Lettres d'Eusebe Philatete aN. Francois lHortnas, p
Mieux encore que 1'eveque d'Angers, le P. Quesnel nous fait connaitre quels sentiments de soumission envers Rome animaient les jans6nistes a cette 6poque.
Plusieurs Facult6s de th6ologie avaient condamn6 un petit livre intitule : Les avis salutaires de la B. V. Marie d ses devots indiscrets, ou, sous prtexte de r6gler le culte de la Sainte Vierge, on le ruinait compleiement. Un decret du Saint-Office le proscrivit en m&me temps que les Notes du Pere de 1'Oratoire sur saint L6on. Des que cette condamnation lui est connue, Quesnel prend feu ; il en fait un Gommentaire ou il retrouve le langage furibond de Luther pour outrager le Souverain Pontife, les congregations romaines et vilipender 1'autorite du Saint-Si6ge. Ce n'est point un decret, selon lui, mais un libelle diffamatoire, contraire a la loi de Dieu et aux bonnes mffiurs, plein de fausset6s et d'impostures. II fcrouve que c'est une chose intolerable, une insolence insupportable que des cardinaux dependent a tout le monde de retenir les livres qu'ils condamnent ; que c'est un renversement horrible que de pilferer un petit moine appele inquisiteur aux successeurs des ap6tres et aux vicaires de J6sus-Christ, et qu'une congregation de moines, presides par un pretre ou un clerc habille de rouge, ait la hardiesse de menacer, de punir les vques et les rois m6mes. Apres avoir ainsi commente le Decret de Yindea), Quesnel ecrivit une' lettre au pape Clement X et une histoire de la censure : ces deux livres n'avaient rien a envier au premier. Que mon ouvrage, dit-il dans 1'un, ait 6t6 condamn6 dans un jugement ou je ne voudrais pas meme qu'il eut 6t6 approuve, c'est ce qui est bien plus honteux pour le Saint- Si6ge. Bt dans 1'autre : Je sais bien que cela ne sera pas agr6able a Rome : mais il est bon de leur montrer les dents (1).
Louis XIV trouva mauvais ce que le P. Quesnel trouvait bon et empecha ces Messieurs de montrer les dents. Ayant appris que le docteur Arnauld et sa suite logeaient toujours a I'hotel de Longueville, qui devenait la retraite de la cabale, ce qui lui parut avoir un m6cb.ant air, il pria assez s6rieusement le prince de Gond6 de dire a la duchesse, sa soeur, que cette retraite et cette assemblee de gens de parti, qu'elle tenait en son hdtel,