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Troisi&me gemiswrnent d'une dme, p

6pouvantait s'6vanouit ; on rit me"me qaand on apergoit Santeuil folatrant avec les solitaires et les religieuses sous ces cloitres qu'on s'attendait a trouver remplis de scenes de violence ; on se rejouit de n'avoir pas 6t6 trompe par les recits fantastiques des victimes et de n'avoir pas maudit avec elles des tyrans imaginaires.

Le premier indice qu'on eut a Port-Royal des desseins arretes pour l'6craser dans sa prospe"rit6 renaissante fut une visite que 1'arcbeveque de Paris c'etait M. de Harlay depuis 1670 y fit faire par I'abb6 Promageau, vice-gerant de 1'officialit6. Selon 1'usage, la mere Angelique ecrivit le recit de cette visite. J'extrais de sa narration le passage suivant, qui nous montrera que les plumes veridiques des saintes filles savent d6guiser la v6rite.

Insistant sur la tristesse du lieu et sur ce que le Desert 6tait si affreux a voir qu'il semblait qu'on eut voulu y enterrer la maison, I'abb6 insinua a que n&inmoins la bonne compagnie rendait tous les lieux agr6ables, et qu'il y avait eu depuis longtemps, en celui-ci, beaucoup de personnes d'un me>ite extraordinaire. Je lui dis en passant qu'on avait fort augment^ le nombre dans les recits que Ton en faisait et que, pour moi, je n'y avais jamais vu plus de cinq ou six ecclesiastiques (les journaux manuscrits de 1'abbaye renfermaient cependant en ces annees memes le nom de soixanteseize ecclesiastiques). II r6pliqua qu'il parlait, en general, de tant d'habiles gens, ecclesiastiques ou laiques, qui 6taient ici, parce qu'on ne les d6melait pas. Je lui r^pondis que je n'en avais connu qu'un seul lai'que (les memes journaux en comptaient vingt], qui 6tait M. Le Maitre, que Ton put designer ainsi ; que d'autres personnes en petit nombre qui avaient et6 ici, n'6taient point des personnes d'6tude, et qu'ils s'y occupaient dans des emplois ou de pite ou de cbarite", en servant la maison en diverses cboses...

Je ne puis m'emp^cher, en cet endroit., dit M. Sainte-Beuve, d'observer que la mere Angelique, sans alterer la verite, et en se tenant sur la defensive selon son droit, a la fois par prudence et par bumilit6 diminue pourtant, en fait, 1'importance de la reunion de Messieurs de Port-Royal. Gertes, les jours de fete et dans les saints temps, dans le Careme, a Paques, dans 1'octave du Saint-Sacrement, lorsque le D6sert conviait tous

ses fideles, il y avait la un plus grand nombre de personnes d'etude... Mais le propre de ce monde de Port-Royal, de ce qu'on appelle vaguement ces Messieurs, c'est de n'etre ni une socie"te, ni une congregation, ni quelque chose d'organis6 et de saisissable. Laissez les faire : ils arrivent de tous les cotes, ils s'assemblent et se rallient d'eux-memes sans bruit, ils refont leur ruche ; mais a la premiere menace, au moindre signe d'orage, ils se dissipent, ils sont rentrs chacun dans leur ombre, et Ton ne trouve plus rien (1). G'est toujours le jeu de gobelets.

Huit jours apres la visite de Fabb6 Fromageau, le mercredi 17 mai 1679, Farcheveque se rendit lui-meme a Port- Royal et, avec \me politesse parfaite, il defendit aux religieuses, dc la part du roi, de recevoir de nouvelles postulantes jusqu'a ce qu'elles fussent reduites a cinquante professes de choeur, leur ordonna de renvoyer les postulantes actuelles ainsi que leurs pensionnaires ; enfin, il pria M. de Sacy et les autres eccle"siastiques de quitter sans retard le Desert. Le meme jour, apres le depart de M. de Harlay, entre cinq et six heures du soir, mourut une religieuse, soBur Franchise Le Camus de Buloyer de Romahrville. Le lendemain. le corps 6tant sur le bord de la fosse, la mere Angelique lui mit entre les mains jointes sur la poitrine, une requete au grand pasteur des brebis que Dieu a ressuscite d 'entre les morts.

Nous en appelons a votre tribunal, Seigneur Jesus ! Les juges de la terre ferment Faeces aux plus justes plaintes, parce qu'ils veulent faire 1'injustice sans contradiction: mais vous 6tes vous-meme notre justice, et vous nous rendrez et justice et misericorde. Conservez-nous dans votre verite, et nous rendez inebranlables dans Funion de la charite. Ame favorisee, qu'une providence de Dieu si particuliere vient de delivrer si heureusement du filet des chasseurs, benissez sa bonte et lui temoignez votre reconnaissance en le priant d'etendre sa misericorde sur toute cette famille a laquelle il nous avait unie. Qu'il ne la laisse pas sans conduite, et qu'il lui conserve des pasteurs prudents el fideles pour Fempecher de s'egarer dans ce temps d j obscurite, afin que ceux qui s'efforcent de tendre des pieges aux ames qui volent, n'aient pas le pouvoir d'en arreter aucune pour Fempecher de s'elever jusques a Dieu et d'y demeurer eternellement unie.

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