‹ Les Jansénistes du XVIIe siècle [microform]Chapitre 173 sur 217 · Cousin, Jacqueline Pascal, p · texte numérisé non relu

Cousin, Jacqueline Pascal, p

eon/id sa ve"rit6 lui soient si infideles, si j'ose le dire, que de n'avoir pas le courage de s'exposer a souffrir, quand ce devrait etre la mort, pour la confesser hautement...

Qui empeche tous les ecclesiastiques qui eonnaissent la v6rite, lorsqu'on leur presente le formulaire a signer, de repondre : Je sais le respect que je dois ei Messieurs les eveques j mais ma conscience ne me permet pas de signer qu'une chose est dans un livre ou je ne 1'ai pas vue; et apres cela attendre en patience ce qui arrivera. Que craignons-nous ? le bannissement pour les seculiers, la dispersion pour les religieuses, la saisie du temporel, la prison et la mort si vous voulez ! Mais n'est-ce pas notre gloire et ne doit-ce pas 6tre notre joie ?...

Mais peut-etre on nous retranchera de 1'Eglise ? Mais qui ne sait que personne n'en peut etre retrancM malgre soi, et que 1'esprit de Jesus- Christ etant le seul qui unit ses membres a lui et entre eux, nous pouvons bien dtre prives des marques, mais non jamais de I'effet de cette union, tant que nous conservons la charite, sans laquelle nul n'est membre vivant de ce saint corps...

Je crois que vous savez assez qu'il ne s'agit pas ici seulement de la condamnation d'un saint eveque, mais que sa condamnation enferme formellement celle. de la grace de Jesus-Christ, et qu'ainsi, si notre siecle est assez malheureux qu'il ne se trouve personne qui ose mourir pour un juste, c'est Je comble du malheur que de ne trouver personne qui le veuille pour la justice m4me...

Je sais bien qu'on dit que ce n'est pas a des filles a defendre la verite ; quoiqu'on put dire, par une triste rencontre du temps et du renversement ou nous sommes, que puisque les e've'ques ont des courages de filles, les filles doivent avoir des courages d'evGques...

II m'est indifferent de quels termes on use, pourvu gu'on n'ait mil sujet de penser que nous condamnons ou la grdce de Jesus -Christ ou celui qui I'a si divinement explique'e. C'est pour cela qu'en mettant ces mots : Croire tout ce que 1'Eglise croit, j'ai omis et condamne tout ce qu'elle condamne ; mais je crois qu'il n'est pas temps de le dire, de peur qu'on ne confonde 1'Eglise avec les decisions prfeentes, comme feu M. de Saint-Cyran a dit que les paiens ayant mis une idole au meme lieu ou etait la croix de Notre-Seigneur, ies fideles n'allaient point adorer la croix, de peur qu'il ne sembldt qu'ils allaient adorer lidole.

La sosur Sainte-Euph6mie savait quelle plume delicate avail 6crit le mandement des vicaires-g6n6raux, et voici comme elle I'appr^cie :

J'admire la Bubiilite cle 1'esprit, et je vous avoue qu'il n'y a Tien, de mieux fait que le mandement. Je louerais tres-fort un heretique en la maniere que le pere de famille louait son depensier s'il etait aussi finement echappe de la condamnation ; mais des fldeles, des gens qui connaissent et qui soutiennent la verite de VEglise catholique, user de deguisement et biaiser, je ne crois pas que cela se soit jamais vu dans les siecles passes, et je prie Dieu de nous faire tous mourir aujourd'hui plutot que d'introduire une telle conduite dans son Eglise.

En verite, je vous le demande au nom de Dieu, dites-moi quelle difference vous trouvez entre ces deguisements et donner de I'encens a une idole sous pretexte d\me croix qu'on a dans la manche.

Jacqueline avail lu les Provinciates, et ce dernier trait va frapper en pleine poitrine Pascal, qui dans sa cinquieme lettre accusait les jesuites de permettre aux Chretiens des Indes a 1'idolatrie meme, par celte subtile invention, de leur faire cacher sous leurs habits une image de Jesus-Christ, a laquelle ils leur enseignent de rapporter mentalement les adorations publiques qu'ils rendent a 1'idole Gacinchoon et a. leur Keumfucum.

Ces reproches toucherent Pascal, et quand sa sosur fut morte, il eut bientdt 1'occasion de montrer qu'il avait he'rite' de son intr6pide, mais aveugie obstination a confesser sans deguisement, en fait et en droit, 1'orthodoxie de la doctrine de Janse~nius. Le mandement equivoque fut denonce" au roi et au pape (1661). Le roi, apres avoir pris 1'avis des ev^ques presents & la cour, r6voqua cette ordonnance, et le pape adressa aux vicaires-g6n6raux un bref qui ile"trissait leur conduite et leur enjoignait de faire un nouveau mandement et de prescrire la signature pure et simple du formulaire. Les vicaires-gene'raux, que le souverain pontife appelait semeurs de zizanie, pertin bateurs de I'Eglise, se soumirent d'assez mauvaise grace. Leur second mandement causa beaucoup d'embarras aux Messieurs et aux religieuses. On eut assez de peine de convenir des modeles de signature, les uns les trouvant clairs, les autres les trouvant obscurs. Enfin les religieuses se determinerent, par 1'avis des principaux Messieurs, a signer le mandement avec 1'addition suivante :

Nous abbesse, etc., considerant que dans 1'ignorance ou nous sommes de toutes les choses qui sont au-dessus de notre profession et de notre sexe, tout ce que nous pouvons est de rendre temoignage de la pureto

dc notre foi, nous declarons volontiers par ccttc signature qu'etant soumise avec un profond respect a N. S. P. le Pape et n'yant rien de si precieux que la foi, nous embrassons sincerement et de cceur tout ce que Sa Saintete et le pape Innocent X en ont decide, et rejettons toutes les erreurs qu'ils ont juge y etre contraires.

Pascal, anim6 desormais de 1'esprit de sa sceur, n'approuva pas cette addition, que deTendaienl Arnauld et Nicole. II soutenait que, comme dans la verit6 le sens de Janseirius n'6tait autre que le sens de la grace efficace, le pape Alexandre VII ayant condamn6 le sens de Jansenius, et le formulaire 1'exprimant ainsi sans expliquer ce qu'il entendait par la, on ne pouvait empecher que cette condamnation ne tombat sur la grace efficace, ni meme se defendre d'y avoir consent! en le souscrivant, a moins que d'excepter formellement la grace efficace et le sens de Jansenius ; d'ou il concluait que les religieuses ne 1'ayant pas fait, et s'etant contentees de marquer qu'elles ne souscrivaient qu'a la foi, leur signature pouvait etre prise pour une condamnation de la gri.ce efficace, puisqu'elles se soumettaient a tout ce que les papes avaient decide". II refuta ses amis qui combattaient son opinion dans un ecrit ou il s'exprimait ainsi :

... Dans la verite des choses, il n'y a point de difference entre condamner la doctrine de Jansenius sur les cinq propositions, et condamner la grace efficace... La maniere dont on s'y est pris pour se defendre contre les decisions des papes et des eveques qui ont condamne cette doctrine et ce sens de Jansenius, a ete tellement subtile, qu'encore qu'elle soit veritable dans le fond, die a ete si pen nettc ct si timide, qu'elle ne parait pas digue de vrais defenseurs de 1'cglise.

Le fondement de cette maniere de se defendre a ete de dire qu'il y a dans les expressions un fait et un droit, et qu'on promet la creance pour Fun et le respect pour 1'autre. Toute la dispute est de savoir s'il y a im fait et un droit separes, ou s'il n'y a qu'un droit: c'est-adire si le sens de Jansenius qui y est exprime, ne fait autre chose quo marquer le droit.

Le Pape et les eveques sont d'un cote et prctenclent que c'est un point de droit et de foi, de dire que les cinq propositions sont heretiques au sens de Jansenius; et Alexandre VII a declare dans sa constitution que, pour 6tre dans la veritable foi, il faut dire que les mots de sens de Jansenius ne font qiCexprimer le sens heretique des propositions, et qu'ainsi c'est un fait qui emporte un droit et qui fait une

portion essentielle de la profession de foi, comme qui dirait : Le sens de Calvin sur VEucharistie est heretique ; ce qui certainement est un point de foi.

Et un tres-petit nombre de personne qui font a toutes heures des petits ecrits volants, disent que ce fait est de sa nature separe du droit.

II faut remarquer que ces mots de fait et de droit ne se trouvent ni dans le mandement, ni dans les constitutions, ni dans le formulaire, mats settlement dans quelques ecrits qui oat mille relations necessaires avec cette signature, et, sur tout cela, examiner la signature que peuvent faire en conscience ceux qui croient etre obliges en conscience a ne point condamner le sens de Jansenius.

Mon sentiment est, pour cela, que comme le sens de Jansenius a ete exprime dans le mandement, dans les bulles et dans le formulaire, il faut necessairement 1'exclure formellement par sa signature, sans quoi on ne satisfait point a son devoir.

D'ou je conclus que ceux qui signent purement le formulaire, sans restriction, signent la condamnation de Jansenius, de saint Augustin, de la grace eflicace.

Je conclus en second lieu que qui excepte la doctrine de Jansenius en termes formels, sauve de condamnation et Jansenius et la grace efficace.

Je conclus en troisieme lieu, que ceux qui signent en ne parlant que de la foi, n'excluant pas formellement la doctrine de Jansenius, prennent une voie moyenne qui est abominable devant Dieu, meprisable devant les hommes, entierement inutile a ceux qu'on veut perdre personnellement.

Le judicieux auteur de I'Histoire des cinq propositions, 1'abbe Dumas, a fait observer que personne n'avait plaid6 plus vivement que Pascal pour la distinction du droit et du fait.

A entendre M. Pascal dans la dix-septieme et la dix-huitieme de ses lettres, rien n'6tait plus solide ni plus clair que la distinction et la separability du fait et du droit dans 1'affaire des cinq propositions : ii n'y avait, selon lui, nulle contestation sur le droit, mais uniquement sur le fait : en cela seul qu'on accusait le Pape de s'etre laiss tromper, et qu'on refusait d'acquiescer a sa decision; M. Pascal et les jans6nistes la recevaient tres-sincerement au regard du point de droit, et s'y croyaierit obliges ; le sens condamne" par le Pape n'e"tait nullement la doctrine de la grace efficace par elle-me"me ; cette doctrine 6tait reconnue orthodoxe par tout le monde, jusque dans Rome et meme des j6suites. G'est ce qui sert de fondement a ces deux lettres, et d'ofc M. Pascal prend occasion d'accuser le P. Annat

et les j6suites de passion, de malignite, de fourberie et de violence centre les jans6nistes (1).

Pascal, qui changeait si manifestement sa maniere de voir, accusait ses amis de variations sur la doctrine de la grace efficace ; il leur reprochait dans un ecrit volant d'avoir tenu dans les livres publics depuis les constitutions un langage different de celui qu'ils tenaient auparavant. Aussi il voulait qu'on revit tous ces livres pour les r6duire a une parfaite conformity. Ici encore il oubliait qu'il avait affirm6, parlant de ses amis, que leur doctrine sur la grace n' avait jamais change^ et qu'ils n'en avaient point eu d'autre que celle de l'6cole de saint Thomas. Ge qu'il y a de plus curieux dans ce curieux chapitre de 1'histoire des variations jans6nistes, c'est la response que nos Messieurs firent a Pascal. Us lui dirent que sans consulter Luimeme les preuves de ce qu'il avanpait, il se contentait des me'moires que lui fournissaient quelques-uns de ses amis, qui n'avaient pas regarde d'assez pres les passages dont Us les composaient. D'ou il etait arrive qu'il riavait pu eviter de tomber dans un assez grand nombre de meprises ; qu'il y avait dans son e'crit des histoires toutes fabuleuses qui servaient de fondement a ces pretendues contrarietes qu'il leur imputait ; et des dialogues ou Von fait dire aux gens de part et d'autre des chores dont il n'a jamais e'ie parle (2). N'est-il pas piquant d'entendre les jans^nistes faire chorus avec les jesuites pour reprocher a Pascal sa morale relach6e en fait de citations ? Mais pourquoi nos Messieurs trouvaient-ils mauvais ce qu'ils applaudissaient dans les Provinciales ? n'6tait-ce pas le cas de se rappeler la parole de 1'Evangile : a Ne faites pas aux autres ce que vous ne voulez pas qu'on vous fasse a vousmeme?

Les partisans de I'ambiguit6 et de l'6quivoque tenterent une derniere fois de rallier Pascal a leur sentiment. II y avait si peu de temps qu'il 1'avait abandonne, que I'esp6rance de 1'y ramener leur 6tait permise. Arnauld, Nicole, Sainte-Marthe, et d'autres encore des principaux, se r6unirent chez lui. L'assemblee, ayant entendu les raisons de part et d'autre, par d6f6rence ou par conviction, se rangea au sentiment de MM. Arnauld et Nicole. Ce que voyant Pascal, qui aimait la ve"rit6, dit

1. Ilistoire des cinq propositions de Jans&nius, 1. 1, p. 250,

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