Letlre CGXXXVI
de r6parer leurs torts envers nos Messieurs et prouver une fois de plus que 1'amour de la v6rite" n'inspirait pas toujours les eloges ou les blames que les Jans6nistes d6cernaient.
II ne faudrait pas croire que ses combats philosophiques dtournassent Arnauld de ses devoirs de Pere abbe des disciples de saint Augustin. En envoyant a M. du Vaucel sa premiere refutation de Malebranche, Des vraies et des fausses ide'es, illui disait : II y a une dame bien chrtienne, qui aurait un grand d6sir d' avoir un enfant, et elle a sur cela des vues bien saintes. Elle a en pens6e de le demander a Dieu, par 1'intercession du bienheureux Francois de Pamiers (M. Caulet), et elle veut commencer a faire quelques aumones a ceux qui sont pers6cut6s pour sonsujet ; mais, si Dieu 1'exaugait, elle donnerait pour cela une somme considerable. Faites, s'il vous plait, que le bon prieur joigne ses prieres aux siennes, afin que si c'est la volont6 de Dieu, elle puisse, par l'intercession de son serviteur, avoir le fruit de son manage. (16 avril 1683).
La dame qui s'eiait recommand6e a feu M. de Pamiers, dans la mme vue que la mere de Samuel, croit avoir obtenu depuis trois mois 1'effet de son d6sir, mais elle vous prie que Ton continue les prieres que Ton avait commencies, afln que Dieu lui en donne un entier accomplissement. (26 aout.)
Je crois vous avoir mand6 que la dame qui s'6tait recommand6e aux prieres de M. de Pamiers a obtenu 1'effet de son voeu. (10 septembre.)
En publiant ses Reflexions philosophiques et the'ologiques, il plaidait pour les Filles de I'enfance de Toulouse, supprim6es par arrSt du Gonseil, le 12 mai 1686. En vain Arnauld en appela d'Assue'rus (Louis XIV) conseille par Aman (le pere de La Chaise) au mme Assu6rus e'claire'par Mardoche'e (Arnauld) : l'arrt fut ex6cut6. La maison des Filles de Venfance 6tait le Port-Royal du Midi. On y enseignait et on y pratiquait la pure doctrine de Jans6nius et de Saint-Cyran. On pouvait dire aussi de cette communaut6 qu'elle poss6dait I'orgueil des demons ; mais peut-Stre n'aurait-on pu aj outer qu'elle avait la purete des anges. La sup^rieure, ou plutdt la reine de cet institut, madame de Mondonville, etait une veuve jeune, spirituelle et bien faite (1). Le souverain directeur 6tait I'abb6 de Ciron. Or,
l. Rapin, Mtmoires, t. in, p. 170.
avant d'entrer dans les ordres, 1'abbe avait demand^ la main de la sup6rieure, alors mademoiselle de Juliard, qui 1'aurait volontiers accordee. Quand il vit qu'il devait renoncer a ses plus cheres espe"rances, M. de Giron voulut se faire cbartreux. Sa sant6 ne le lui permit pas et ii fut ordonn6 pretre neuf jours apres le mariage de celle qu'il aimait (I) . La mort de M. de Mondonville, que Tabb6 assista dans sa maladie et dans ses derniers moments, rendit a la dame toute sa Iibert6. De concert avec son ami, elle fonda VInstilut de I'Enfance. M. de Ciron eut son appartement dans la maison, ce qui, dit le pere Rapin, n'edifia pas du tout la ville de Toulouse. On en parla dans toute la province ; le president de Marmiesse, homme d ? esprit, en fit un des premiers de grandes railleries ; il disait agr6ablementque M. de Marca, etant arcbev&que de Toulouse, s'etait fort fatiguS a faire la concorde du sacerdoce et de I 'empire, et que Tabb6 de Ciron avait fait sans peine et m6me avec plaisir la concorde du sacerdoce et du mariage.
Naturellement, Arnauld mit la destruction de cet institut sur le compte des Jesuites. Ges corrupteurs de TEvangile n'avaient pu supporter les beaux examples de saintele que donnaient M. de Ciron et madame de Mondonville. Arnauld 6crivait alors la Morale pratique ; c'est le cas de lui dire avec M. Sainte-Beuve, mais dans un autre sens : Vieil/ard innocent! Les Jesuiles avaient Men d'autres torts qui appelaient encore les foudres clu docteur. Tandis que les fondateurs de I'Enfance avaient illustre la morale pratique a Toulouse, eux la ruinaient a Dijon. Un de leurs Peres y avait enseign6 cette horrible maxime qu'un bomme qui commettrait un p6ch6 grave sans connaltre Dieu, ou sans penser actuellement a lui, ne se rendrait pas coupable d'un peclic rnortel theologique, digne de 1'enfer, mais seulement d'un pecbd philosophique contre la raison, p6cbe qui ne meritcrait pas les peines 6ternelles. Ge peche philosophique excita toute 1'indignation d' Arnauld. II le denonga avec tant de force qu'il le fi condamner. Les Jesuites, ilest vrai, avaient les premiers desav ou6 la proposition de leur leme'raire professeur. N'imporle, Arnauld demontra, en cinq denonciations, que ce bonteux relacbement n'etait qu'une consequence fort simple des principes regus dans leur 6cole.