‹ Les Jansénistes du XVIIe siècle [microform]Chapitre 2 sur 217 · Reponsp, 1855. 2, Discours · texte numérisé non relu

Reponsp, 1855. 2, Discours

3. Reponse de M. V. Hugo au discours do M. Sainle-Beuve, 1845<

4. Jules Janin, Discours de reception a 1'Acadeinie frangaise/j

nous assurd qu'A pcitie entr& dans la lecture de cette histoiro, ait bruit des chapclets qui s'agitent, il s'6tait arrete, eperdu de tant de science unie a tant de malheur. II nous monlra 3VI. Sainte-Beuve s'incimant avec tendresse au seulnomde M. deSacy ; celebrant en touts occasion cet esprit plein de feuel de lumiere, d'agrement el d'enjouement, cette gaite vive ct Icgere des Ames innocentes ; faisanl de Pascal (aslre dclatant qui va mon tant sans ccsse el grandissant . toujours] Vetoile dc Port- Hoy al, dans ce cloitre a peine acheve ou se joue un rayon de Lesueur. Apres nous avoir 6blouis par ces feux, ces lumieres. ces astres, ces etoiles, ces rayons, M. Janin nous donna le frisson : Ah ! -messieurs, la terrible histoirc de ces grands solitaires ! on les trains de bastille en bastille... Et le sensible auteurde I'Ane mort ctla Femme guilloiine'e r^pandait son plcur academique sur ces Tictiraes de i'intolerance de Louis XIV, sur leurs cendres dispersees, sur leurs tombeaux profanes. Puis il revenait a M. Sainte-Beuve prenani conge de la sainlc phalange et des amis qu'il entourait dc ses respects les plus iendrcs, et relournant A Voltaire ct A la religion d' Horace.

Dans sa reponse aunouvel clu,M,Doucet bru.laa.son lour son grain d'encens devant leshommesadmirables)> dePort-Ptoyal.

Suus ces voutes reconslruites par M. Saiulc-Bcuve, comme aulrefois sous les arccaux du vicux (I) cloiirc, dii-il, nous saluous avec respect, en les voyant passer sileneieux et graves, les pieux solitaires qui, au milieu des splendours et des fetes du XVJi siecle, retires du monde et lui portant ombrage, devaient, a force de vcrtu, meriter bientot les honneurs de la persecution et du martyre... Du fond mcme de cette retraite, et ne s'occupant plus du monde que pour le sativer aussi, ils travaiilaient a reformer les moeurs par la severite de leur docU-ioc, et a rcgenerer, par la foi, la societe en peril, a la veille de ce xv-iii siecle dont ils apercevaient de loin les torches plus que les flambeaux.

Assortment nous n'avons pas entendu a Port-Royal le bruit des chapelets qui s'agilaient ; n6anmoins nous connaissons un peules Jausenistes. Nous nous sommes donne 1'honneur de les saluer u sous ees voutes conslruites par M. Sainte-Beuve. (Notre age ne nous permet pas d aj outer : Comme autre-

t. M. Janin dil au comraire : un cloUre a pcine achevd.

fois sous les arceaux de leur vieux cloitre. ) Nous les avons aussi salues sous bien d'autres voutes, car on a beaucoup ball a la gloire de ccs Messieurs, et eux-memes se sont 61ev6s, de leurs propres mains, de nombreux temples qu'ils ont remplis de leurs portraits et de leurs statues fort respected par la piet6 filiale des deniclieurs de saints. G'est pourquoi nous avons 6t6 surpris lorsque nous les avons entendu appeler times innoccnles, grands solitaires, sainte phalange ; lorsque nous avons entendu raconter que la vertu leur me'rita les honneurs deJa persecution et du martyre ; qu'ils ne s'occupaient du monde que pour le sauver ; qu'ils travaillaient a regenerer, par la foi, la society en peril; qu'ils vivaient dans I 'ombre d'une vie intericurc et douce. Sans doule, en accomplissant, selon les rites presents, ce sacrifice de louanges, les deux immortals, semblables aux augures Iettr6s du beau siecle de Rome, n'auraient pu se regarder sans rire.,M. Sainte-Beuve ne les en aurait pas blames. Les tendres respects dont Imminent bistorien entourait Port-Royal sont souvent me!6s *de quelques irrev6rences qui ne blessent pas trop la verite. G'est ainsi qu'il assurait que pour tout 1'or du monde, il n'irait pas dans le Port-Royal du xviu e siecle. Cependant les devots de Saint-Cyrari ct ceux du diacre Paris sont absolument de la mSme famille. Meme pour les patriarches, les saints et les purs du premier Port-Royal, M. Sainte-Beuve laissait parfois tomber le voile charitable qu'il jetait d'ordinaire sur leurs imperfections, nous n'osons pas dire encore leurs peches. Des la premiere page de son bisloire, il nous apprend que Saint-Cyranfut une especede Calvin au sein del'Eglisecatbolique et del'episcopat gallican; quelareligionadopt(eaPort-Royal etexprimeepar Saint-Gyran 6tait 1'essai anticip6 d'une sorte de tiers 6tat superieur, se gouvernant lui-meme dans 1'Eglise, une religion non plus romaine, non plus aristocratique et de cour, non plus devotieuse a la fagon du petit peuple, mais plus libre des vaines images, des cdremonies ou splendides ou petites, et plus libre aussi, au temporel, en face de I'autoritS ; une religion sobre, austere, ind6pendante, qui eut fonde veritablement une re'fbrme gallicane ; que les Jansenistes, accuses sans cesse d'un systeme d'opposition politique en meme temps quereligieuse, le prireut peu a peu et i'adopterent; que Port-Royal n'avait pas eu, memo au temps le plus glorieux de son esprit, ce qui pouvait modifier et modeaer 1'avenir, une fois emancipe ; qu'il eut tort de ni 1 pa.s se taire, se retirer, s'abimer au lieu de s'en-

gager dans un sentier inextricable de ronces. De son cote, M. Cousin, maudissant les deformations que le Jansenisme fit subiraux graces natives, aux qualit^s premieres de quelquesunes deses amies du grand siecle, appelleSaint-Gyran homme fatal, qui introduisit dans Port-Royal une doctrine particuliere, imprima, a une osuvre simple et grande le caractere etroit de I' esprit de parti, et fit presque d'une reunion de solitaires une faction (1) .

Ainsiaverti, nous avons voulu contempler les Jans6nistes, non pas dans les nuages de 1'apothe'ose que lies acadernieiens leur d6cernent, non plus memo dans le cadre longuement et artistement travaille" ou M. Sainte-Beuve a place" leurs portraits remis a neuf avec une supreme habilite", mais dans les livres ou ils se sont peinls eux-memes, et dans ceux ou leurs contemporains ont consign6 les traits de leur physionomie. Nous les avons vu apparaitre au lever radieux du xvn e siecle, et quand, a leur suite, nous sommes arriv6 au soir de cette grande 6poque, un lamentable spectacle nous attendait : I'e'clat religieux de la France p/Uissait et s'eteignait peu k peu. La licence et 1'impie'te', longtemps contenues, grandissaient, montaient et envahissaient bientot toutesles classes de la societe : le xvm siecle commengait ; et, avant qu'il eut acheve sa carriere, une revolution sanglante, sortie de ses entrailles corrompues, 6pouvantait le monde. Nous nous sommes alors demande quelle cause avait produit cette etrange succession d'evenements qui faisait passer, dans la destinee de notrepays, Tempire de la religion au libertinage, a Pincredulite, a la Terreur. Les amis memes de Port-Royal ont e"te obliges de nous r6pondre que Port-Royal est pour beaucoup dans les causes qui amenerent le xvm siecle ; que telle page de Nicole engendra telle page de Diderot ; que ce qu'un des descendants les plus directs de Pascal, Paul-Louis Courier, a dit du confessionnal, 1'auteur des Provinciates 1'a prepare ; que la mort d'Arnauld, exile quoique fidele a son roi, fut payee avec usure par le janseniste Camus, moins royaliste que Dumouriez, et parl'abb Gregoire, plus hardi a renverser que Mirabeau (2). A 1'Academie frangaise, il est scant de dire que le Jans6nisme

\.JacquelinePascal, p. 38.

2. Port-Royal, par Sainte-Beuve. (Troisiciue edit. Paris, Huchettc ct C" !7.)T.I, p. 15-39.

travailla h sauver, par la foi, la socle" te en pe"ril, a la veille de ce xvin e , siecle, dont il apercevait de loinfla sombre arme"e de 1'Encyclopedie, les torches plus que les flambeaux . Mais 1'histoire affirme qu'il perdit la societe du fxviis siecle ; qti'il en ouvrit les portes a la sombre arme"e ; qu'il allama les flambeaux et les torches du XYHI siecle et que ses disciples les porterent. En effet, par sa morale outr6e, il favorisa la licence des moeurs ; par ses dogmes inhumains, il enfanta 1'incredulit6 ; par sa revolte contre 1'autorite ecclesiastique, il enseigna la re" volte contre 1'autorite civile. En I'etudiant dans ses representants les plus remarquables, nous le verrons travailler a cette osuvre de destruction universelle.

Nous ne publions pas des documents inedits ; nous osons

esperer cependant que notre livre ne sera pas entierement

depourvu de 1'attrait de la nouveaute', tant on est peu habitu6 a

voir les Jansenistes tels qu'ils furent. Ce n'est pas aux sources

ennemies seule que nous avons emprunt6 nos secils ; nous

avons encore puis6, et largenient, dans les ouvrages sortis de

Port-Royal en si prodigieuse abondance. A la ve>it6, tandis

que, de nos jours, les maitres de la critique et de 1'histoire

n'ont recueilli que les paillettes d'or routes par ces flots de

Mcmoires, de Relations, &' Apologies, de Petits traites, et ont

abandonne^ avec un exquis discernement, tout ce qui n'6tait

plus du gout de noire age, nous nous sommes montre moins

dclicat et plus impartial. Afin de restituer aux Messieurs et aux

Dames de la grace leur physionomie originale, nous n'avons

pas craint de mettre en lumiere bien des traits peu flatteurs

laisses dans 1'oinbre et d'en rectifier un grand nombre dont lo

pinceau fantaisiste de leurs admiratcurs les avail embellis.

Mieux que personne, M. Sainte-Beuve a su idealiser ses amis.

II nous a donne lo secret de son art : il n'a fixe que les doux

Eclairs d'un si grave sujet, les reflets de douceurs; il n'a eu sur

le dogme qu'im avis serieux et respectueux ; aux plus chauds

instants de la dispute sorbonique et jesuitique, durant les

debats opini^tres du Formulaire, et quand, au dehors, de^Rome

a Louvain et du col!6ge de Clermont aux banes de 1'Universite,

les intrigues, les clameurs et une sorte d'invective poudreuse

ou de belle humeur de refectoire faisaient le plus rage, il a

laisse ces complications et ces vociferations peu attrayantes,

et, soupirant ces vers du poete :

rives du Jourdain ! champs aitnes des deux !

Sacres monts, fertiles vallees !...

il se repliait au Desert et recueillait les parfums qu'exbalaient le cloitre, le sanctuaire, la cellule et le guicbet des aumones, la pratique chr6tienne des moeurs et I'int6rieur inviolable de certaines ames, le cabinet d'etude pauvre et silencieux, la grotte des conferences pres de la source de la mere Angelique et non loin des arbres planter de la main de d'Andilly (1). Mais M. Sainte-Beuve, qui avait tout vu et tout entendu au saint vallon, connaissait les miseres, le cot6 malade, les singularites des illustres solitaires ; et, comme il avait ses heures de franchise, il les a revele"s avec des reflexions fort judicieuses, au risque de laisser soupgonner que ses tableaux seraient plus vrais si les couleurs en 6taient moins belles, Nous avons profile des relations et des reflexions de M. Sainte-Beuve ; en retour, nous signalons, cbemin faisant, les torts les plus manifestos dontle dernier bistorien de Port- Royal s'est rendu coupable envers la ve>ite. Gar M. Sainte- Beuve avait beau se proclamer homme de ve"rite, observateur sincere, attend f el scrupuleu-x, la liaine de tout ce qui tient a 1'Eglise catbolique troublait souvent sa vue, 1'engageait dans le parti pris, le rendait injuste, lui faisait commeUro d'etranges oublis, le poussait a 1'invective et melait sans cesse a Tor pur de sa belle litteralure les scories de la libre pense.

Pour oser juger les Jans6nistes du xvn siecle et leur dernier nistorien a 1'encontre des arrets de 1'Academie frangaise, nous avons ete soutenu par la pens6e que nous remplissions un devoir d'une incontestable opportunite, celui de montrer quels bommes ont fonde cette ecole de catholicite distincte qu'on voudrait r6tablir aujourd'bui, meme par la force, au milieu des peuples fideles ; de rappeler de quelles boucbes et de quels coeurs sont sorties ces baleines de Port- Royal qui, sous des noms divers, essaient de susciter encore dans 1'Eglise 1'esprit d'opposition, alors que Fautorite doctrinale du Pontife romain est entouree d'un bommage plus sincere et plus universel que jamais. Puisque les idees de lagrande famille sont debout, puisque des cboses qu'elle a scmees beaucoup ont germe ,

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