Port-Royal, par Sainte-Beuve, t. Ill, p
poursuivit la reforme de son abbaye. Son zele fit grand bruit
dans tout 1'ordre. Aussi, en 1618, lorsque 1'abbe de Giteaux
voulut re~tablir la discipline a Maubuisson, ce fat elle qu'il
chargea, avec le consentement de M. Arnauld, de cette mission
difficile. La re" forme de Maubuisson est restee celebre par la
resistance a main armee de madame d'Estre~es, celle-la inline
aupres de laquelle Angelique avail fait son noviciat. II y eut
des journees. On tira un coup de pistolet, on degaina ; les
soeurs, qui elaient des agneaux, devinrcnt des lions pour de-
fendre leur Mere ; une grande fille d'entre elles, Anne de
Sainte-Thecle, s'avanga vers 1'abbesse recalcitrante, lui repro-
cha sa bardiesse, et en presence de ses hommes qui avaient
i'epee Hue, lui tira son voile de dessus la tete et le fit voler a
six pas de la. Ge bel exploit n'empecha pas la victoire de
rester a madame d'Estrees. II fallut que M. Defontis, cbevalier
du Guet, vint avec un decret de prise de corps et nombre d'ar-
chers armes qui avaient meme des cuirasws, pour mettre
madame d'Estrees et ses gentilsbommes en fuite, et ramener de
Pontoise, on elles s'etaient retirees, madame de Port-Royal et
ses fideles compagnes (1).
G'est a Maubuisson que la mereAngelique vit pour la premiere fois saint FranQois de Sales ; il y vint six mois avant la bataille, le 5 avril 1619, a la priere de^M. de Bonneuil, introducteur des ambassadeurs a la cour, pour confirmer la fille de ce gentilhomme,
Si j'avais eu un graad desir de le voir, dit la mere Angelique, sa vue m'en donna un plus grand de lui communiquer ma conscience. Car Dieu etait vraimcnt et visiblement dans ce grand eveque : ct je n'avais point encore trouve en personne ce que je trouvai en lui, quoique j'eusse vu ceux qui avaient la plus grande reputation entre les devots.
Saint FranQois, qui preTerait voir dans les convents un train d'avettes qui toutes concourent a, fournir une ruche de niiel, qu'un amas de guSpes a la cour (2), fit plusieurs voyages a Maubuisson aupres de sa tres-diere fille. II visita Port-Royal, qu'il appela ses cheres delices ; a Paris, il devint le clirecteur
1. Memoires pourservir a 1'histoire de Port-Royal et a la vie de la R. M. Marie-Angelique de Sainte-Magdeleine A.rnauld, t. II, p. 283, ss.