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Sainte-Beuve, Porl-Royal, t. i", p

persecution, dont les principales phases furent : I'Arr&t qui ordonna la reunion des biens de Port-Royal des Champs a ceux de Port-Royal de Paris (f6vrier 1707), 1'Appel des religieuses a la Primatie de Lyon et leur excommunication (novembre 1708), la bulle demanded et obtenue pour la suppression et 1'extinction du monastere r6volt6 et pour la reunion de ses biens au couvent de Paris (1708) . Ges mesures donnerent lieu a une avalanche d'oppositions, de protestations, de me"moires et de requites. Devant cette avalanche de paperasses ou il reconnait les sosurs de gens de loi, les filles d'Arnauld et de parlementaires, M. Sainte-Beuve cesse de voir avec les yeux du simple bon sens et il s'6crie :

Oh ! que si jamais il y avait cu moyen pour la France, pour ce pays d'honneur et de folie, de devenir un pays de force et de legalile ou Ton defendit son droit pied a pied, meme par chicane, mais ou on le defendit jusqu'a la mort et ou des lors on le fondat, c'eut ete (je 1'ai senti bien des fois dans cette hisloire, et je le sens encore plus distinctementa cette heure), c'eut ete a condition que 1'element janseniste, si peu aimable qu'il fut, I'element de Saint-Cyran el d'Arnauld, n'eiit pas ete tout a fait evince, elimine, qu'il eut pris rang et place reguliere dans le temperament moral de la societe franchise, qu'il y fut entre pour n'en plus sortir. L'ecole qui serait issue de Port-Royal, si Port-Royal eut vecu, aurait fait noyau dans la nation, lui aurait peute"tre donne solidite, consislance; car c'etaient des gens, comme me le disait M. Royer-Gollard, avec quil'on savaitsur quoi compter; caractere qui a surtout manque depuis a nos mobiles et brillantes generations franchises.

Ainsi la France serait devenue un pays de force et de Iegalit6 si le Jansenisme, qui ruinait la force de la nation en brisant son unit6 polilique et religieuse, et d6truisait la 16galit6 en m^prisant la source sacr6e de la loi: I'autorit6, fut entr6 dans le temperament moral de la societe franchise. H61as ! il n'y entra que trop, il n'en forma que trop le noyau empoisonn6 I Des le milieu du xvn e siecle, ses influences d61eteres se r6pandirent partout : il s'empara da temps et des facult6s d'un assez grand nombre d'6crivains qui pouvaient se rendre utiles, suivant leurs forces, a la religion, a la philosophie, et qui les consumerent presque entierement en ridicules et funestes disputes. Port-Royal divisa 1'Eglise ; ilcr6aun foyer de discordes, de defiance et d'opposition au Saint-Si6ge ; il aigrit les esprits

ct les accoutuma a. la resistance ; il fomenta le soupQon et 1'antipatbie entre les deux puissances ; il les plac.a dans un etat de guerre habituelle qui n'a cess6 de produire les chocs les plus scandaleux... ; il ecrivit centre le Galvinisme et le conlinua moins par sa feroce tbeologie qu'en plantant dans 1'Etat un germe ddmocratique, ennerai nalurel de toute hierarchie (1). Quand le Jans6nisme triomplia, au xvin" siecle, avec le Parlementarisme, il acheva de renverser I'dcole de respect, le vrai catholicisme, qui seul peut nous donner solidit6 et consistance ; il lui substitua une <5cole de m6pris et de r6volte d'ou sortirenttoutes nostempetes sociales. Nel'oublions pas, le Jans<nisme Ccrivit la constitution civile du clcrge, conseilla la mise en jugement de Louis XVI et applaudit & sa raort. M. Sainte-Beuve cite une parole de Royer-Gollard, dont le veritable sens meriterait d'etre longuement interpret^ : ci tons-en une de de Maistre, qui n'a pas besoin de commentaire. Tout Fran cats, a dit 1'illustre penseur, ami dcs Jansenistes, csl un sot ou un Janseniste.

A mesure que la catastrophe approcbait, les amis dcs religieuses condamne'es redoublaient de zele, et aussi de fureur. Les meres de V Eg Use pourvoyaient g6n6reusement & Fentretien de celles qu'on venait de de"pouiller de leur temporal ; elles affirmaient toutes, comme mademoiselle de Joncoux, qa'elles vcndraicnt leur cotillon pluidt que de les laisser manguer de quclque chose. Quant aux Messieurs, cache's sous le voile de Fanonyme, ils faisaient les prophetes de malbeurs et remplissaient la cour et la ville de terribles menaces. Ils predisaient a. 1'archeveque qu'il mourrait tristement comme ses deux pr6decesseurs et qu'il aurait le sort reserv6 aux timides, dont le partage est d'etre jete dans I'etang brulant de feu et de soufre qui cst la seconde mort. Ils annongaient que les revers dont la France etait accablee 6taient des signes mauifestes de la vengeance de Dieu indign6 du traitement inflig6 a ses saints. Tout le monde, s'ecriaient-ils, est frapp6 de ce que, depuis qu'on a jure lapcrte dc Port-Royal, il n'y a plus que d6concertement dans nos conseils, que I^cbet6 dans nos g6n6raux, que faiblesse dans nos troupes, que deTaites dans nos batailles.

i. De Mnislre, de I'Eglise gallieane, liv. i, chap. v.

II parait que Dieu nous a rejet6s, et qu'il ne marche plus h la tete de nos arm6es, si redout6es autrefois, et toujours victorieuses jusqu'd la resolution prise pour la ruine de cette maison.

Ces voix sinistres n'effrayerent personne : la ruine de Port- Royal fut accomplie. AutorisS par une bulle qui supprimait le titre de 1'abbaye des Champs et permettait la translation en d'autres monasteres des religieuses, afin que le nid oii I'erreur avait pris de si pernicieux accroissements fut entierement ruine el de'racine" (1), le cardinal de Noailles, dont le roi avait plus d'une fois blm6 les lenteurs, rendit une ordonnance par laquelle il de"clara le titre de Port-Royal des Gbamps 6teint h perpeiuite'. Peu apres, Louis XIV ordonna a son lieutenant civil, M. d'Argenson, de se rendre aux Champs et de disperser en diverses villes ces filles obstin^ment rebelles, qui se moquaient des arrts du Conseil, comme des .constitutions apostoliques. De 1'aveu me" me des Jansemstes, les ordres dela cour furent ex6cuts avec beaucoup de douceur et de charitS. Le 29 octobre d709 les quinze religieuses de chceur et les sept converses qui composaient toute la communaut6, furent partage"es entre Rouen, Autun, Chartres, Amiens, Compiegne, Meaux, Nantes, Nevers, et Saint-Denis.

Le nid de Th^re'sie 6tait vide, mais il demeurait pour les h6r6tiques un signe de ralliement et d'esp6rance. Us empruntaient aux Israelites exi!6s le chant que le souvenir de la ville sainte plagait sur leurs levres : Sije t'oublie, 6 Jerusalem, que ma langue s' attache a monpalais et que ma droite sedesseche. Le roi fut persuad6 que les Jans6nistes feraient de Port-Royal-

1. Appeler le nid de I'erreur, comme on fait, un monastfere qui a 6t6 comme le berceau oil la purete de la morale chretienne, de la discipline ecclesiastique et de la vie religieuse a repris naissance ; un lieu qui a servi de retraite aux defenseurs de la grace de Jesus-Christ, et a un si grand nombre de saints solitaires et d'illustres penitents ; un lieu ou le Saint- Bsprit s'est manifesto en tant de manieres et par des operations et des ceuvres si eclatantes de sa vertu; qu'on ose, dis je, appeler le nid, de I'erreur ce sanctuaire de la verite et de la charite, je ne crois pas que ce soil un moindre blaspheme que celui que les Scribes et les Pharisiens commeltaient en attribuant au Demon 1'operation divine du Saint-Esprit, qui chassait les Demons des corps qu'ils possedaient. (Leltre du P. Quesnel.) Quel humble et respectueux langage, et qu'il prouve bien que Port-Royal etait un nid d'heretiques.

des Champs un lieu de pelerinage, oft ils se retremperaient dans 1'esprit de leurs maitres, en attendant qu'ils pussent le repeupler ; il ordonna la demolition des batiments par un Arret du Gonseildu 22 Janvier 1710. L'eglise elle-meme ne fut pas 6pargnee. Gette destruction du celebre monastere rendit ncessaire Fexhumation des corps qui y avaient ete ensevelis. Quand les disciples de saint Augustin virent les murs de leur chere Sion tomber sousle marteau des ouvriers et les d6pouilles des saints arrache'es a leurs tombeaux, ils 6claterent en g6missements et en imprecations :

Souvenez-vous, Seigneur, des enfants d'Edem, s'ecriaient-ils, de ce qiCils ont fait au jour de la ruine de Jerusalem, lorsqu'ils disaient:Exterminez, exterminez tout jusqu'a ses fondements. Elle n'est done plus cette maison ou vous faisiez eclater la gloire de votre saintete. Celle qui etait inondee du torrent des delices de "votre grace..., ou vous conduisiez ce que vous aviez de plus cher.. , est deveuue comme elle etait autrefois un desert sombre etaffreux.... Grand Dieu, verrez-vous, cette desolation d'un ceil serein et tranquille ? Vous retiendrez-vous encore? Demeurerez - vous dans le silence...? Mais votre temps est marque, 6 Dieu de vengeance (1) ! N'avez-vous pas deja tonne centre les ennemis de votre nom?... On disperse vos vierges et nos armees sont dissipees; on demolit la maison de vos epouses, et nos villes sont abandonnees au pillage de 1'ennemi...; on ruine 1'edifice, et le premier ne du prince de votre peuple tombe a cote du trone meme. On arrache les fondements, on ouvre les tombeaux, et le second heritier de la couronne est enseveli avec son epouse dans un meme tombeau. On ordonne que le temple mdme soit ruine, et celui (le dernier dauphin) qui a peine venait de recevoir le titre de son auguste esperance expire, et se trouve enveloppe dans un meme deuil (2).

La haine des Jans6nistes centre la royaut6 ne devait pas etre assouvie par tes malheurs qui frappaient la famille du roi et la France. Elle ne sera satisfaite que lorsqu'elle aura brise le trone de Louis XIV et Iivr6 aux vents les cendres royales de Saint-Denis. G'est un ami qui nous Paffirme. ((Patience ! dit-il, tout se paiera avec usure : le jans6niste Camus sera moins royaliste que Dumouriez ; 1'abbe" Gregoire, en hardiesse de renversement, ira plus loin que Mirabeau (3)... On le lui

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