‹ Les Jansénistes du XVIIe siècle [microform]Chapitre 99 sur 217 · Ibidt. i, p · texte numérisé non relu

Ibidt. i, p

Lc P. Mulard est veritablement le Mercure de M. Hallier ; c'est lui qui est le porteur de ses lettres, c'est lui qui est 1'interprete de scs pensees et de ses conceptions chimeriques. II n'a point trouve d'horame plus propre que ce moine... pour insinuer ses calomnies et ses injures dans ["esprit du sieur Albizzy et ceux d'entre les qualificateurs, les consulteurs et les officiers desdites congregations qui sont aux gages des Jesuites. II etait bien raisonnable que ce sage docteur, qui autrefois avait trescourageusement defendu 1'honneur et les droits du clerge de France (au temps de ses petits regals avec Saint- Amour), et qui depuis, par un horrible changement, est devenu 1'ami de ceux qui ont to uj ours tache de ftetrir cet honneur,... n'eut pas d'autre interprete dc ses mauvais desseins qu'un moine, c'est-a-dire, un veritable adversaire et im ennemi jure de la sainle hierarchic. G'est en cela que consisie le jugeraent de Dieu sur ce docteur deplorable et c'est par cette infame commission que Dieu veut faire connaitre a toute FEglise de France qu'il ne 1'a jamais servie avec toute la sincerile et 1'aflection qu'il devait

Saint-Amour, qui devait pourtant son bonnet de Docteur au nouveau syndic, r6pondait qu'il fallait denoncer Hallier a 1'Universite et faire prendre contre lui des conclusions. Si on mortifie cet homme comme il le me'rite, s'ecriait-il, quel exemple pour les siecles venir et pour ceux qui entrent dans des pratiques semblables aux siennes !

Mais I'Ajax theologien ne dedaignaitpas les finesses d'Ulysse. II disait h. Taignier :

Pour les personnes qui ont donne charge au P. Mulard , je n'en

ai point voulu parler du tout afin que si l'Univcrsite prenait ensuite

des conclusions rigoureuses et humiliantes pour olles ees memes

personnes me considerassent moins comme 1'auteur de leur disgrace. Tout ce que j'ai pu faire a ete de les designer et de les nommer dans des endroits de ma lettre qui ne semblaient pas tendre a cette fin, mais sur lesquels neanmoins 1'Universite peut se fonder legitimement pour en conclure tout ce que bon lui semblera..... Ilfaut, s'il vous plait, faire observer a M. le Recteur fort soigneusement, qu'il manie ma lettre de telle sorte qu'il paraisse au dehors qu'on en a plus reconnu que je n'avais dessein d'en decouvrir (1).

M. Sainte-Beuve remarque quelque part que Saint-Amour, dans son grand coffre, avait de I' esprit. En attendant que nous trouvions son esprit, nous trouvons ici sa morale : elle est aussi large que son coffre est grand.

l.Slfoioires du P. Rapin, dans les notes, 1. 1, p. 416, 417.

Hallier et son Mulard.commQ dit elegamment Saint-Amour, n'agissaient qu'en leur nom, et les docteurs catholiques songeaient a envoyer a Rome une deputation qui put parler au nom des eveques et de la Sorbonne. Ce projetne s'executait jamais. La Providence le fit aboutir par des voies singulieres. Le Moyne, raconte le P. Rapin, sollicitait Dominique S6guier, eveque de Meaux, de faire proposer au clerge" la necessite qu'il y avait de penser a un fonds pour les frais d'une d6putalion de docteurs a Rome ; ce prelat promettait de s'y employer, et rien ne sefaisait, lorsqu-'il tomba entre les mains de Jean Colombet, cure de Saint-Germain 1'Auxerrois, une lettre venant de Rome, ecrite par Saint-Amour ou par quelqu'un de ses collogues, pleine d'insultes, avec ces termes \^Ccs fanfa rons de molinisles qui faisaicnt tant de bruit a Paris, n'osent paraitrc- a Rome. Cette lettre qui courut par la ville et dont on faisait des tropbees a Port -Royal, tomba par basard entre les mains de Colombet. C'etait un bomme de bien, mais de petit genie, et ce fut d'un instrument si faible dont Dieu voulut bien se servir pour commencer ce grand ceuvre dela deputation des docteurs de Sorbonne, dont dependait tout le succes de Faffaire de la condamnation des Propositions. Get homme,

toucbe des railleries que faisaient deja les jansenistes r6-

veilla les esprits dans la Sorbonne, et apres avoir fait faire une quete par les dames de sa paroisse, ou Ton trouva environ mille ecus, il fut porter cette petite sommeau docteur Hallier, son ami, pour Fexciter par la a penser au voyage de Rome. Ce docteur qui n' avait rien tant a coeur fut bientot persuaded Et comme tout citoyen peut se faire soldat quand sa patrie est attaquee, il crut que tout docteur de Sorbonne peut se deputer lui-meme pour la defense de la Religion dans une n6cessite

pareille a celle-ci II jette les yeux sur Lagault, docteur

de Sorbonne comme lui, son ami et son allie, etsurJoysel qu'on jugea plus propre que les autres par Faeces qu'il pourrait avoir a la cour de Rome sur le credit de son frere, celebre banquicr en cette cour, ce docteur ayant les autres qualites de capacite et de vertu requises a une affaire de cette importance. Ce fut de la sorte que se fit la deputation des docteurs catholiques (1).

Les quatre-vingt-cinq eveques, Cornet et ses amis, approu-

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