‹ Les Jansénistes du XVIIe siècle [microform]Chapitre 191 sur 217 · A.brg6 de 1'Histoire ecclesiastiqno, t. xi, p · texte numérisé non relu

A.brg6 de 1'Histoire ecclesiastiqno, t. xi, p

autres ; de s'appeler h6r6tiques et d'ecrire sur les matieres contest6es.

Gependant quelque chose de la fraude des 6veques transpira ,a Rome. Clement IX, a deux reprises differentes, demanda des attestations formelles et officielles de la sincerite des 6veques. On les lui donna. Sur ces assurances renouvelees, le pape adressa un Bref aux quatre eVeques pour leur temoigner sa satisfaction de ce qu'ils avaient sign6 sincerement le formulaire, conform6ment a ce qui 6tait present par les lettres Apostoliques d'lnnocenl X et d'Alexandre VII. Quoique a 1'occasion de certains bruits qui avaient couru, disait le Souverain Pontife, nous ayons cru devoir aller plus lentement en cettte affaire (car nous n'aurions jamais admis a cet 6gard ni exception^ ni restriction quelconque, 6tant tres-fortement attach^ aux constitutions de nos dits predecesseurs) pr^sentement toutefois, apres les assurances nouvelles et considerables qui nous sont venues de France, de la vraie et parfaite obeissance avec laquelle vons avez sincerement souscrit le formulaire, nous avonsbien voulu vousclonner ici une marque denotre bienveillance paternelle.., D A la lecture de ce Bref I'ev6que d'Aleth vit bien qu'on avait donne au pape Fassurance d'une notoire faussete, savoir qu'il avait signe sans exception ni restriction et sincerement, alorsque ses amis lui avaient d6clar6 que C16ment IX autorisait la signature avec explication et distinction du faitet du droit.il s'en plaignit, et M. Arnauld rassura la conscience de son ami en lui faisant remarquer que le pape demandait une signature sincere, que les signatures avec distinction devaient etre estimees sinceres, comme en effet c'etaient celles qui 1'etaient le plus, la plupart de ceux qui onfc sign6 purement, ne 1'ayant pas fait sincerement. Cette grossiere casuistique ca.lma.les peines de M. d'Aleth et fut le dernier mot de cet accommo clement ou nos Messieurs, comme dit le P. Rapin, ne parurent jamais plus jansenistes, c'est-a-dire plus artificieux, plus ruses, plus imposteurs.

Voila ce qu'on appela la paix de 1'Eglise ou de Clement IX. G'etait une victoire pour les jansenistes ; ils la celebrerent par de grandes demonstrations de joie, et surtout par les ovations qu'ils firent aux plus illustres confesseurs de la v6rit6 (1). Ar-

1. Nos Messieurs s'attribnerent la vicloire en prose et en vers. Voiei quelques ileurs de leur poesio eclosos en ces jours de triomphe :

nauld reparut le premier. M. de Gondrin le conduisit chez le Nonce, qui lui dit que sa plume 6tait une plume d'or ; M. de Lyonne le pr6senta au roi. L'admirable Docteur s'6tait prepare a cetfce presentation. II y a sur cette preparation une page bien curieuse dans les M6moires de Brienne.

Quelques jours avant que ce docteur fut presents au roi, dit-il, me trouvant dans sa chambre, a 1'hotel de Longueville, jem'apergus qu'il souffrait quelque peine interieure, et lui en ayant demande le sujet, il me repondit fort simplement : Je vous avoue, mon cher monsieur, que je me trouve fort embarrasse, parce que, n'ayant jamais vu le roi, je ne sais pas bien comment il lui faut parler. Plus j'y pense, et moins je trouve en moi de paroles dignes de ce grand prince, et qui repondent a la reputation, bien ou mal fondee, que m'ont acquise mes ouvrages... Si vous vouliez, vous qui avez tant d'usage de la cour, me tirer de la peine et de 1'embarras ou je me trouve, je vous en aurais la derniere obligation. Je lui dis: Vous vous moquez..., moi, faire une harangue pour M. Arnauld ! Bla foi ! pour le coup si vous n'avez d'autre souffleur que moi, vous pouvez bien demeurer muet sur la scene qui vous effraie de loin, et vous paraitra de pres moins terrible.

Arnaldo, Annatoque odiorum gratia causa est : Hanc negat invictam hie, doctior ille probat.

Arnaldi in sermone lepos, et gratia multa :

Gratia in Annato nulla, leposve fuit.

Tandem composuit Rex, Papa judice, litem, Arnaldigue ratam sanciit esse ftdem.

Turn victus secum Annatus : Non gratia Ghristi Me vicit, gratia regis, a'it.

L'epigramme suivante est, dit le Recueil manuscrit ou nous ia trouvons, du celebre pere Bertaut, pretre de 1'Oratoire.

Invenit finem longos agitata per annos Quasstio . pax pulsis virginibusque data est

Juri sola fides, factis reverentia : sicque Quod nutnquam fuerat desiit esse malum.

La traduction janseniste qui accompagne celte piece confirme ce que nous discus de la fourberie et de la mauvaise foi des sectaires : Enfin le grand proces de la grace divine.

Malgre la bande noire en nos jours se termine. La celebre distinction Fail cesser la division.

Le respect pour les faits, pour le droit la creance,

Termes si longtemps contestes, Sujet de tant d'exils et de captivites, Finissent les debats qui d'eux prirent naissance

Et cette beureuse paix Nous purge d'un venin que nul ne vit jamais.

Mais que voulez-vous dire au roi? Figurez-vous que je le suis, et parlez-moi sans autre preparation, comme nous faisons ensemble des affaires da pretendu jaasenisme. II trouva 1'expedient fort bon, et ayant pris son long manteau, ses gants et son chapeau, je me mis gravement dans son fauteuil, et lui s'etant retire dans 1'antichambre afin de faire toutes les ceremonies dont je voulus bien 6tre son maitre, apres qu'il m'eut fait les trois profondes reverences qu'on a coutume de faire au roi, de la maniere dont je lui montrai a les faire, je me levai de nion fauteuil, et sans oter mon chapeau, j'ecoutai fort serieusement ce qu'il avail a me dire en qualite de suppliant, moi-meme ayant a lui repondre en qualite de roi de theatre. II me parla a son ordinaire de fort bon sens; et, sur-le-charnp, sans lui donner le temps d'oublier ce qu'il venait de dire, je 1'obligeai a prendre la plume et a le mettre sur le papier... II en fut content et moi charme, et il m'avoua que sans moi il aurait eu peine a se tirer de ce mauvais pas.

La repetition avail ete bonne : la representation r6ussit. Le roi dit a M. Arnauld qu'il etait bien aise de voir un bomme de son merite et qu'il soubaitait qu'il employat ses talents S. d6fendre la religion. II lui recommanda surtout de ne pas troubler la paix par de nouveaux Merits sur les contestations passers. M. Arnauld le jura. En sortant de chez le roi, il fut saluer le Daupbin et Monsieur ; il poursuivit pendant plusieurs jours ses triompbantes presentations. M. de P6r6fixe lui donna cordialement sa benediction. Le cure de Saint-Jacques-du-Haut-Pas alia le recevoir a la porte de son 6glise, ou il vint dire la messe, en surplis et en etole, comme on faisait a 1'archeveque ; il fit sonner toutes les cloches et allumer tous les cierges. Apres la messe, le Docteur alia diner cbez M. de Sevigny, ou on lui fit un grand regal. Tout le beau monde de Paris vint le complimenter a 1'botel de Longueville. M. Arnauld, dit le P. Rapin, rendit ses visites aux personnes distinguees par le rang ou le nom. II faisait cela volontiers, ayant assez bonne opinion de lui-meme... Mais Nicole qui 1'accompagnait, le faisait encore plus volontiers, n'ayant pas encore goul6 les douceurs du succes et la prosperity , parce qu'il avait to uj ours ete vagabond ou cacbe... L'evSque de Beauvais , qui voulut avoir part a la fSte, voulut aussi se montrer..., mais on ne lui conseilla pas de continuer, n'ayant rien en sa personne propre a faire honneur au parti. On trouvait mme je ne sais quoi de bas et de petit dans 1'exterieur du docteur Arnauld, dont la physionomie ne passait

pas le pretre de village (1) ou tout au plus le vicaire. Outre qu'il bredouillait, on avail peine a 1'entendre parler, car il n'avait plus de dents. Quand on disait cela a la duchesse de Longueville , qui n'en parlait qu'en Fadmirant : a G'est lui , toutefois , disait-elle , qui est devenu le soutien de FEglise (2).

M. de Sacy sortit de la Bastille, ou depuis deux ans on Favait enferm6 avec M. Fontaine pour arreter leurs manosuvres clandestines en faveur des religieuses rebelles. Son fidele compagnon fut aussi mis en Iibert6. J'avoue ma faiblesse, dit Fontaine ; j'avais si grande peur que son grand nom n'obscurcit. le mien, que j'avais bien pri6 qu'en servant Fun on eut soin aussi d'y joindre Fautre, To us les amis de M. de Sacy lui firent tour a tour un festin de rejouissance. Nul jour ne se passait sans que quelqu'un d'eux lui donnat ces marques d'amiti6. Partout ou il tait il se faisait un grand concours de monde, qui ne pouvait se rassasier de voir un nomine qui avait et6 si longtemps cacb6. II eut la joie qu'on vit en sa personne d'une maniere si 6clatante que c'etait Dieu qui le tirait seul de la puissance de ses ennemis visibles, comme cet humble d6fenseur de la grace avait soutenu toute sa vie que lui seul pouvait tirer les ames de la puissance des ennemis invisibles (3).

Mais rien ne surpassa le brillant 6clat du retour du P. Desmares , Fincomparable orateur. Tout Paris voulut Fentendre. On lui fit precber les quarante heures & Saint-Andredes-Arcs. Laissons parler le P. Rapin :

L'assemblee y fut belle ; le nonce y vint, accompagne du coacljuleur de Reims (le fils de Le Tellier) et d'autres prelats. La princesse de Conti, la duchesse de Longueville, le due et la duchesse de Liancourt, Arnauld, Nicole, Lalane, toute la cabale enfin s'y trouva. L'admiration y fut generale, les suffrages etant tous mendies et do persounes interessees. Jamais on ne precha d'un air plus triomphant au gout des gens du parti, ni d'uue plus grande mediocrite au gout do ceuxqui n'en etaient pas... Cependant a force d'eloges et d'admiration

1. 11 parait que les pretres de village du temps du P. Rapin n'avaient pas bonne mine. Cerlainement, si le reverend Pere eut vecu de nos jours, il n'aurait pas fait sa comparaison peu courtoise.

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