‹ Les Jansénistes du XVIIe siècle [microform]Chapitre 204 sur 217 · Sainte-Beuve, Port-Royal, t. vi, p · texte numérisé non relu

Sainte-Beuve, Port-Royal, t. vi, p

racontent s6rieusement que d'6clatants miracles confondirent alors les ennemis de Port-Royal et ils s'e"crient : Seigneur, les dmes, dont on profanait la sacree depouille, ontjele des cris de dessous votre autel, vous les avez ecoutees , votre puissance a paru. Non; ce ne fut pas la puissance de Dieu qui parut en ces journe'es pleines d'horreur : ce fut sa vengeance.

Quittons cette solitude maudite ou les fils 16gitim.es des illustres fondateurs de Port-Royal, les convulsionnaires de Saint- M6dard, vont bientot accourir et aj outer, to uj ours pour couvrir de honte leurs calomniateurs , des prodiges nouveaux a ceux de leurs peres. Nous avons Iaiss6 Arnauld sur le chemin de 1'exil ; remontant le cours des ann6es, il nous faut rejoindre le grand docteur et raconter son odyss6e.

Nicole sesepared'Arnauld fugitif. But schismatique des traductions jansenistes de la sainte iScriture. Arnauld les defend. II trouve des freres et des s&urs en Hollande. Anciens catholiques romains et vieux catholigv.es. Arnauld et la declaration de 1682. II combat a Rome V opportunity de lacondamnation de la Declaration. II propose a Paris la convocation d'un concile national. Jansenistes et Protestants. Description de la demeure du docteur exile" , son genre de vie. La maison des filles de Venfance. Le p6ch& philosophique. La fameuse fourlerie de Douai. Mori d' Arnauld. Son testament spirituel. Son epilaphe. Querelle de Santeuil avec les Jesuites et les Jansenistes. L'ceuvre d'Arnauld jugee a ses fruits. Conclusion.

On se rappelle le moment que choisit Arnauld pour fuir a l'e"tranger ; ce fut au lendemain de la visite de M. de Harlay a Port-Royal, alors que le roi et Tarchev^que allaient me tire la cognee a la racine et extirper enfin le jansenisme. L'occasion 6tait belle de mourir au poste d'honneur, sur les remparts d' Israel. L'intre'pide delenseur jugea qu'a son age il ne lui convenait plus de faire le lionceau. Si nous ne craignions de lui manquer de respect, nous dirions de lui ce que ses amis dirent un jour du pere Ferrier, a l'6poque du premier projet d'accommodement,que, ne pouvant mordre de pres, il se contenta d'aboyer de loin.

Arnauld sejourna quelque temps a Mons, puis k Tournai, a Gourtrai, a Gand,a Delft, et finit par se fixer a Bruxelles. II etait partout en pays ami : Ges contrees, dit Saint-Simon, fourmillaient de jans6nistes. Des son entree dans la Flandre espagnole, il rencontra Nicole. Le fidele lieutenant n'^tait pas dcid6 a suivre son g6n6ral dans de nouveaux combats. II s'6tait 61oign6 de Paris, a moins pour 6viter la persecution de ses ennemis que pour se soustraire aux tracasseries de ses amis qui d6sapprouvaient la resolution qu'il avait prise de ne

plus 6crire sur les contestations (1). Arnauld essaya de persuader a Nicole qu'ils devaient travailler encore a miner le fantome du janse'nisme ; il n'y r6ussit pas. Nicole essaya a son tour, sans succes, de ramener Arnauld en Prance. Alors Elisee abandonna Elie au grand scandale des fideles de la nouvelle Eglise, qui 1'accablerent d'amers reproches. Tout le monde me lapide, 6crivait Nicole a madarae de Saint-Loup, une des affixes actives et considerables de ces Messieurs (2) ; il ajoutait : ... Quoique j'aie de mon cot6 un tel amas de pierres autour de moi, qu'il semble qu'il y en ait de quoi repousser tout le genre humain, je ne daignerais pas n6anmoins en jeter a personne. Nicole, nous 1'avons vu, jetait bien quelques pierres a la tete de ses censeurs, mais c'e'laient des gens, disait-il, qui avaient la t&ie a I'epreuvede ses pierres qui n'etaientque des raisons, en cela differentes de celles qu'on lui jetait, qui ressemb latent fort a des injures.

Tandis que Nicole revenaifc finir paisiblement ses jours a' Paris, Arnauld se remettait & guerroyer. II attaqua d'abord Mallet, chanoine et archidiacre de Rouen, qui avait 6crit contre le Nouveau Testament de Mons et contre les traductions des Ecritures enlanguevulgaire. Ces traductions, comme d'ailleurs la traduction des auteurs profanes, grecs et latins, etaient une specialite de Port-Royal. M. Sainte-Beuve, a propos de M. Le Tourneux, un des celebres traducteurs pour le sacre, attaque vivement les condamnations que 1'Eglise prononga contre toutes ces traductions d'Heures, de Missel, dela sainte Ecriture faites par les Messieurs. Mais en les attaquant, il les

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