ACTE I, SCÈNE III If
Repoussez, il le faut, cet accès de langueur !...
Ou plutôt, non... Mettez votre front sur mon cœur ;
Mes baisers chasseront cette tristesse amère.
Si vous faites l'enfant, je ferai la grand-mère,
Et je vous bercerai comme un petit garçon,
Très doucement, avec cette belle chanson
Que vous m'avez cent fois et mille fois redite
Pour m'endormir, lorsque j'étais toute petite
Et que, calmant mes pleurs par ce refrain guerrier.
Vous berciez votre enfant dans un vieux bouclier.
Depuis que sa gloire est tombée Et que se sont tus les pibroks, L'Ecosse a caché son épce En pleine lande, entre deux rocs ; Et sous la bruyère vermeille, Où passe, en rêvant, le berger, La Claymore est là qui sommeille Et médite de se venger.
Claymore dont on nous dépouille Et qu'on proscrit, comme le Roi, Ne crains ni l'oubli ni la rouille :
Toujours l'Ecosse pense à toi!
Nous te ferons briller encore Aux regards de l'Anglais bourreau.
Dors jusque-là, bonne Claymore, Avec notre honneur pour fourreau!
l6 LES JACOBITES
Deux oiseaux, l'aigle et l'hirondelle, Se plaisent sur nos monts brumeux.
L'Ecosse est vaillante et fidèle, Fidèle et vaillante comme eux!
Et pour la révolte indignée Le vieux glaive, quand il faudra.
En nous présentant sa poignée, Ljai-méme, du sol, surgira!
ANGUSj qui, pendant que Marie chantait, a peu à peu relevé la tête.
Oui, tu dis vrai ! L'enfant vaut mieux que le grand-père; Le vieux chant a raison. Honte à qui désespère I Je veux encor tenter, pour la cause du Roi, Un énergique effort.
MARIE
Cher grand-père 1
ANGUS
Dis-moi, Si j'en crois ce grand vent, qui souffle la poussière, La mer est proche, et c'est ici le cimetière ^
Des Fingalls >
MARIE
Oui.