUS
Il s'agit donc d'une action infâme, Que vous ne m'osiez pas dire la vérité Et que vous profitiez de mon infirmité. Je veux savoir ce nom... Parle, toi, la coupable! Parle ! je ne suis pas un juge impitoyable ; Car j'ai beaucoup souffert et j'ai beaucoup pleuré. Viens, cache dans mes bras ton front déshonoré ! Viens, répands dans mon sein les larmes que tu verses ! Je sens que tu n'es pas de ces femmes perverses Dont le honteux amour se pèse à poids d'argent, Et tes cruels sanglots me rendent indulgent. Viens, je t'ouvre mon cœur comme ferait un père,