Fontaine, Memoires, t. II, p
prSsentait 1'occasion, et 1'obligation de Tembrasser, je lui demanderais, en me pr6sentant devant lui, les penses sur le passage qu'il m'aurait fait choisir, et puis simplement je les mettrais en chefs par 6crit, et apres les avoir d'heure en heure arros6es par de fr6quentes oraisons, je m'en iraisprecher (1).
Pourquoi Saint-Cyran ne communiqua-t-il pas sa methode a Jansenius au lieu de lui envoyer ses sermons? Pourquoi M. Singlin ne la suivit-il pas, au lieu d'aller trouver M. de Saci ? Pourquoi les clients du P. Desmares n ; arrosaient-ils pas d'heure en heure leur sujet de frequentes oraisons, au lieu d'aller frapper a la porte du celebre oratorien? 11 faut bien se garder de croire que ces predicateurs commandit6s ne fussent pas fach6s que le public leur attribuat les rayons des soleils caches auxquels ils les empruntaient et que reconnaissaient les seuls inities aux manieres de Port-Royal. Non. Une plus sainte pensee les guidait ; il fallait eclipser 1'eloquence des voice pelagiennes qui seduisaientles fideles. Et quels moyens plus propres a ce pieux desseinque demettre des sermons eloquents dans des bouches sans grace, comme parle M. Sainte-Beuve? I/eloquence y 6tait, et le prodige aussi, ce qui valait encore mieux. Gar, dit ing6nuement Fontaine, il parut clairement que ce grand fruit que produisaient les predications de M. Singlin, venait de Dieu seul, et non pas des hommes. Puis, comme s'il ne connaissait pas le mystere des coulisses, le bonhomme s'6crie, et beaucoup devaient s'6crier comme lui : Quelle maison de religieuses, ou quelle soci6t6 aujourd'hui, s'ils avaient eu des hommes comme M. Arnauld, M. de Saci, et M. Le Maitre, ne les auraient pas produits a la predication, pour attirer la gloire a leur maison, en risquant le salut de ceux qu'ils y sacrifieraient? On entend la r^ponse : Gene seraient pas les j6suites ; on ne saurait 1'amener plus habilement. Pascal ! quel joli volume vous auriez ajoute aux letlres d'un provincial, sijdeposant toute fausse honte, apres avoir mis en scene les r6v6rendsPeres,vous aviez choisivos personnages parmi vos amis !
Revenons vers la Sorbonne ou la voix des pr6dicaleurs de la grace trouvait des 6chos que multipliaient sans cesse 1'exemple et les leQons des docteurs jansenistes. Ge parti, zele et puissant, charmait du moins agr6ablement, s'il n'emportait tout a fait la fleur de l'6cole et de la jeunesse ; enfin, il n'oubliait rien pour entrainer apres soi toute la Facult6 de theologie.