‹ Les Jansénistes du XVIIe siècle [microform]Chapitre 169 sur 217 · Rapin, Hbnoires, t. n, p · texte numérisé non relu

Rapin, Hbnoires, t. n, p

2. G'elait le cas d'invoquer saint Augustin, qui n'aurait pas manqae sans doute de renouveler pour lui le miracle qu'il flt en faveur de la mere Agnes et dont M. Le Mattre fut lemoin. La mere Agnes, dit une Relation, etant tourmenlee en 1651 d'un horrible mal de dents, M. d'Andilly son frere ain6 qui la voyait dans la douleur au parloir, louche de pitie lui dit tout d'un coup : Masoeur, vous avez assez soufiert, nous sommes Augustiniens, il faut invoquer saint Augustin, qui a ete autrefois tourmente et gueri sur le champ d'un mal pareil, comme il le dit dans ses Confessions. Sur quoi la mere dit : Je vous assure que j'ai besoin comme lui que Dieu meguerisse, car je n'en puis plus. Elle dit aussitot a deux ou trois filles ses assistantes-: Mes soeurs, etvous, mon frere, je vous supplie done de prier Dieu presentement qu'il me guerisse si c'est sa volonte. Ce qu'elles ayant fait en se metlant a genoux, aussitot qu'elles eurentachevo leur courte priere, tout son mal s'evanouit en un moment. J'ai ecrit ceci le 2 octobre 1654 : Le Maitre. Les Relations de Port-Royal, meme au xvu e siecle, le siecle de Pascal, sont pleines de miracles que les Augustiniens obtiennent et qu'ils operent. Que sera-ce au siecle suivant ?

lequel on fit venir M. Dalence (un des chirurgieas-barbiers approbateurs dont parle Gui Patin) afm qu'il y mit la lancette. M. Le Maitre, qui depuis longtemps avail un assez grand mal de jambe, voulut prendre cette occasion, pour le lui montrer ; mais sa principale intention etait de savoir ses sentiments sur le miracle de Port-Royal, qui veuait d'arriver tout fraichement. M. de Saint-Gilles se trouva alors avec nous (c'est ainsi qu'ils ne voyaient personne). Quand la jambe eut ete visitee, M. Le Maitre contreiit le gentilhomme, et dit a M. Dalence que nous etions veuus d'Angers, et que nous etions a Paris pour quelque affaire. (Vous voyez, M. Pascal, combien noire bon Pere a raison d'affirmer que les casuistes ont tant publie et la doctrine des equivoques, et celle des restrictions mentales, et celle de la direction d'intention, qu'a la -fin tout le monde est instruit de ces facilites pour emter les pe'ches dans le commerce du monde. Allans, convenes que votre bon Pere se flatte quand il assure que ces subtilites admirables sont propres a sa compagnie.) M. Le Maitre prit occasion insensiblement de parler de Mgr 1'eve'que d'Angers. II dit que c' etait un treshonnete homme, mais qu'il etait terriblement janseniste. II glissa ensuite qu'il avait a Paris des parents qui 1'etaient pour le moins autant que lui. II dit apres qu'on leur faisait rudement la chasse. II ajoula qu'on disait qu'ils s'etaient arises depuis peu d'une bonne invention, et qu'en gens d'esprit ils faisaient intervenir des miracles fort a propos ; mais que pour eux, gentilshommes, ils avaient communement 1'oreille dure a ces histoires. M. Dalence 1'arrete la. Oh ! pour cela, Monsieur, dit-il, il n'y a point d'homme a Paris qui puisse mieux vous dire les choses. Tout a passe par nos mains. J'ai ete temoin oculaire de tout. C'etait moi qui devais faire 1'operation. Et la-dessus il rapporta toute 1'histoire... II dit cent choses obligeantes de la maison de Port-Royal a des personnes qui lui etaient entierement inconnues et qui en savaient assurement plus qu'il ne leur en pouvait dire : et il exhorta M. Le Maitre a y faire un tour. Vous y verrez surement de tres-honnetes gens, dit-il. C'est une grande providence de Dieu que vous soyez tombe entre nos mains pour savoir a fond les choses. Desabusez-vous sur ma parole, comme je 1'ai ete par mes yeux. M. Le Maitre contrefaisant toujours un peu 1'incredule. Non, non, dit M. Dalence, voyez vous-me"me ces personnes. Dites que vous y venez de ma part. Demandez un M. Singliu, qui est un pretre bien sage. Comment dites-vous, dit M. Le Maitre, feignant de ne pas connaitre ce nom ? M. Singlin, repeta M. Dalence. Donnez-moi une plume, et je 1'ecrirai, dit M. Le Maitre, i] faut que je le voye. a Voyez aussi une demoiselle Bourneaux, qui est une excellente fille. Bourneaux ! dit M. Le Maitre, ecrivant encore ce nom. * Vous n'aurez pas ete deux fois la que Ton vous y fera diner (a moins que Von vous prenne pour le P.

Mulard). Get entretien (il est digne de Molttre !) dura fort longtemps ; et M. Dalence, dont on salt quelles etaient les occupations, s'y echauffa si fort, qu'il y passa quatre ou cinq heures. II n'y cut pas moyen peu de jours apres de ne lui pas decouvrir ce piege innocent qu'on lui avait tendu ; et tout le reste de sa vie, du plus loin qu'il nous voyait, il s'ecriait en riant : Ha ! voila done nos gentilshommes angevins (1).

Revenons aus6rieux avec M.Fontaine: Ge miracle eclatant, dit-il, dont presque tout Paris voulut etre t6moin oculaire, produisit quelque chose de semblable a ce que fit autrefois le miracle que Dieu op6ra en faveur de saint Ambroise a Milan, dans la d6couverte des pr6cieux corps de saint Gervais et de saint Protais. La persecution de I'imp6ratrice Justine n'en fut pas tout a fait 6teinte, dit saint Augustin ; mais au moins elle fut un peu ralentie, et donna quelque relache. G'est ce qui arriva a Port-Royal. On donna quelque repos a ces solitaires pers6cut6s. Nous sortimes de notre tombeau, et revinmes avec joie retrouver notre chere solitude de Port-Royal des Champs (2). Enhardis parle prodige que Dieu venait defaire si visiblement pour eux et par les belles consequences qu'ils tiraient de cette attention du ciel, les jans6nistes poursuivirent avec une ardeur renouvelee la guerre offensive qu'ils avaient commenc6e contre les casuistes. Pascal ecrivit d'loquents factums pour les cures de Paris, qui d6nongaient a tous leurs confreres de France la morale corrompue des j6suites. Rome, toujours impartiale, condamna (1659) I'Apologie pour les casuistes, du P. Pirot ; la Sorbonne la censura, et les prelats qui s'elevaient avec plus de force contre le jans6nisme, furent les premiers a foudroyer cette CBuvre, dont il serait souverainement injuste de rendre responsable toute la compagnie de J6sus. Le triomphe de ceux qui avaient denonce I'Apologie fut complet, et la joie de Messieurs de Port-Royal entiere. Mais, remarque un historien, qu'auraient-ils dit si les j6suites avaient soutenu que 1'apologiste n'avait rien assur6 que de vrai, qu'on avait mal pris ces decisions, que c'&tait un fait sur lequel il n'appartient ni au pape ni aux prelats de prononcer, parce que 1'Eglise entiere peut se tromper dans la discussion des faits et 1'intelli-

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