ACTE IV, SCÈNE IX 1 I f
Elle avait un secret pour moi... Je suis jaloux !
Qiioi! jaloux d'une morte?... Ah! mais, c'était ma femme...
Ouvrons... Oui, pénétrons jusqu'au fond de son âme.
Elle portait ceci près du cœur, sur la peau !...
Ah ! je frissonne et crois violer son tombeau.
// ouvre le médaillon.
Le Prince!... Son portrait!... Le porter de la sorte !...
Elle l'admirait tant! C'est pour lui qu'elle est morte,
Après tout!... Un billet!... Et du Prince !... Grand Dieu !
Suis-je fou ? Non ! Ces mots brillent comme du feu !
Devant moi la hideuse évidence se dresse !
Infamie!... infamie!... Elle était sa maîtresse!...
(( Je t'aime ! » J'ai bien lu... « Je t'aime ! » C'est écrit 1...
J'étouffe ! Le passé surgit dans mon esprit,
A l'horrible lueur de cet éclair qui tombe;
Et Dora, nos amours, ma douleur et sa tombe.
Tout, tout est à jamais souillé de déshonneur !...
// tourne soudain les yeux vers la porte de la chambre où est entré le Prince,
Et pendant ce temps-là, vous dormez, Monseigneur,
Et moi, couvert par vous d'une honte éternelle.
Je veille à votre porte et je fais sentinelle !...
Et peut-être — à votre heureux âge, on est ainsi, —
Vous rêvez de Dora, juste à cette heure-ci.
Et de vos bons moments d'ivresse et de délire !
Et moi I moi !... Non, c'est fait pour éclater de rire !
Il6 LES JACOBITES
// pousse un éclat de rire douloureux, et tombe, épuisé, sur un siège.
Ah ! que cela fait mal!...
Se relevant.
Mais je veux me venger.
Prince sans foi^ larron d'honneur, et t'égorger, Avec ces bras, pour toi balafrés de blessures 1... Où Dora t'a baisé, je mettrai mes morsures ! J'imiterai l'Anglais, le boucher Cumberland, Dont le bourreau souffleté, avec leur cœur sanglarit. Ceux qui sont morts pour toi, m'entends-tu, princehorrible?. Ah ! tu dors ! Ton réveil sera prompt et terrible ! Ah ! tu dors ! en rêvant d'amoureux paradis, Entre la tombe où gît celle que tu perdis Et le vieillard trahi, qui tremble de colère !... Tu vas mourir — non pas en martyr populaire Qui harangue et parade encor sur l'échafaud — Mais tout de suite. ..^
Apercevant la hache que Duncan a posée près du fagot.
Et, tiens ! voilà ce qu'il me faut !
// saisit la hache et court, en la brandissant, jusqu'à l'es^ calier ; mais, après avoir posé son pied sur la première marche, il s'arrête, comme frappé d'une pensée subite.
Sous mon toit !... Car il est sous mon toit, dans ma terre! Cet homme est un infâme, un traître, un adultères La mort, la pire mort est tout ce qu'on lui doit. Je le hais ! je le hais !... Mais il est sous mon toit !...