Besoigne, t. 6, p. Hi
6erits, leurs livres, tous les secrets de leur coeur, la Gazette de Hollande publia tout a coup que M. Arnauld avait 6t6 vole" par son valet, et que ce valet, par une psrfidie insigne, avait Iivr6 aux j6suites toute sa correspondance. En mme temps, Antoine A... 6crivait a ses amis de Douai pour leur confirmer le malheur qui lui 6taifc arriv6 et leur faire part de la crainte qu'il avait que toute sorte de disgraces et de mauvais traitements ne vinssent fondre sur eux a son occasion. Bient6t, en effet, une accusation d'he're'sie, appuye"e sur les documents voles a M. Arnauld, fut lancee publiquement centre les th6ologiens de I'universit6. G'etait d6chirer le rideau derriere lequel la comdie s'6tait jou6e. Le veritable Arnauld, indigne" de Tabus qu'on avait fait de son nom ou plut&t de son prenom, pousse plainte sur plainte, plainte A monseigneur I'eueque d' Arras, seconde plainte aux reverends peres j6suites, troisieme plainte a Son Altesse monseigneur 1'evSque et prince de Lie"ge, quatrieme plainte aux reverends peres J6suites. Nous ne comptons pas les Justifications des plaintes. Le denouement de la piece fut Texpulsion de la Facult6 de quatre professeurs. Qui avait ourdi cette machination.? Les Messieurs nomment les J^suites; M. Sainte-Beuve dit qu'ils n'ont pas tort et il cite le te"moignage de Grosley (1). Grosley raconte dans sa vie 6critepar lui-mme qu'il entendit a Paris, chez le pere Tournemine, le vieux pere Lallemant se vanter d'ayoir imagine, file si conduit la fameuse fourberie de Douai. Faut-il croire Grosley jans6niste, ennemi acharn6 des j^suites, fantasque et se perdant toujours dans le farrago ? Malgr6 tant de motifs de r6cuser un pareil temoin, j'6tais bien tent6 d'attribuer cette fine comedie aux rv6rends peres; elle me paraissait rentrer dans le genre de quelques tours malicieux jou6s par eux a leurs adversaires, qui les racontent sans rire. Mais il est certain que Tournely est Fauteur de la fourberie de Douai; il en revendiqua la paternite aupres de Louis XIV m6me qui le felicita et trouva que la ruse 6tait de bonne guerre. Gependant, que le savant et spirituel docteur ait agi sans consulter quelques bons peres et sans en recevoir des encouragements empresses, jen'en mettrais pas ma main au feu. II 6tait bien perniis aux J6suites et a leurs amis d'avoir quelquefois les rieurs de leur c6t6, et il est a regretter qu'ils ne les aient pas eu plus souvent.
1, Port-Royal, u 5, p, 464-5. .
Arnauld toucbait a ses derniers jours. M. de Pomponne, rentr6 dans les conseils duroi (169t),auraitpu obtenir leretour de son oncle en France. II n'osa pas le demander a Louis XIV. II faut mourir ici, disait melancoliquement a ses amis le vieux docteur. 11 mourut, comme il convenait, la plume a la main. Ses derniers ecrits furent digaes du plus illustre enfant de 1'eloquente famille et du plus acharn6 adversaire de la celebre compagnie . II venait d'6crire le buitieme volume de la Morale pratique des Je'suites et les Reflexions sur I' eloquence des predicaleurs, lorsqu'il fut pris d'une fluxion de poitrine le dimancbe 1" aoftt 1694. II expira le samedi suivant vers minuit, apres avoir 6t6 administr6 par le cur6 de Sainte- Catherine qui n'exigea aucune retractation. D'ailleurs un mois auparavant 1'opiniatre defenseur du Jansenisme avait signe un testament spiritiiel ou il declare qu'il n'a rien a r6tracter.
II etale dans cette piece la memo contradiction qui caract6rise sa vie comme celle detous ses amis. II proteste qu'il veut mourir dans le sein de 1'Eglise calholique, apostolique et romaine, et il dit en meme temps : J'ai regarde avec douleur qu'on se serve du nom vague d'une sccle imaginaire, pour proscrire de tres gens de bien, sans aucune forme de justice, pour traverser les plus saints eveques dans leurs plus saintes entreprises; pourexclure des dignetes ecclesiastiques ceux qui en seraient les plus dignesjpour mettre la desolation dans une maison religieuse, que vous avez depuis longtemps comblee de grace, 6 mon Sauveur, pour priver de jeunes enfants qu'on y elevait dans votre crainte des avantages d'une education cbretienne; pour arracber des mains des fideles les livres les plus pieux et les plus edifiants, et m6me pour decrier les ve'ritc's les mieux etablies, par des rapports cbimeriques sur cevain fant6me (I) .
Arnauld s'applaudit aussi dans ce testament d'avoir ecriL le livre de la Fre'quente Communion, d'avoir defendu la doctrine de la grace efficace par elle-meme et necessaire a toute action de piele, de n'avoir pu se re"soudre a signer purement io Formulaire, d'avoir etc censur6 par la Sorbonne, car ce n'csl pas ianl lui que sainl Auguslin et saint Chrysostomc qu'on a censure, d'avoir travaille a la traduction du Nouveau Testament,
(1) Declaration en forme de Testament des verilables dispositions da mon dmc dans loules les rencontres de ma vie.
imprime & Mons, cVavoir quitt6 la France pour n'&tre plus oblig6 do dissimuler ses sentiments sur ce que souffre 1'Eglise. Or 1'Eglise catholique, apostolique et romaine avait condamne" le livre de la Frdqttente Communion, la doctrine janse"niste de la grace efficace, les livres pieux et 6diflants, etles traductions auxquelles il avait pris part. Elle avait impost la signature pure et simple du Formulaire, elle arait reprouv6 la distinction du droll et du fait, elle avait pronone6 plusieurs fois des anathemes solennels contre le jansenisme,et Arnauld, a la fin de sa course, se flatte d'avoir fait toutle eontraire de ee que 1'Eglise lui demandait;il s'e'crie une derniere fois: Iejans6nisme est un fantome, et il ose dire cependant : Je meurs dans 1'Eglise catholiquo, apostolique et romaine ; j'ai eu toute ma vie un attaclicment inviolable 5. la foi, et un mortel 61oignement de tout ce qui pouvait ou en rompre 1'unite ou en alterer la doctrine. En verite", devant cette effronterie convaincue et entetee, on ne trouve que le mot 6chappe a Timpatience de M. SainLe-Beuve et que nous avons deja, cite : C'est b&tp ! Telle fut la mort d'Arnauld ; elle a me"rit6 1'admiration de Voltaire. Arnauld fat enseveli en secret dans Feglise de Sainte- Catherine. <i Un ange visible de 1'Eglise, dit le P. Quesnel, a pris soin de sa sepulture, ayant enleve son corps et Fayant caeh6 dans la terre des saints pour le derober aux mauvais desseins de 1'ennemi, comme saint Michel le fit a l'6gard de Moiise. Selon le d6sir du docteur, son coBurfut porte a Port-Royal des Champs. Ge fut M. Guelfe qui remit la precieuse relique entre les mains de 1'abbesse assistee de toutes les religieuses de sa commanaut6.
Ma reverende Mere, lui dit-il, je votis apporte le coeur de messire Anloine Arnauld, docteur de la maison et societe de Sorbonne... II a ordonne par son testament qu'il vous serait porte, et j'exe'cute avec plaisir et fidelite cette derniere volonte, sans avoir ete detourne par les peines et les fatigues d'un long voyage qu'il a fallu faire. Donnezlui la sepulture que votre piete etla prudence vous suggerent. C'est le cosur de votre Pere : c'estle co3ur de votre defenseur, dans lequel vous avez ete toutes, ou presque toutes, enfantees en Jesus-Christ. C'est le co3ur qui vous a tant aimees, et ou vous avez toujours ete, pour ainsi dire, si magnifiquement logees...
L'abbesse, madame Rticinej r6pondit :
Nous connaissons le prix du depot que vous nous mettez entre les
Arnauld touchait a ses derniers jours. M. de Pomponne, rentr6 dans les conseils du roi (169l),auraitpu obtenir le retour de son oncle en France. II n'osa pas le demander a Louis XIV. II faut mourir ici, disaifc melancoliquement a ses amis le vieux docteur. II mourut, comme il convenait, la plume a la main. Ses derniers ecrits furent dignes du plus illustre enfant de 1'eloquente famille et du plus acharn6 adversaire de la celebre compagnie . II venait d'ecrire le huitieme volume de la Morale pratique des Je'suites et les Reflexions sur I'e'loquence des pre'dicaleurs, lorsqu'il fut pris d'une fluxion de poitrine le dimanche i" aoAt 1694. II expira le samedi suivant vers minuit, apres avoir 6t6 administr6 par le cur6 de Sainte-Catherine qui n'exigea aucune retractation. D'ailleurs un mois auparavant Fopiniatre defenseur du Jansenisme avail sign6 un 'testament spiritiiel ou il declare qu'il n'a rien a r6tracter.
II etale dans cette piece la meme contradiction qui caract6rise sa vie comme celle detous ses amis. II proteste qu'il veut mourir dans le sein de 1'Eglise calholique, apostolique et romaine, et il dit en meme temps : J'ai regard^ avec douleur qu'on se serve du nom vague d'une sccte imaginaire, pour proscrire de tres gens de bien, sans aucune forme de justice, pour traverser les plus saints eveques dans leurs plus saintes entreprises; pourexclure des dignetes eccl^siastiques ceux qui en seraient les plus dignes; pour mettre la desolation dans une maison religieuse, que vous avez depuis longtemps comblee de grace, 6 mon Sauveur, pour priver de jeunes enfants qu'on y elevait dans votre crainte des avantages d'une education chretienne; pour arracher des mains des fideles les livres les plus pieux et les plus edifiants, et m6me pour decrier les verites les mieux c'tablies, par des rapports caimeriques sur ce vain fant6me (1) .
Arnauld s'applaudit aussi dans ce testament d'avoir ecriL le livre de la Frequente Communion, d'avoir d6fendu la doctrine de la grace efficace par elle-meme et necessaire a toule action de piete, de n'avoir pu se r^soudre a signer purement lo Formulaire, d'avoir et6 censur6 par la Sorbonne, car ce n'csi- pas tant lui que saint Augustin et saint Clirysostdme qu'on a censure, d'avoir travaille a la traduction du Nouveau Testament,
(1) Declaration en forme de Testament des wrilables dispositions do mon a me dans loules les rencontres de ma vie.
imprime si Mons, cVavoir quitt6 la Prance pour n'&tre plus oblig6 de dissimuler ses sentiments sur ce que souffre TEglise- Or 1'Eglise catholique, apostolique et romaine avait condamn6 le livre dela Frdquente Communion, la doctrine janse"niste de la grace efficace, les livres pieux et 6diflants, etles traductions auxquelles il avait pris part.Elle avait impost la signature pure et simple du Pormulaire, elle arait reprouv6 la distinction du droit et du fait, elle avait pronone6 plusieurs fois des ana- Ihfcmes soleimels centre le janse"nisme,et Arnauld, a la fin de sa course, se flatte d'avoir fait toutle contraire de ee que 1'Eglise lui demandait;il s'6crie une derniere fois: Iejans6nisme est un fantome, et il ose dire cependant : Je meurs dans 1'Eglise catholique, apostolique et romaine ; j'ai eu toute ma vie un attacliement inviolable a la foi, et un mortel 61oignement de tout ce qui pouvait ou en rompre 1'unite" ou en alt6rer la doctrine. En verit6, devant cette effronterie convaincue et entetee, on ne trouve que le mot 6chappe a 1'impatience de M. Sainte-Beuve et que nous avons deja cit6 : C'est b&te! Telle fut la mort d'Arnauld ; elle a me>it6 1'admiration de Voltaire. Arnauld fut enseveli en secret dans Teglise de Sainte- Catherine. Tin ange visible de 1'Eglise, dit le P. Quesnel, a pris soin de sa sepulture, ayant enleve son corps etl'ayant cach6 dans la terre des saints pour le de"rober aux mauvais desseins de 1'ennemi, comme saint Michel le fit a l'6gard de Moise. Selon le d6sir du docteur, son coeurfut porte a Port-Royal des Champs. Ge fut M. Guelfe qui remit la precieuse relique entre les mains de 1'abbesse assist6e de toutes les religieuses de sa comrnu-
Ma reverends Mere, lui dit-il, je vous apporte le cceur de messire Anloine Arnauld, docteur de la maison et societe de Sorbonne... II a ordonae par son testament qu'ilvous serait portc, et j'execute avec plaisir et fidelite cette derniere volonte, sans avoir ete detourne par les peines et les fatigues d'un long voyage qu'il a fallu faire. Donnezlui la sepulture que votre piete etla prudence vous suggerent. C'est le coaur de votre Pere : c'est le coeur de votre defeaseur, dans lequel vous avez ete toutes, ou presque toutes, enfantees en Jesus-Christ. G'est le coeur qui vous a tant aimees, et ou vous avez toujours ete, pour ainsi dire, si magnifiquement logees...
L'abbesse, madame Racine 5 rSpondit :
Nous connaissons le prix du depot que vous nous metlez entre les
mains, Monsieur : et ce cceur, qtii a, toujours ete plein de tendresse pour nous, et qui nous a aimees jusqu'a la fin, nous est trop cher pour ne pas le recevoir avec toute la reconnaissance que nous lui devons... C'est priacipalement pour cette maison que ce creur s'est etendu, afin d'y faire demeurer toutes les ames qui s'y sont consacrees au service de Dieu... Nous conservons la memoire de tous les temoignages de cette amitie sincere, et nous esperons qu'il continuera a nous aimer, et a demander a Dieu pour nous que notre charite croisse toujours de plus en plus en lumiere et en intelligence, pour comprendre les verites saintes que nous avons apprises de lui, afin que nous marchions jusqu'au jour du Seigneur, sans que notre course soit interrompue par aucune chute...
Les Janse"nistes louerent magnifiquement le grand homme. Us composerent ou firent composer une foule d'6pitaphes pour son tombeau et d'6pigrammes pour son portrait. Quelques 6pitaphes, celles faites par Racine, Boileau et surtout Santeuil, sont rest6es celebres. Racine, qui avait oubli6 ses Pelites lettres, chante ainsi :
Sublime en ses ecrits, doux et humble de cur,
Puisant la verite jusqu'en son origine,
Le tous ses longs combats Arnauld sortit vainqueur,
Et soutint de la foi 1'antiquite divine.
De la grace il perqa les mysteres obscurs,
Aux humbles penitents traca des chemins surs,
Rappela le pecheur au joug de 1'Evangile.
Dieu fut Funique objet de ses desirs constants ;
L'Eglise n'eut jamais, meme en ses premiers temps,
De plus z6U vengeur, ni $ enfant plus docile.
doux et harmonieux Racine, je ne reconnais plus votre voix. N'est-ce pas vous qui e"criviez, il y a quelques ann6es, a deux jans6nistes : Surtout louez vos Messieurs, et ne leslouez pas avec retenue. Vous les placez justement apres David et Salomon ; mettez-les devant, vous ferez un peu souffrir leur humilit6, mais ne craignez rien, ils sont accoutums a b^nir tous ceux qui les font souffrir. N'avez-vous pas peur qu'on vous accuse de manquer de retenue et de sinc6rit6 ? Sublime en ses ecrils, affirmez-vous aujourd'hui, et hier vous disiez : L'enjouement de M. Pascal a plus servi votre parti que tout le rieux de M. Arnauld... Nous ne pouvons pas toujours lire vos livres. Et puis, a vous dire la v&ite", vos livres ne se font
plus lire comme ils faisaient. II y a longtemps que vous ne dites plus rien de nouveau. En combien de fac.ons avez-vous cont6 1'histoire du pape Honorius ? Que Ton regarde ce que vous avez fait depuis dix ans, vos disquisitions, vos dissertations, vos reflexions, vos considerations, TOS observations,on ne trouvera qu'une chose, sinon que les propositions ne sont pas dans Jans6nius. H6 ! Messieurs, demeurez-en la. Douce et humble de cosur, M. Arnauld ! Ne serait-il pas de ce Port-Royal dont la fierte",selon vous, n'en voulait qu'au pape, aux arcnevSques et aux je"suites . De tons ses longs combats Arnauld sortit vainqueur. Mais, poete, des 1666, vous disiez a ces Messieurs d'un de leurs amis : II voit que vos affaires vont de pis enpisetqu'il n'est pas temps de serejouir... Comment peut-on aller au theatre ? Comment peut-on se divertir, lorsque la v6rit6 est pers6cutee, lorsque la fin du monde s'approche, lorsque tout le monde a bient6t signe"...? II y a vingt ans que vous dites que les cinqpropositions sont dans Jans6nius; cependant on ne vous croit pas encore... Do la grace il pcrca les mysteres obscurs. Pourtant M. Arnauld est bien de ces auteurs a qui vous avez reconnu de I'adresse pour embellir la verile, c'est-a-dire pour 1'entourer denuages. Aux humbles penitents traca des chemins surs. Rappela le pecheur au joug de FEvangile. He I n'est-ce pas vous qui vous moquiez avec infiniment d'esprit et de raison des chemins traces a. M. Le Maistre? N'est-ce pas vous qui avez fait cette remarque au sujet de ce rappel des p6cheurs : Qu'une femme fut dans le d6sordre, qu'un homme fut dans la d6bauche, s'ils se disaient de vos amis vous esp6riez toujours leur salut ; s'ils vous 6taient peu favorables, quelque vertueux qu'ils fussent, vous appr6hendiez toujourslejugementdeDieu sur eux,--L'Eglisen'eut jamais... de plus zele vengeur ni d'enfant plus docile. Enfant docile ! z616 vengeur! un jour. pourtant vous lui teniez celangage: A vous parler franchement, nous sommes resolus d'en croire plut6tle pape et le clerg6 de France que vous. Get enfant docile enseignait done ce que le pape et le clerg6 de Prance condamnaient. A vous parler franchement, M. Racine, il y a beaucoup moins de charit6, mais beaucoup plus de v6rit6 dans la prose des Petites lettres que dans les vers de l'6pitaphe.
Voici I'Spitaphe que Boileau composa et garda en portefeuille :
Au pied do eel autel de structure grossiere Git sans pompe, enferme dans une vile Mere, Le plus savant mortel qui jamais ait e'crit : Arnaultl, qui sur la grace instruit par Jesus-Christ, Combattant pour VEglise, a, dans I'Eylise m6me, Souffert plus d'un outrage et plus d'un anatMme. Plcin du feu qu'en son cceur souffla 1' esprit divin, 11 terrassa Pelage, il foudroya Calvin, De to us les faux docteurs confondit la morale : Mais pour fruit de son zele, on 1'a vu rebute, En cent lieux opprime par lew noire cabale, Errant, pamre, banni, proscrit, persecute ; Et memo par sa mort leur fureur mal eteinte N'aurait jamais laisse ses cendres en repos, Si Dieu lui-memc, ici, de son ouaille sainte A ces loups devorcmts n'avait cachG les os.
Tclie 8st } dit M. Sainte-Beuve, 1'epitaphe du grand docleur honn&ie liorame, par un poBLe bonnete Iiomme 6galement. II fa at la monlrer aux ennemis comme une t6te de M6duse; qu'en diles-vous, mes reverends peres (1) ? Mon Dieu, M. Sain ie-Be uve, les reverends peres qui ont YU sans effroi bien d'autres teles de Meduse,.y compris la v6tre, pourraient TOUS dire: Avez-vous oubli6 que vous nous donnez la r6ponse afaire quelques pages apresvolre demande? permeltez que nous vous rappelions le passage ; le voici : Le jjere Tournemine a raconte a Brossetle,qui nous 1'a transrais.tout le detail de la querelle de Boileau et des Jesuites d^ Trevoux. II lui dit que le pere Bufiier 6lait 1'auteur de 1'article, de septembre 1703, sur 1'cdilion de Hollands- do Despr6aux : Inde irx... Le frere du poele, le docteur Boileau, ajoutcz-vous, avait 6t6 tres-turlupine' lui-meme, dans le nuinero de juin 1703, pour son Histoire des Flagellants. On raconLe que ce fut lui qui apporta a sou frere 1'article du pere Buffier, en lui disant : Je savais bien que les Jesuites vous revaudront le deplaisir que vous leur aviez fait. Ge docleur, deplus d'humeur que de gont, ne cessait d'cxciter son frere u la riposte, comme on le voit dans un livret assez curieux qui courut alors sur ces deni61es : Boileau aux prises avec lesjcsuitcs, 1708. L'dpitophe, comme la satire de
(1) Simile Bcuvc. rorl-IL<Jnal. t. c, p. 47C-.
I' equivoque, 6tait done la vengeance d'un auteur blesse, morose, chagrin, injuste. G'est vous, Monsieur , qui donnez avec raison ces epithetes a Boileau vieilli. Elles expliquent ce que vous appelez la beaute et la grandeur de 1'epilaphe que vous nous montrez comme une 16 te de Meduse. Osons, Monsieur, regarder de pres ces vers qui sont des serpents. Le plus savant mortel qui jama-is ait ccrit. Gonvenez que 1'hyperbole est un peu trop forte. Sur la grace inslruit par Jesus-Christ. Nous serions curieux de savoir ou Boileau avail appris que Notre-Seigneur avait re"v<le ses mysteres a M. Arnauld. Combatlant pour l'Eglisea.,dans l'Eglise,mSme,etc,. Mais c'est b&te : vous 1'avez affirme vous-m&me. Yous savez mieux que personne que le grand docteur n'a jamais 6te banni, proscrit, opprime, que P61age etait terrassc depuis longtemps, que les foudres dont Arnauld frappa Calvin 6laient des foudres de theatre ; il voulait faire croire que Port-Royal etait 1'ennemi de Geneve. Faux docteurs, noire cabale, loups devoranls, c'est nous rendre avec trop de Iiberalit6 les malices dupereBuffier, il est vrai que Boileau payait aussi pour sbn frere. Neanmoins le poete est un honn$te homme. En effet, pendant qu'il traite ainsi nos peres,il les recevait a Auteuil du mieux qu'il pouvait ; il avouait a Arnauld mSme qu'il avait de tres-grandes obligations au pere La Chaise a qui il ne menageait pas les compliments. Et ce sont ces hotes aimables, serviables et courtis6s qu'il appelie loups devorants. Avouez, Monsieur, que ce n'est pas la pr6cisement un proced^ d'honnfite homme. Vous dites: L'epitaphe d'ailleurs pouvait 6tre d'autant plus vigoureuse et hardie que Boileau la tint secr6te, Oui, il eut peur de perdre la pension que le roi lui faisait. Ge noble motif le rcndit prudent ; il attendit done que la mort 1'eat mis a 1'abri des facheuses consequences de son courage pour frapper ceux dont il continua a se dire I' ami declare (1). sincere amitie ! Celte conduite gate la beaut6 de l'6pitaphe et diminue sa grandeur, c'est du moms notre avis.
L'epitaphe compos6 par Santeuil a eu ses hisloriens et ses poetes. Les religieuses de Port-Royal placerent le cosur d'Arnauld dans leur 6glise,a Tendroit le plus honorable qu'illeur fut possible. Le cceur etant plac6, il fut question d'une 6pitaphe : on crut ne devoir mieux faire que de s'adresser k Santeuil.